Effet de l’introduction d’un nouvel outil sur la fluidité du geste : application au secteur de la coiffure

Communication scientifique

Introduction : En France, le secteur de la coiffure est associé à une prévalence élevée de troubles musculo-squelettiques (TMS) du membre supérieur. Ces TMS pourraient être notamment liés aux gestes de coupe réalisés avec des ciseaux traditionnels (CTRD). En effet, leur utilisation implique des postures contraignantes qui associées à la répétitivité de l'activité favoriseraient la survenue de TMS. Un des leviers de prévention peut alors consister à introduire un nouvel outil de travail comme les ciseaux sans anneaux (CSA) conçus pour limiter les postures contraignantes. Néanmoins, leur introduction peut être contrariée par une perte temporaire de savoir-faire affectant la qualité d'exécution du geste. La fluidité peut être un indicateur de la qualité d'exécution du geste ainsi que du niveau d'expertise (Fried & Feldman, 2008). Différents algorithmes existent pour mesurer la fluidité dont le Spectral Arc Length (SPARC) (Balasubramanian et al., 2015). Ce dernier repose sur l'hypothèse que les mouvements moins fluides sont plus complexes en termes de composition fréquentielle (Gulde & Hermsdörfer, 2018). L'objectif de ce travail était d’évaluer l’effet de l’introduction d’un nouvel outil (CSA) et d’une session de pratique de 20 minutes sur la fluidité du geste. Cadre(s) théorique(s) et Méthodologie : La fluidité a été évaluée à l’aide du SPARC, algorithme reposant sur une analyse du contenu fréquentiel du profil de vitesse (Balasubramanian et al., 2015). Le SPARC a été calculé sur une séquence précise présente dans chaque cycle de coupe et correspondant à la pose du peigne dans la main gauche jusqu’au premier coup de ciseaux. 6 coiffeuses droitières (30 ± 7 ans) ont participé à l’expérimentation (niveau de pratique : CTRD > 3 ans ; CSA < 2h). Trois conditions ont été réalisées : utilisation CTRD, utilisation CSA pré-pratique (CSA1) et utilisation CSA post-pratique (CSA2). Pour chaque condition, les coiffeuses ont réalisé trois gestes de coupe (MASSive, PROGressive, GRADuée) durant 6 minutes sur une tête à coiffer. Pour les CSA uniquement, une session de pratique libre de 20 minutes étaient intercalée entre CSA1 et CSA2. La cinématique de la main tenant les ciseaux était enregistrée avec un système optoélectronique (Motion Analysis 200hz). Une ANOVA de Kruskal Wallis et un post hoc de Bonferroni ont été utilisés pour analyser l'effet de l'outil et de la pratique sur le SPARC. La taille d’effet a été déterminé avec le d de Cohen. Résultats et discussion : Le SPARC délivre un score négatif qui en se rapprochant de 0 indique une meilleure fluidité. Ce dernier était significativement plus faible en CSA1 comparativement avec CTRD pour les trois gestes de coupe (MASS : -11%, PROG : -5%, GRAD : -4% ; p<0,05). La taille d’effet (d) était faible pour PROG et GRAD (0,5  d > 0,2) et modérée pour MASS (d > 0,5). Concernant l’effet de la pratique une augmentation de la fluidité a été observée en CSA2 uniquement pour la coupe GRAD (+6% ; p<0,05, d<0,2), avec, pour cette condition (CSA2 : GRAD), un niveau de fluidité similaire à CTRD. Conclusions et perspectives : L’introduction des CSA semble entrainer une diminution de la fluidité suggérant ainsi une baisse de la qualité d’exécution du geste. Les coiffeuses ayant seulement deux heures d’utilisations des CSA, les résultats fournis par le SPARC, comme indicateur de qualité du geste, semblent donc cohérents. Par ailleurs, pour un des gestes de coupe, la session de pratique de 20 minutes a permis d’atteindre un niveau de fluidité similaire à celui des CTRD avec les CSA. Au regard de ces résultats, il est prévu de reconduire ces analyses lorsque les coiffeuses auront une plus grande expérience d’utilisation des CSA.