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Lean management

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Effets sur la santé et la sécurité

Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses études ont montré une dégradation des conditions de travail, une intensification du travail, une augmentation du stress et des troubles musculosquelettiques. Néanmoins, les travaux ne convergent pas toujours, du fait d’une grande diversité des pratiques inspirées du Lean.

Une étude statistique exploitant les résultats d’enquêtes européennes sur les conditions de travail, conduit à s’interroger sur les liens entre les conditions de travail des salariés et les organisations du travail, notamment inspirées du Lean. Les auteurs distinguent plusieurs formes d’organisation du travail :

  • « taylorienne » : travail répétitif et monotone, nombreuses contraintes de rythme, très faible autonomie, faible résolution de problèmes dans le travail.
  • « en Lean production » : travail en équipe, rotation des tâches, nombreuses contraintes de rythme, contrôle qualité, résolution de problèmes, faible autonomie procédurale.
  • « apprenante » : tâches non monotones et non répétitives, situations fréquentes de résolution de problèmes et d’apprentissage, larges marges de manœuvre, peu de contraintes de rythme.

 

Les  auteurs de l’étude comparent ensuite les conditions de travail (conditions physiques de travail, postures, nuisances et de risques toxiques, horaires et durée, pressions temporelles, etc.) selon ces formes d’organisation du travail très contrastées. Leurs analyses statistiques mettent en visibilité des différences notables en matière de conditions de travail, d’expositions à différents facteurs de risques et de ressentis des salariés en matière de santé au travail. Comparée à la configuration « taylorienne », celle « en Lean production» :

  • est plus souvent associée à une forte intensité du travail, à des interruptions de tâches, au stress et troubles psychologiques (anxiété, insomnie, irritabilité), au travail de nuit, aux horaires atypiques et aux horaires flexibles, à des nuisances et risques toxiques (exposition aux fumées, poussières, vapeurs de dissolvants ou de diluants, produits chimiques, produits pouvant être infectieux, radiations), au port et déplacement de charges lourdes, à l’exposition au froid ;
  • expose autant à certaines contraintes comme la station debout prolongée et est autant associée par les salariés à des douleurs musculaires (épaules, cou, membres supérieurs) ;
  • est moins souvent associée aux positions douloureuses ou fatigantes, aux mouvements répétitifs, aux maux de dos;

Comparée à la configuration « apprenante », celle « en lean » est systématiquement plus souvent associée à l’exposition aux facteurs de risques physiques et chimiques.

D’autres travaux menés dans des entreprises en Lean ont montré que l’introduction brutale de certains changements inspirés du Lean peut provoquer une recrudescence d’accidents et/ou de maladies professionnelles. Plus largement, tout changement organisationnel peut avoir un impact sur les conditions de travail et la santé-sécurité des salariés. Des chercheurs américains ont montré une augmentation du niveau de stress et de fatigue dans les deux ans suivant une réorganisation, quelle qu’elle soit.  L’impact sur la sécurité est à redouter tant que les modifications de processus et de modes opératoires ne sont pas encore parfaitement assimilées par les salariés. De plus, les gains productifs à court terme attendus par la direction peuvent être à l’origine d’une pression accrue de la part de la hiérarchie (management par le stress) et d’une intensification du travail pour les salariés.

 

Cette situation est d’autant plus à craindre dans les secteurs d’activité qui combinent déjà une grande complexité, un couplage élevé entre sous-systèmes et une forte dangerosité (chimie, santé, nucléaire…). Une simple erreur pourrait conduire à un accident grave, notamment dans un contexte d’opérations nouvelles ou de changements dans le process. Cela rend le système particulièrement vulnérable en cas d’augmentation des tensions organisationnelles et de perte de marges de manœuvre.

Pour en savoir plus
Mis à jour le 14/12/2016