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Intelligibilité de la parole

Caractérisée par la capacité à percevoir et comprendre un message verbal, l’intelligibilité de la parole peut être bénéfique ou délétère en fonction de la situation de travail. Si elle permet de communiquer, elle peut également être une source de gêne et notamment entraîner une fatigue cognitive. La prévention des risques doit prendre en compte ces deux dimensions.

L’intelligibilité de la parole se définit comme le degré auquel un message verbal, qu’il soit émis directement par une personne ou diffusé via un système de sonorisation, peut être correctement perçu et compris par un auditeur. Cette notion dépasse la simple capacité d’entendre un son : elle implique la compréhension claire des informations transmises, ce qui est essentiel dans de nombreux contextes professionnels.


En effet, la communication orale joue un rôle central dans la coordination des activités, la transmission des consignes de sécurité et la gestion des situations d’urgence. Une parole intelligible permet aux salariés de recevoir et d’échanger des informations sans effort excessif, ce qui favorise la sécurité, le bien-être dans l’entreprise et l’efficacité dans la réalisation des tâches.


A contrario, une parole intelligible peut être une source de gêne pour les personnes qui ne participent pas à la conversation. C’est tout particulièrement le cas dans les espaces de bureaux ouverts. Pour les professionnels de santé au travail, il est crucial de comprendre ces deux dimensions de l’intelligibilité de la parole afin d’adapter les mesures de prévention.

Effets de la gêne liée aux paroles intelligibles

Les effets potentiels des conversations intelligibles sur les travailleurs sont de deux types :

  • lorsque qu’ils sont entourés de conversations, les travailleurs ont également tendance à augmenter, de manière consciente ou inconsciente, le volume de leur voix pour se faire entendre. D’une part cela produit une augmentation du bruit ambiant, qui peut engendrer une fatigue cognitive supplémentaire, et d’autre part cela sollicite davantage les cordes vocales, ce qui peut entraîner une fatigue vocale progressive, voire des troubles plus sévères de la voix (dysphonies) ou des lésions des cordes vocales ;
  • les personnes exposées à une parole intelligible alors qu’elles doivent se concentrer sur une tâche nécessitant une attention soutenue, produisent un effort cognitif supplémentaire pour conserver le même degré de performance. Ce phénomène, connu sous le nom d’effet indésirable de la parole (ISE), peut se traduire in fine par une fatigue accrue.

Mesure et évaluation de l’intelligibilité de la parole

On distingue deux approches distinctes et complémentaires pour caractériser l’intelligibilité de la parole dans un environnement de travail. 

Les mesures subjectives

Les mesures subjectives visent à établir un score d’intelligibilité pour un corpus vocal donné, une configuration d’écoute définie et des sujets représentatifs d’une population donnée. Elles sont réalisées dans des conditions de laboratoire et nécessitent une instrumentation spécifique (cabine audiométrique ou salle d’écoute). Elles peuvent être longues à mettre en place selon le nombre de personnes sélectionnées mais permettent d’accéder à une mesure statistique représentative de la population étudiée.

L’évaluation objective

L’évaluation objective s’appuie sur des indicateurs ou des méthodes de calculs qui ont été préalablement validés par des comparaisons avec des mesures subjectives. Elle est rapide à mener mais elle ne représente qu’une prédiction de l’intelligibilité dans le sens où elle ne caractérise que les déterminants de cette dernière (masquage par le bruit ambiant, distorsion du signal, etc.). 


Le STI (Speech Transmission Index) est le seul indicateur d’intelligibilité normalisé au niveau international (NF EN IEC 60268-16). Il présente l’avantage de pouvoir être utilisé pour estimer la baisse d’intelligibilité induite par la réverbération d’un local, mais sa mesure nécessite une instrumentation spécifique, comme une bouche artificielle calibrée et plusieurs étapes chronophages telles que la mesure de la réponse impulsionnelle du local et la mesure du bruit ambiant pendant l’activité. 

Le MAeq, un indicateur aux multiples avantages

Une alternative à l’utilisation du STI consiste à estimer le niveau des émergences de la parole dans le bruit ambiant. Plusieurs indicateurs ont été développés sur ce principe, notamment le MAeq, mis au point par l’INRS. Cet indicateur présente plusieurs avantages :

  • il se calcule aisément, en faisant la différence entre le niveau de bruit ambiant LAeq et son indice fractile L90 (niveau dépassé 90 % du temps) qui représente une mesure du niveau de bruit de fond ;
  • il nécessite une instrumentation légère et facile d’utilisation. Un simple sonomètre de classe 2, voire un exposimètre, suffit ;
  • la mesure est rapide et ne nécessite pas de vider le local de ses occupants. Plusieurs points de mesures peuvent être réalisés simultanément, à différents postes de travail, ce qui permet une identification rapide des zones les plus « impactées » par la parole.

La société Alliantech commercialise un exposimètre qui intègre la mesure de l’indicateur MAeq.

Démarche de prévention

Pour prévenir la fatigue accrue ainsi que la fatigue vocale liées à une mauvaise intelligibilité, il convient : 

  1. d’agir sur la réduction du bruit ambiant en le maintenant au niveau le plus bas possible. Ceci passe par :
    • l’identification et la réduction des émissions sonores des équipements, machines ou outils générateurs de bruit, ce qui nécessite une maintenance régulière, l’installation de dispositifs d’insonorisation ou le remplacement par des équipements moins bruyants,
    • l’aménagement des locaux, comme l’utilisation de matériaux absorbants, cloisonnements, isolation phonique… pour limiter la propagation du bruit (pour en savoir plus, consultez la brochure ED 6103 Traitement acoustique des locaux de travail) ;
  2. de mettre en place des actions sur l’organisation du travail, comme l’adaptation des horaires, la limitation de l’exposition prolongée au bruit, la mise en place de zones calmes… ;
  3. de sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’entreprise aux risques liés aux bruits et notamment aux effets des bruits intelligibles sur la santé des salariés.

Les protections auditives

Lorsque le niveau sonore ambiant dépasse 80 dB(A), le chef d’entreprise est tenu de mettre à disposition des salariés des protections auditives adaptées. Dans ce cas, l’intelligibilité des sons perçus peut être fortement dégradée, notamment lorsque le niveau sonore résiduel (le niveau de bruit sous le protecteur) se rapproche des seuils d’audition, ou lorsque le bruit ambiant comporte une prédominance de composantes basses fréquences.


Plusieurs types de protecteurs individuels contre le bruit (PICB) peuvent être envisagés pour trouver le meilleur compromis entre la nécessité d’abaisser le niveau de bruit perçu et la nécessité de recevoir et d’échanger des informations, en fonction des budgets disponibles et des conditions spécifiques de travail. 

Les PICB à atténuation uniforme

Ces protecteurs passifs offrent une atténuation constante sur l’ensemble du spectre fréquentiel. Ils préservent ainsi l’équilibre entre basses, moyennes et hautes fréquences, ce qui permet une protection efficace tout en limitant la dégradation de l’intelligibilité sonore.

Les PICB avec électronique intégrée

Ces dispositifs captent le bruit ambiant à l’aide d’un microphone extérieur, le traitent numériquement, puis le restituent dans l’oreille de manière optimisée. Parmi eux, les PICB à restitution dépendante du niveau sonore ajustent automatiquement le volume du bruit réinjecté pour maintenir un niveau sonore confortable et une intelligibilité suffisante sous le protecteur.

Les PICB communicants

Ces protecteurs sont équipés d’une ou plusieurs entrées audio, permettant la diffusion de signaux via un haut-parleur miniature intégré sous le protecteur. Ils sont particulièrement adaptés aux professionnels devant recevoir des messages vocaux dans des environnements bruyants, tels que les travailleurs ferroviaires, les agents de sécurité routière, le personnel logistique guidé par messages audio, les forces de l’ordre, les personnels navigants, etc. En plus d’assurer une protection auditive efficace, ces dispositifs facilitent la communication entre plusieurs porteurs, avec un poste téléphonique ou une centrale d’annonce.
 

Les aides auditives

Dans un contexte professionnel, les aides auditives jouent un rôle important pour favoriser une meilleure intelligibilité des paroles tout en limitant la gêne liée aux bruits ambiants pour les personnes malentendantes. Les fabricants proposent des dispositifs de plus en plus sophistiqués, qui permettent notamment :

  • une amplification sélective et adaptée : les sons faibles sont amplifiés tout en limitant les sons forts, ce qui améliore le confort d’écoute ;
  • un traitement avancé du bruit ambiant : le niveau de bruit est réduit, de même que les sons parasites. Cela favorise une meilleure perception des voix dans des environnements bruyants, typiques des milieux professionnels ;
  • une amélioration de la discrimination fréquentielle : des algorithmes optimisent la séparation des sons proches en fréquence, réduisant ainsi la confusion phonétique ;
  • une meilleure gestion du masquage sonore : l’effet du masquage est réduit en isolant la parole des bruits environnants, ce qui facilite la compréhension dans des situations complexes ;
  • des fonctionnalités connectées : la connectivité Bluetooth et autres technologies permettent de relier les aides auditives à des dispositifs professionnels (téléphones, systèmes de conférence, etc.), améliorant ainsi la communication directe.

Pour en savoir plus
Mis à jour le 21/05/2026