L’adoption des exosquelettes professionnels : des premières interactions à l’usage pérenne

Communication scientifique

Contexte et objectifs Depuis plus de 20 ans, les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont de loin les maladies professionnelles les plus fréquentes en Europe, trois travailleurs sur cinq étant concernés (Roquelaure, 2018). Lorsque toutes les solutions d’amélioration des conditions de travail ont été testées ou que l’automatisation n’est pas envisageable, les dispositifs d’assistance physique, et plus particulièrement les exosquelettes professionnels, peuvent être envisagés comme pouvant contribuer à l’amélioration des conditions de travail. Malgré un large consensus dans la littérature (Stam et al., 2010 ; Bar et al., 2024) démontrant l’efficacité des exosquelettes pour réduire localement les contraintes musculaires et le ressenti des efforts, ce n’est pas pour autant qu’en contexte professionnel les opérateurs l’adoptent pour un usage régulier. La question de l’adoption des exosquelettes constitue un enjeu capital dans le contexte de modernisation des entreprises, d’autant plus si ces dispositifs ont un rôle à jouer dans la prévention des TMS. Cet enjeu sera considéré à l’aune de la prévention des risques professionnels ; par la question de l’adoption c’est la question de la qualité de l’Interaction Homme-Exosquelette (IHE) qui sera traitée. La qualité de l’IHE peut mener à des points de tensions ou d’accords selon qu’elle est appropriée ou non. Une qualité d’interaction dégradée peut générer des facteurs de risque psycho-sociaux (RPS), de TMS voire d’accident. L’objectif de cette étude est de comprendre et formaliser les mécanismes psychologiques et psycho-sociaux sous-tendant l’adoption d’un exosquelette dans un contexte de prévention des risques professionnels. Méthode : Une série de quatre études auprès d’une vingtaine d'entreprises a été menée, mettant en œuvre plusieurs méthodes : la passation du questionnaire sur l’adoption des exosquelettes élaboré par l'INRS, la conduite d’entretiens individuels et collectifs, ainsi qu'une approche longitudinale. Résultats : Adopter un exosquelette est un processus composé de trois étapes : la pré-adoption (avant qu’il y ait interaction entre l’exosquelette et l’utilisateur), la familiarisation (période correspondant aux premières interactions) et la routinisation (période où l’usage de l’exosquelette est routinier) (Dufraisse et al, 2025). Durant ces trois étapes, la qualité de l’IHE va être évaluée par les utilisateurs selon plusieurs déterminants qui interagissent entre eux (facilité d’utilisation de l’exosquelette, son utilité, sa performance en termes de santé et sécurité par exemple). La qualité de IHE va également être liée aux transformations de l’activité liées à l’usage de l’exosquelette. Ainsi, lors de la familiarisation, l'utilisateur apprend à interagir avec l'exosquelette, ajuste ses stratégies gestuelles et gère les effets secondaires du dispositif. Cette étape est marquée par une instabilité des évaluations de l’utilisateur à l’égard du dispositif. Si l’utilisateur parvient à maîtriser le dispositif, l’étape de routinisation s'ensuit menant à une utilisation pérenne. Cette dernière étape est caractérisée par une qualité d’IHE équilibrée et satisfaisante pour l’utilisateur, par une incorporation de l’exosquelette dans son schéma corporel, un usage routinier du dispositif dans la tâche initialement prévue mais aussi dans de nouvelles tâches pour lesquelles l’utilisateur a exploré l’intérêt du dispositif en termes de santé et sécurité. Lors de l’intégration d’un exosquelette au sein d’un collectif des dynamiques collectives positives ou négatives émergent et influencent l’adoption ou le rejet du dispositif au cours de ces trois étapes. Prévention et conclusion : la formalisation du processus d’adoption a permis de définir à la fois de nouveaux repères et de définir des pistes de prévention, comme la nécessaire instauration d’une familiarisation collective mais aussi de mettre en évidence de nouveaux indicateurs de suivi et d’évaluation de la qualité d’IHE. Des outils à destination de la prévention des risques professionnels sont en cours d’élaboration ; une version révisée du questionnaire INRS sur l’adoption des exosquelettes et un support opérationnel d’intervention et d’accompagnement à destination des préventeurs engagés dans des projets exosquelette. Par ailleurs, les enseignements de cette recherche peuvent être également appliquées à d’autres technologies d’assistance physique comme les cobots ou encore à d’autres systèmes tels que les équipements de protection individuels.