Démantèlement de VHU dans un contexte de transition écologique. Une opportunité de conception d’un travail soutenable ?

Communication scientifique

Chaque année en France, environ 1,3 million de Véhicules Hors d’Usage (VHU) doivent être démantelés et recyclés. Pour faire face aux évolutions quantitatives et qualitatives du travail de démantèlement, les entreprises spécialisées transforment leur process pour les industrialiser, et remettent en question la conception “à l’ancienne” des casses automobiles. Par ailleurs, les données de déclaration des accidents du travail et maladies professionnelles, recensées par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), placent le secteur de la collecte et du traitement des déchets parmi les secteurs professionnels les plus sinistrés au niveau national, notamment pour les lombalgies et les TMS (Ameli.fr). Dans ce contexte, un travail de recherche vise à documenter et modéliser le travail de démantèlement des VHU dans le but de concevoir un outil d’aide à la conception de lignes de démantèlement. Le terrain d’étude est une usine française (250 salariés) qui démantèle une centaine de VHU par jour. Le démantèlement est principalement réalisé sur deux lignes fonctionnant en parallèle. Chaque ligne est séquencée en 7 stations spécifiques, occupées par 1 ou 2 opérateurs chacune. Selon un ordre précis imposé par un algorithme de gestion de production, les opérateurs ont pour tâche principale, après la dépollution du véhicule, de démonter et vérifier la qualité des différents composants. Le recueil des données s’est déroulé entre janvier et septembre 2024 : recueil de documents de l’entreprise, 15 jours non consécutifs d’observations du travail de 12 opérateurs de démantèlement, et 9 entretiens semi directifs avec des membres du management d’atelier et des opérateurs de production. Le modèle de l’Homme au travail limité aux aspects biomécaniques est considéré comme « pauvre et source d’erreurs » par les concepteurs rencontrés. Ainsi, les concepteurs vont vers la conception de postes et de tâches simples et répétitives, sans marges de manœuvre utiles pour faire face aux variabilités industrielles, inter et intra individuelles. Les sources de sursollicitations musculo-squelettiques liées aux processus de démantèlement sont multiples : (1) les 7 postes de la ligne fonctionnent selon un takt time « moyen », sans stock tampon entre les postes, ce qui limite les marges de manœuvre temporelles pour faire face aux imprévus; (2) les ressources mises à disposition des opérateurs ne leur permettent pas toujours de trouver d’une manière efficiente les solutions de démantèlement des véhicules inconnus ou rares; (3) certains démantèlements sont complexes du fait d’un manque d’outils ad hoc (ex : le démontage de roues munies d’écrous antivol). Mais il existe également des facteurs de prévention des TMS, à maximiser : les marges de manœuvre collectives (un opérateur peut quitter son poste pour aider un autre opérateur en retard ou en difficulté) et la formation initiale et continue au démantèlement en compétence (polyvalence) et en santé. Le développement de centres de démantèlement de VHU est en plein essor, alors que la documentation ou les situations de référence pour la conception de ces systèmes de travail sont encore peu nombreuses et peu accessibles. Ces premières investigations encouragent à poursuivre trois pistes : les analyses d’activité de démantèlement pour affiner nos premiers résultats, les collaborations avec les concepteurs de ces systèmes de travail pour comprendre leurs contraintes et logiques de conception, et la production d’outils et guides utiles aux concepteurs afin d’intégrer la prévention des TMS dès la conception des ateliers de démantèlement de VHU.