Évaluation de la fidélité test-retest d'un protocole expérimental pour la détermination de charges sécuritai-res en manutention dans le cas de lombalgie chronique
Communication scientifique
Les troubles musculosquelettiques liés au travail, notamment la lombalgie chronique (LC), représentent une cause majeure d'incapacité professionnelle, particulièrement exacerbée par les tâches de manutention manuelle. Actuellement, les outils permettant de déterminer des charges sécuritaires pour ces tâches (soulèvement, dépôt, pousser, tirer, transporter) sont principalement fondés sur des données issues de populations asymptomatiques (Snook & Ciriello, 1991). Or, ces outils ne tiennent pas suffisamment compte des différences importantes entre des travailleurs asymptomatiques et ceux souffrant de LC, notamment en matière de contrôle moteur, de proprioception et de facteurs psychosociaux (Meier, Vrana, & Schweinhardt, 2019). Ainsi, pour mieux adapter les charges sécuritaires à cette population spécifique, il est essentiel que les protocoles d’évaluation soient fidèles dans le temps. À ce jour, la fidélité test-retest d'un protocole isométrique sous-maximal de calibrage par électromyographie (EMG), en vue de nourrir un modèle musculosquelettique de la colonne lombaire, spécialement conçu pour s'adapter aux capacités réduites des travailleurs atteints de LC, n’a jamais été évaluée. Les estimations de forces articulaires obtenues avec ce modèle, lors de tâches de manutention libre chez cette population, sont d’intérêt pour établir les charges sécuritaires. Objectif principal : Évaluer la fidélité test-retest des mesures des forces internes à l’articulation L5-S1 obtenues à l’aide d’un protocole d’évaluation de la manutention chez des individus avec et sans LC.2. Seize Participants (< 65 ans), dont 8 avec LC (douleur > 3 mois) ont été évalués en laboratoire deux fois, à quelques mois d’intervalle. Lors de chaque séance, ils ont réalisé une série de tâches de manutention ainsi qu’un protocole de normalisation sous-maximal de l’EMG de 12 muscles abdominaux et lombaires (longissimus, iliocostales, multifides, droits de l’abdomen, obliques externes et obliques internes (Eskandari et al., 2023)). Les tâches de manutention comprenaient un soulèvement et un dépôt statiques à hauteur des genoux (symétrique/asymétrique), un transport dynamique à hauteur des hanches (4,3 m aller-retour) et deux tâches de poussée/traction sur des poignées situées à 60 % de la hauteur des épaules. L’équipement comprenait : des poignées instrumentées (Kistler), des plateformes dynamométriques (AMTI), un système optoélectronique (OptiTrack) et des capteurs EMG sans fil (Delsys). Les forces de compression et de cisaillement à L5-S1 sont estimées par un modèle guidé par l’EMG et assisté par l’optimisation M-EMGAO (Gagnon, Plamondon, & Lariviere, 2018). Ce modèle utilise les résultats de la dynamique inverse multi-segmentaire (du sol ou des mains à L5-S1) et l’EMG (normalisé suite au calibrage sous-maximal) pour estimer les forces musculaires (actives et passives) en tenant compte des efforts passifs de la colonne (ligaments et disques). Les forces articulaires prédites (valeurs crêtes) à L5-S1 seront comparées entre les deux sessions à l’aide d’analyses de variance selon un plan mixte (2 JOURS x 2 GROUPES), menées indépendamment pour chaque tâche (soulèvement, dépôt, transport dynamique, poussée, traction) et pour chaque condition d’asymétrie (0° et 75°). Le coefficient de corrélation intraclasse (ICC, fidélité relative) et l’erreur type de mesure (SEM, fidélité absolue) seront calculés pour chaque tâche et condition, sur la base des deux sessions. L’interprétation des ICC suivra les seuils proposés par (Fleiss, 1986), et les intervalles de confiance seront rapportés pour en préciser la robustesse. En termes de résultats attendus, une fidélité jugée bonne à excellente sera considérée si l’ICC > 0,60. Toutefois, des facteurs comme une présence épisodique de la douleur, les effets d’apprentissage et la fatigue accumulée pourraient compromettre cette fidélité, notamment chez les participants LC. Pour limiter l’effet de ces facteurs, plusieurs stratégies sont envisagées : (1) suivi de la douleur perçue et de l’effort à chaque tâche, (2) familiariser les participants avec quelques essais avant les enregistrements et l’exclusion de la première répétition de chaque tâche enregistrée (3) pauses additionnelles (à la demande du participant). Malgré cela, une reproductibilité faible entre les deux sessions pourrait être observée. Le recours à des approches statistiques plus avancées (p.ex. Generalizability theory) pourrait permettre d’identifier les sources de variabilité sur lesquelles il est possible d’intervenir pour améliorer la fidélité. Par exemple, le fait d’augmenter le nombre d’essais de familiarisation pourrait réduire les sources d’erreurs systématiques (apprentissage) entre les sessions de mesure alors que d’augmenter le nombre de répétitions pourrait réduire les sources d’erreurs aléatoires. En conclusion, cette étude de fidélité test-retest permettra de vérifier, pour la première fois, si les sources d’erreur associées aux estimations de forces articulaires sont bien contrôlées. Cela supporterait l’utilisation de notre modèle musculosquelettique avec calibrage sous-maximal de l’EMG chez un nombre important de travailleurs pour ainsi établir les charges maximales sécuritaires. Dans le cas contraire, des stratégies de mitigation seront ajoutées au protocole d’évaluation.
-
Fiche technique
-
Année de publication
2025 -
Langue
Français -
Discipline(s)
Biomécanique - Physiologie du travail - Ergonomie -
Auteur(s)
RIAHI M.A., BOUFFARD J., GAGNON D., LARIVIÈRE C., MASSÉ-ALARIE H., SAVESCU A., CORBEIL P. -
Référence
27/10/2025-MARSEILLE-Société de Biomécanique 2025
-