L’organisation en équipes autonomes contribue à l’épanouissement au travail ou à l’épuisement ?

Communication scientifique

En Europe, on envisage de plus en plus des formes d’organisation participatives qui favorisent l’autonomie et la participation des salariés. Cet intérêt est particulièrement fort dans le secteur de l’aide à domicile, où les principales difficultés sont la pénurie de personnel et les taux élevés d’absentéisme. Ces organisations semblent constituer une solution pour faire face aux difficultés du secteur. Des mesures de prévention existent mais elles concernent principalement les structures de management traditionnel. La forme spécifique aux équipes autonomes est encore peu connue et la prévention dans ce domaine en est encore à ses débuts. Notre étude a cherché à savoir si ce système d’équipes autonomes facilite l’activité et augmente l’accomplissement du travail, ou accentue les risques psychosociaux, afin de cerner les enjeux et leviers préventifs. Deux études longitudinales en psychologie du travail et organisationnelle ont été menées dans deux entreprises d’aide à domicile qui ont adopté le modèle d’équipes autonomes. Des analyses qualitatives du travail et de l’organisation en transformation ont été réalisées, à partir d’entretiens, d’observations de l’activité à domicile et de réunions d’équipe, et d’auto-confrontations collectives. Elles montrent que le nouveau modèle organisationnel a facilité l’activité de travail, la prise de décision et la gestion individuelle et collective des risques professionnels. Cependant, la charge de travail des employés a considérablement augmenté pour acquérir de nouvelles compétences, remplir de nouveaux rôles et collaborer avec d’autres, entravant l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle. Des frustrations et le du stress au travail sont apparus avec l’insatisfaction des attentes de reconnaissance vis-à-vis des efforts accrus. L’autonomisation motive les employés, mais elle exige du temps et de l’investissement, une reconnaissance accrue, de la confiance au sein des équipes et un partage des responsabilités. L’identification des facteurs de risques psychosociaux existants et émergents a conduit à la co-construction de mesures de prévention avec toute l’entreprise. Les actions appliquées ont apporté une meilleure répartition de la charge, un contrôle par les pairs diminué, et une préservation de la vie privée avec des amplitudes de temps respectées. Le modèle des équipes autonomes semble viable si les entreprises compensent le coût d’entrée de la transformation par des avancées organisationnelles et une prévention appliquée des risques psychosociaux.