Evaluation de l'exposition au protoxyde d'azote dans les activités de soins et les moyens de prévention.

Communication scientifique

Le mélange équimoléculaire prêt à l'emploi d'oxygène et de protoxyde d'azote (Emono) est largement utilisé en milieu hospitalier comme analgésique lors d'interventions cliniques courtes, administré au moyen d'un masque facial. Le personnel soignant est régulièrement exposé à ce mélange gazeux, et donc au protoxyde d'azote, toxique pour l'homme. Les expositions sont principalement causées par les fuites à l'interface patient/masque, ainsi que lors du retrait du masque du visage du patient pour communiquer avec lui. Les solutions techniques de prévention existantes pour réduire ces expositions reposent sur la capture à la source des émissions accidentelles de protoxyde d'azote à l'aide de dispositifs d'extraction localisée : les doubles-masques. L'utilisation d'une valve à la demande peut également réduire les émissions de protoxyde d'azote pendant la sédation.

L'objectif de cette étude était d'évaluer l'efficacité de ces deux types de moyens de réduction de l'exposition, à la fois par des expérimentations en laboratoire, en reproduisant des procédures de soins sur un mannequin en conditions standard, et par des mesures sur le terrain lors de traitements réels. Ces mesures sur le terrain ont également été couplées à une approche ergotoxicologique combinant vidéo et mesures en temps réel afin de comprendre le lien entre pratiques et expositions.

Vingt-cinq interventions menées dans six hôpitaux différents ont permis de suivre 270 traitements dans plusieurs unités de soins. Près de 800 prélèvements, tant individuels qu'ambiants, ont été réalisés. Les résultats confirment les niveaux élevés d'exposition professionnelle lors des traitements réalisés avec des masques conventionnels et révèlent que les niveaux d'exposition professionnelle varient fortement selon le type de soins. Les résultats de laboratoire et de terrain ont également révélé l'efficacité du double masque et de la soupape à la demande pour réduire significativement l'exposition au protoxyde d'azote. Cependant, si des solutions techniques sont nécessaires pour respecter les valeurs limites d'exposition françaises (25 ppm pendant 8 heures et 125 ppm pendant 15 minutes), elles ne sont pas suffisantes. En effet, des expériences en laboratoire ont révélé que la perte de charge du système d'échappement des gaz influence fortement la concentration ambiante et, par conséquent, l'exposition professionnelle. Elles ont également révélé que certaines fuites ne peuvent être évitées, même avec des doubles masques. De plus, l'étude ercotoxicologique souligne le manque d'information et de formation du personnel soignant, ainsi que le manque de pratiques et d'indicateurs partagés. Les résultats fourniront une source d’information utile pour les futures recommandations de l’INRS pour l’utilisation sûre d’Enomo pendant les soins de santé en proposant une méthode de prévention appropriée adaptée au type de soins de santé spécifique.