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Suicide en lien avec le travail

Réponse d’urgence et signal d’alerte

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Suicide au travail : une situation d'urgence à gérer

Un suicide ou une tentative de suicide constitue tout d’abord une situation d’urgence à gérer : il faut en effet éviter une « épidémie » de suicides sur un même lieu de travail. C’est aussi un signal d’alerte sur un possible phénomène de malaise plus largement répandu. La prévention des suicides au travail passe donc par une démarche globale de prévention des risques psychosociaux.

Réagir en urgence après un suicide ou une tentative de suicide

En cas de suicide ou de tentative de suicide (sur le lieu de travail ou lié au travail), l’entreprise doit réagir en urgence afin de prendre en charge les salariés concernés et éviter un phénomène de contagion. Il est en effet possible qu’un suicide entraîne chez d’autres personnes dans une situation professionnelle similaire la levée d’un tabou. Dès lors qu’un collègue y a déjà recouru, le suicide peut apparaître en effet comme une issue.

Une communication interne forte doit souligner la gravité de l’événement et prendre en compte la part éventuelle du travail dans sa survenue. Les raisons d’un suicide sont toujours complexes à démêler. Mais il faut accepter de rechercher d’éventuels facteurs liés au travail et envoyer ainsi aux salariés le signal que des actions pour améliorer les conditions de travail sont possibles. À l’inverse, réduire d’emblée les causes du suicide à des raisons personnelles fait passer le message que l’entreprise ne s’interroge pas sur son organisation du travail et que rien ne va bouger.

Une prise en charge psychologique des collègues de la victime doit être proposée. La possibilité pour les salariés volontaires de participer à des débriefings psychologiques peut prévenir de nouveaux suicides et des cas de stress post-traumatique. Ces séances, proposées de façon individuelle et/ou collective, dans ou hors de l’entreprise, doivent être animées par un spécialiste extérieur, sur une période suffisamment longue pour que toutes les personnes touchées par cet événement puissent « évacuer » le traumatisme. Elles permettront d’orienter les personnes en danger vers des thérapeutes adaptés.

Une déclaration en accident du travail est en principe établie par l’employeur quand le suicide se produit sur le lieu et au temps du travail, ou sur le trajet domicile-travail. À défaut, les ayants droit ont la possibilité de faire cette déclaration auprès de la Caisse primaire d’assurance-maladie dans les 2 ans qui suivent le décès.

Pour un suicide survenant hors du lieu de travail, une déclaration pourra également être faite, même si la présomption d’imputabilité ne s’applique pas (si l’acte suicidaire est intervenu en dehors du temps et du lieu de travail et ne fait suite à aucun sinistre professionnel reconnu).

Agir après l’événement sur les risques psychosociaux

La communication interne et les mesures d’aide psychologique ne sont pas suffisantes. Un suicide ou une tentative de suicide doit alerter la direction sur la présence possible de risques psychosociaux dans l’entreprise.

Pour réaliser un diagnostic approfondi de la situation, le niveau de stress doit être évalué, de même que la présence de risques de violences (externes ou internes à l’entreprise). Les sources des problèmes doivent être recherchées et les groupes de salariés concernés identifiés. Un plan d’actions visant à améliorer les conditions du travail sera ensuite établi. Ce processus qui doit associer les différents acteurs de la prévention (employeur, médecin du travail, membre du CHSCT ou représentant des salariés) constitue la seule démarche de prévention efficace.

La démarche de prévention à mettre en œuvre est identique à celle de la prévention du stress au travail.

Limites des numéros verts et observatoires du stress

Attention, la mise à disposition d’un numéro vert anonyme et gratuit pour les collègues témoins d’un suicide permet certes d’identifier des salariés en souffrance mais ne suffit pas à constituer une prise en charge psychologique. Hors situation de crise, ce type de mesures constitue une prise en charge individuelle et curative mais ne s’attaque pas aux sources de stress. La mise en place d’observatoires du stress qui ne s’intégreraient pas dans une démarche de prévention est également discutable. Car interroger les salariés pour rassembler des indicateurs de stress, sans leur en restituer les résultats et sans mettre en œuvre de mesures correctives peut se révéler contre-productif.

Tant qu’une démarche de prévention des risques professionnels n’est pas décidée, il est préférable de ne pas solliciter activement les salariés afin de ne pas créer de faux espoirs. Les acteurs de l’entreprise qui souhaitent objectiver l’existence de dysfonctionnements peuvent, à ce stade, utiliser des données déjà existantes dans l’entreprise et collecter de premiers indicateurs révélateurs de risques psychosociaux. Par la suite, quand la décision d’entamer une démarche sera prise par la direction, il sera alors nécessaire de solliciter et d’associer les salariés.

Lien avec le travail

De nombreuses études épidémiologiques ont établi un lien entre des contraintes de travail génératrices de stress chronique et l’apparition d’une dépression. Celle-ci peut, ensuite, favoriser un passage à l’acte suicidaire. Parmi les contraintes de travail étudiées, on retrouve notamment le déséquilibre entre une forte exigence psychologique et une absence de marge de manœuvre appelée job strain. Les situations de harcèlement moral/sexuel ou de violences sont également susceptibles d’entraîner un état dépressif, sans toujours être précédées d’une période de stress chronique.

Certains suicides sur le lieu du travail peuvent, d’autre part, être complètement indépendants de la situation professionnelle, le lieu du travail fournissant alors des occasions pour passer à l’acte (suicide par chute de hauteur dans le secteur du bâtiment, usage d’une arme de service, prise de médicaments pour des personnels de santé par exemple).

Mis en ligne le 04 juillet 2012

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