Le collectif peut-il encore jouer un rôle favorable sur le rapport au travail et la santé des salariés ?

Communication scientifique

Depuis une vingtaine d’années, dans tous secteurs professionnels confondus, les organisations du travail ont fortement évolué vers une recherche d’optimisation économique qui ont bouleversé tant les métiers que les façons de travailler ensemble. Les choix organisationnels qui s’imposent aux salariés (Darès, 2024) les plongent dans un paradoxe managérial où on leur demande à la fois d’être autonomes, innovants, tout en étant sous contrôle et soumis à un reporting croissant de leurs actions via des technologies. Dans ce contexte, les salariés disposent de moins en moins d’opportunités et de temps pour échanger directement avec d’autres. Cette situation, qui se développe dans tout milieu professionnel (Darès, 2021), requestionne nos cadres théoriques et méthodologiques pour comprendre et intervenir en milieux professionnels, notamment pour aider à prévenir les risques pour la santé des salariés.
Pour revisiter nos modèles et méthodes d’analyses centrés sur les collectifs et l’engagement au travail, plusieurs études de cas seront mobilisées : dans l’industrie automobile des années 2010 avec la mise en place d’équipes semi-autonomes employant majoritairement des intérimaires ; dans le secteur du bâtiment des années 2015 avec des collectifs expérimentés contraints par une pression temporelle et des possibilités réduites de travail en commun ; puis dans le secteur de l’aide à domicile depuis les années 2020 sur la mise en place d’équipes autonomes sans augmentation de moyens humains et matériels. Face aux transformations des contextes professionnels qui parfois se dégradent, le rapport au travail évolue forcément pour pouvoir plus ou moins s’en protéger. En prenant en compte dans nos analyses le rapport au travail que les salariés expriment, cela permet de connaître le sens qu’ils y mettent, les sources de satisfaction au quotidien mais aussi plus précisément les causes de mal-être qu’ils identifient en lien avec les conditions et l’organisation du travail, qui entraînent alors des effets délétères sur leur santé (Van De Weerdt & Baratta, 2014).
Quand les possibilités de régulations individuelles et collectives s’amenuisent, on se demande alors si consécutivement l’investissement au travail serait plus ou moins désenchanté dans les organisations du travail ; même si le métier lui-même et le contenu du travail restent porteurs de sens (Clot, 2015). Les fonctions psychologique et sociale du collectif au travail (Quillerou-Grivot, 2011) qui tendent à être malmenées dans la réalisation de leur travail, pourraient expliquer ces changements de rapport au travail chez les salariés. On peut alors se demander si ces fonctions structurantes pour la pleine santé peuvent être encore renforcées, réinvesties, voire même réinventées, pour constituer une ressource en faveur d’un rapport au travail favorable à la santé (Clot & Litim, 2008).
Ainsi, nous proposons de revisiter nos modèles et méthodes d’analyses du travail issus majoritairement des travaux sur le monde ouvrier du 20ème siècle en réinterrogeant nos conceptions même du collectif et de ses liens à l’engagement au travail et à la santé (Oddone, Rey & Briante, 1981 ; Cru, 1988 ; Wisner, 1993 ; Weill-Fassina & Benchekroun, 2000).