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Explosion sur le lieu de travail

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  4. Démarche de prévention des risques (rubrique sélectionnée)

Démarche de prévention des risques

L’évaluation des risques constitue la première étape de la démarche de prévention. Les résultats de cette évaluation doivent être retranscrits dans le document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE), intégré au document unique. Si les risques sont avérés, des mesures techniques et organisationnelles doivent être mises en place pour éviter la formation d’atmosphères explosives, supprimer les sources d’inflammation et réduire les conséquences des explosions.

Le principe général de la prévention des risques d’explosion vise d’abord à éviter qu’une explosion ne survienne et, si elle se produit, à en limiter les effets. Pour cela, l’employeur doit mettre en place des mesures techniques et organisationnelles afin d’éviter la formation d’atmosphères explosives et de supprimer les sources d’inflammation. Il doit également veiller à réduire les conséquences des explosions.

La mise en place de mesures de prévention adaptées à une situation de travail donnée nécessite une étape d’évaluation de ce risque. Cette étape est essentielle car elle permet de s’assurer de l’efficacité des mesures et de leur pérennité. L’ensemble des informations de l’évaluation sont compilées dans le document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE), intégré au document unique.

Évaluation du risque d’explosion

L’évaluation du risque d’explosion peut être divisée en différentes étapes détaillées ci-après, toutes reprises dans le tableau d’aide proposé dans la brochure Mise en œuvre de la réglementation relative aux atmosphères explosives (ED 945)

Réaliser l’inventaire des produits

Cette première étape consiste à faire un inventaire des produits combustibles, en tenant compte de :

  • leur nature et état de division : solide, fluide, gaz, brouillard, poudre ;
  • leurs caractéristiques physico-chimiques (se reporter au tableau ci-dessous et à la base de données CARATEX
Caractéristiques des produits combustibles à prendre en considération lors de l’inventaire
Produits liquides et gazeux Produits solides finement divisés

Densité

Densité

Incompatibilités chimiques avec d’autres produits

Incompatibilités chimiques avec d’autres produits

Domaine d’explosivité (LIE-LSE)

Concentration minimale d’explosion

Point d’éclair

Granulométrie

Température minimale d’inflammation ou d’auto-inflammation (TAI)

Température minimale d’inflammation ou d’auto-inflammation (TAI) en couche et en nuage

Énergie minimale d’inflammation (EMI)

Énergie minimale d’inflammation (EMI)

Violence d’explosion (Pression maximale Pmax et coefficient lié à la vitesse de montée en pression Kg)

Violence d’explosion (Pression maximale Pmax et coefficient lié à la vitesse de montée en pression Kst)

Suite à cet inventaire, il faut recenser :

  • les quantités utilisées : process, stockage, manutention, transfert…
  • les conditions de stockage : lieux, environnement immédiat, température…

Analyser les procédés de mise en œuvre

Le fonctionnement normal des installations doit être décrit en recueillant l’ensemble des données le concernant.
À partir de cette description, il importe de tenir compte des produits utilisés, des conditions de température, de pression, des réactions exothermiques, des produits de décomposition, des conditions de refroidissement, des systèmes de ventilation…
Chaque installation (silo, broyeur, circuit de dépoussiérage, circuit de transfert, mélangeur, système de dépotage…) doit faire l’objet d’une étude qui tiendra compte des différentes conditions de fonctionnement (enceintes confinées…).

Étudier les dysfonctionnements potentiels

Les types de dysfonctionnements raisonnablement envisageables doivent être pris en compte, comme par exemple : l’arrêt du système de ventilation ou de refroidissement, des fuites de produits, des pannes prévisibles, des arrêts accidentels d’alimentation en produits…
Le retour d’expérience de l’entreprise ou de la branche d’activité peut permettre de mettre en lumière des dysfonctionnements tels que :

  • des consignes non applicables (surtout en cas d’anomalie) ou non réellement appliquées,
  • des incidents lors de l’exploitation ou lors des phases d’arrêt ou de redémarrage,
  • un process théorique de production ne pouvant être respecté vu les sollicitations et les contraintes (déplacements, taches tâches annexes plus longues que la tâche principale…).

Classer les emplacements dangereux (zonage)

Les emplacements dangereux sont classés en zones à risque en fonction de la nature du produit combustible, de la fréquence et la durée de présence de l’atmosphère explosive considérée.

Identifier les sources d’inflammation

Les sources d’inflammation sont multiples. Les principales sont listées dans la brochure Elimination des sources d’inflammation dans les zones à risque d’explosion (ED 6183). Elles sont toutes détaillées dans la norme française NF EN 1127-1.

Différentes origines et exemples de sources d’inflammation

Électrique

Étincelles, échauffement…

Électrostatique

Décharges par étincelles…

Thermique

Surfaces chaudes, cigarettes, flammes nues, travaux par points chauds…

Mécanique

Étincelles résultant des processus de friction, de choc ou d’abrasion, échauffement…

Chimique

Réactions exothermiques, auto-échauffement…

Bactériologique

Échauffement du milieu par fermentation bactérienne

Climatique

Foudre (impact direct ou à distance, en induisant des surtensions ou des échauffements dans les équipements), soleil….

Évaluer la gravité d’une explosion

La notion de gravité doit être évaluée en fonction notamment de la présence de personnel, du volume de la zone ATEX ainsi que de la protection des installations contre les explosions.
A l’issue de cette évaluation, des mesures de prévention doivent être mises en place.
Ces mesures s’attachent, dans un premier, temps à prévenir la formation de l’atmosphère explosive puis, dans un second temps, à diminuer les effets d’une explosion par la mise en place de systèmes de protection afin de préserver la santé et la sécurité du personnel.
La mise en place de mesures de prévention, techniques et organisationnelles, sous réserve de leur pérennité, va permettre de définir un zonage éventuellement moins contraignant.

Rédiger le DRPCE

L’ensemble de la démarche (évaluation et prévention du risque d’explosion) doit être formalisée dans un document dénommé « document relatif à la protection contre les explosions » (DRPCE). Il est intégré au document unique et doit être régulièrement tenu à jour. Il est actualisé annuellement et notamment :
lors de changements importants dans les produits, les procédés ou l’organisation du travail,
lorsqu’une information concernant l’évaluation du risque dans une unité de travail est recueillie, par exemple à la suite d’une veille technologique.

Il est recommandé d’associer à la rédaction de ce document l’ensemble des compétences internes, voire externes. Le DRPCE est finalisé sous la responsabilité de l’employeur et soumis pour avis aux instances représentatives du personnel (CHSCT, DP…).

Ce que doit contenir le document relatif à la protection contre les explosions (DRCPE)

  • les risques d’explosion identifiés, évalués et mis à jour
  • les mesures adéquates prises ou à prendre pour atteindre les objectifs réglementaires et le programme de leur mise en œuvre
  • la validation et le suivi de ces mesures (efficacité, pérennité, risques résiduels…)
  • les emplacements classés en zones (avec leurs volumes)
  • les emplacements auxquels s’appliquent les prescriptions réglementaires
  • l’assurance que les lieux et les équipements de travail sont conçus, utilisés et entretenus en tenant compte de la sécurité
  • les procédures à appliquer et instructions écrites à établir avant l’exécution des travaux dans les zones concernées
  • le contenu des formations des salariés concernés

Mesures de prévention/protection du risque d’explosion

La recherche de mesures de prévention et de protection s’attache, en priorité, à empêcher la formation d’une atmosphère explosive, puis à éviter son inflammation et enfin à limiter les effets d’une explosion, afin de protéger la santé et la sécurité des salariés.

Empêcher la formation d’une atmosphère explosive

Pour cela, il faut agir sur les produits et les procédés qui peuvent être à l’origine de la formation d’une ATEX.

Agir sur les combustibles
  • remplacer le produit combustible par un autre incombustible ou moins combustible,
  • augmenter la granulométrie (passer de la poudre aux granulés),
  • ajouter des solides inertes à des poussières combustibles,
  • maîtriser les paramètres du procédé (température, pression…) en fonction des caractéristiques physico-chimiques des produits,
  • maintenir la concentration du combustible hors de son domaine d’explosivité (captage à la source des vapeurs ou des poussières, dilution, nettoyage régulier des couches de poussières déposées...).
Agir sur le comburant

La principale mesure consiste en l’introduction d’un gaz inerte (azote, argon…) en proportions suffisantes dans une atmosphère chargée de substances combustibles entrainant l’appauvrissement de celle-ci en oxygène et rendant donc l’inflammation impossible. Attention toutefois au risque d’hypoxie (diminution de l’apport d’oxygène dans les tissus de l’organisme) en cas de pénétration d’un salarié dans la zone concernée.

Éviter les sources d’inflammation

Cette action de prévention s’attache en premier lieu à mettre hors de la zone ATEX le matériel qui n’a pas nécessité de s’y trouver. Il faut ensuite éliminer les flammes et feux nus, les surfaces chaudes, les étincelles d’origines mécanique, électrique ou électrostatique, les échauffements dus aux frottements mécaniques, aux matériels électriques ou aux moteurs thermiques... Pour ce faire, différentes mesures peuvent être mises en œuvre.

Agir sur les procédés

Il s’agit notamment de la mise en place de :

  • systèmes de refroidissement afin de contrôler, par exemple, une réaction chimique, un échauffement dû à la compression des gaz,
  • séparateurs magnétiques, gravitaires (boîtes à cales) afin de supprimer les éléments pouvant provoquer des étincelles ou véhiculer des surfaces chaudes dans les réseaux de ventilation.
Réaliser des contrôles

Il s’agit notamment de vérifier que certains paramètres ne dépassent les seuils au-delà desquels l’inflammation est effective. Pour cela, différents systèmes de détection existent :

  • détecteurs d’élévation de température, de pression…
  • thermographie infrarouge (détection des points chauds sur les réseaux électriques),
  • détecteurs de monoxyde de carbone (détection d’un début de fermentation avec dégagement de chaleur),
  • systèmes de contrôles de la vitesse de défilement et/ou de déport des bandes transporteuses, de bourrage, de rotation (limitation des frottements, des échauffements et des charges électrostatiques générées lors du fonctionnement de ces équipements).
Agir sur le matériel
  • adéquation du matériel à la zone ATEX,
  • outillage mobile ne provoquant pas d’étincelle,
  • équipotentialité et mise à la terre de l’ensemble de l’installation.
 Mettre en place des mesures organisationnelles
  • mode opératoire d’exécution,
  • plan de prévention,
  • permis de feu pour l’ensemble des travaux par points chauds,
  • autorisation de travail,
  • mise en place de « zones fumeurs » afin d’éviter qu’un mégot ne devienne une source d’inflammation,
  • port de vêtements de travail appropriés faits de matériaux facilitant l’écoulement des charges électrostatiques,
  • nettoyage régulier par aspiration pour les poussières,
  • formation des salariés,
  • maîtrise des entreprises extérieures et de la coactivité.


Toutes les mesures prises doivent l’être de manière réaliste et rigoureuse, afin d’apporter des solutions de prévention efficaces et adaptées. Pour aller plus loin, consulter la brochure Elimination des sources d’inflammation dans les zones à risque d’explosion (ED 6183).

Limiter les effets d’une explosion

La maîtrise des sources d’inflammation étant difficile à mettre en œuvre, dans le cas où la formation de l’atmosphère explosive n’a pu être évitée, il convient d’adopter des mesures de protection permettant d’atténuer les effets néfastes d’une explosion.
Les actions à entreprendre sont spécifiques à chaque situation de travail ou procédé :

 

  • actions sur le confinement (évents d’explosion),
  • extincteurs déclenchés (suppresseurs d’explosion),
  • appareils résistant à la surpression d’explosion,
  • systèmes de découplage technique (système qui empêche une explosion de se propager au reste de l’installation : arrête-flammes, écluses rotatives, vannes à fermeture rapide, vannes « Ventex », extincteurs déclenchés, déviateur d’explosion, cheminée de dégagement…),
  • actions sur la configuration et la conception des locaux : compartimentage, résistance des matériaux (verre, toiture en matériaux fragiles...), conception et construction des locaux (choix de matériaux adaptés et résistant au feu), regroupement de personnel ou emplacements affectés afin que le personnel ne soit pas atteint par la chute d’éléments de structure ou que les locaux résistent à l’effondrement éventuel du reste de l’édifice.

De tels moyens techniques (évents, systèmes de découplage technique…) sont des systèmes de protection au titre du décret 96-1010 modifié (transposant la directive 94/9/CE) et doivent donc être reconnus et certifiés conformes à celui-ci.

 

Pour en savoir plus
Mis à jour le 02/02/2015