Cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction
Des effets toxiques à moyen ou à long terme
Certains agents chimiques ont, à moyen ou long terme, des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction chez les salariés qui ont été exposés. De nombreux secteurs d’activité sont concernés. Quand un agent CMR est repéré sur le lieu de travail, sa suppression ou sa substitution s’impose, chaque fois qu’elle est techniquement possible.
En France, près de 13 % de la population active (soit 2,37 millions de salariés) déclare être exposée dans son travail à au moins un agent cancérogène (Sumer 2002-2003). D'après un inventaire réalisé par l’INRS, ce sont 4,8 millions de tonnes d'agents chimiques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction qui ont été utilisées en France en 2005, dont les principaux sont des halogénés chlorés (solvants), des composés aromatiques et aliphatiques.
Produits CMR : de quoi s’agit-il ?
- Cancérogène : substance, mélange ou procédé pouvant provoquer l’apparition d’un cancer ou en augmenter la fréquence. Ce sont, pour la grande majorité, des produits chimiques (amiante, poussières de bois, benzène…) mais les rayonnements ionisants et des agents biologiques sont également classés cancérogènes.
- Mutagène ou génotoxique : produit chimique qui induit des altérations de la structure ou du nombre de chromosomes des cellules. Les chromosomes sont les éléments du noyau de la cellule qui portent l’ADN. L’effet mutagène (ou atteinte génotoxique) est une étape initiale du développement du cancer.
- Toxique pour la reproduction ou reprotoxique : produit chimique (plomb par exemple) pouvant altérer la fertilité de l’homme ou de la femme, ou altérer le développement de l’enfant à naître (avortement spontané, malformation…).
Secteurs d’activité concernés
De nombreux secteurs d’activité sont concernés par les risques liés aux produits CMR. Cependant, certains secteurs peuvent présenter des risques particuliers d’exposition (liste non exhaustive et non hiérarchisée) :
- le secteur du bâtiment et des travaux publics,
- la construction ferroviaire et navale,
- la métallurgie, l’industrie du verre et des métaux,
- l’industrie chimique, pharmaceutique,
- l’industrie du cuir et du caoutchouc,
- l’industrie pétrolière,
- l’industrie du bois,
- l’agriculture,
- les laboratoires de recherche,
- les services (maintenance, nettoyage…).
Voies d’exposition professionnelle
Les produits CMR peuvent pénétrer dans l’organisme comme tous les produits chimiques : par les voies respiratoires, la bouche ou la peau. Toute exposition à un produit CMR est considérée comme dangereuse pour la santé : en effet, certains de ces produits, même avec de très faibles niveaux d’exposition, ont des effets cancérogènes ou génotoxiques.
Focus sur les cancers d’origine professionnelle
Le cancer est le résultat d’un processus complexe et long dans lequel peuvent intervenir des facteurs individuels (hérédité, mode de vie, tabagisme…) et environnementaux (pollution, travail).
Si, dans de nombreuses situations, les expositions à des agents cancérogènes sur les lieux de travail ne sont pas le seul facteur en cause, elles peuvent avoir un effet décisif dans le déclenchement du cancer. Les cancers reconnus comme maladies professionnelles ne représentent aujourd’hui qu’une fraction des cancers liés au travail. 4 à 8,5 % des cancers seraient ainsi d’origine professionnelle (selon l’InVS). Ce qui représente environ 10 000 nouveaux cas par an. Les cancers d’origine professionnelle les plus fréquents sont les cancers des poumons, de la plèvre, des sinus et de la vessie. La mortalité liée à ces cancers est particulièrement importante.
Les cancers qui se déclenchent aujourd’hui sont le résultat d'expositions professionnelles datant de plusieurs dizaines d’années. Pour combattre les cancers de demain, c’est donc aujourd’hui qu’il faut agir.
Grandes lignes de la prévention des risques CMR
Les produits CMR, utilisés dans l’entreprise ou pouvant donner lieu à des expositions, doivent être repérés lors de l’évaluation des risques.
Chaque fois que c’est techniquement possible, l’employeur doit avant tout chercher à supprimer ou substituer les produits CMR ou les procédés qui les génèrent ou les mettent en œuvre.
Lorsque ni la suppression ni la substitution ne sont possibles en l’état des connaissances, il faut envisager d’autres mesures de prévention destinées à réduire autant que possible les expositions à ces produits :
- confinement ou travail en système clos,
- mise en place d’autres mesures de protection collective (captage à la source, encoffrement, mécanisation de certaines opérations),
- et lorsque toutes les autres mesures d'élimination ou de réduction des risques s'avèrent insuffisantes ou impossibles à mettre en œuvre : port d’équipements de protection individuelle.
Toutes les actions conduites doivent être accompagnées d’une formation et d’une sensibilisation du personnel exposé.
Mis en ligne le 01 décembre 2011
