Horaires atypiques de travail : quels impacts sur la santé des salariés ?

Mis à jour le 11/09/2026
Tôt le matin ou tard le soir, le week-end, avec des journées longues ou fractionnées… Les horaires atypiques (hors travail de nuit) peuvent avoir des effets importants sur la santé et la vie sociale et familiale des salariés concernés. Un nouveau rapport publié par l’Anses présente un état des connaissances actuelles sur le sujet. Les explications de Laurence Weibel, chronobiologiste et experte d’assistance à l’INRS, qui a contribué à cette expertise collective.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de rendre public les conclusions de l’expertise collective « Évaluation des effets des horaires atypiques de travail - autres que le travail de nuit - sur la santé et la vie sociale et familiale ». Quels ont été les objectifs de ces travaux ?
 

Les horaires dit atypiques désignent l’ensemble des aménagement du temps de travail qui sortent du cadre « standard » : 8 heures de travail entre 8h et 19h, 5 jours de travail par semaine du lundi au vendredi. Le terme « horaires atypiques » regroupe ainsi des organisations temporelles très diverses : les horaires longs (plus de 8h par jour ou plus de 40h par semaine), les travail le week-end, les journées fractionnées, le travail tôt le matin ou tard le soir, le travail décalé sans nuit de type 2x8… Si les effets du travail de nuit sur la santé des salariés sont bien documentés, les impacts sanitaires des horaires atypiques hors travail de nuit sont moins bien connus. 
L’objectif de l’expertise collective conduite par l’Anses a justement été d’étudier les effets de ces horaires de travail particuliers sur la santé et la sécurité des travailleurs mais également sur leur vie sociale et familiale. Le sujet est loin d’être anecdotique : entre 56 % et 76 % des travailleurs en France sont concernés par au moins une forme d’horaire atypique selon l’expertise de l’Anses.
 

Quels sont les principaux enseignements de cette expertise collective ?

Le premier constat est la confirmation que toutes les formes d’horaires atypiques ont des impacts sanitaires et sociaux. Les horaires longs par exemple ont des effets sur la santé cardiovasculaire (maladies coronariennes, accident vasculaire cérébral - AVC) et augmentent les risques de souffrir de dépression, d’anxiété, de troubles du sommeil… Le travail du weekend affecte sensiblement la vie socio-familiale des salariés. Les études tendent également à montrer une augmentation des risques de diabète, de douleurs musculosquelettiques, d’accidents du travail… La dette de sommeil, l’irrégularité des cycles veille sommeil ou encore le stress chronique lié notamment à la difficulté à concilier vie personnelle et vie professionnelle, pourraient expliquer la survenue de ces effets négatifs.
Le rapport met également en lumière les polyexpositions des salariés concernés. Au cours de sa carrière, un salarié peut être confronté à plusieurs types d’horaires atypiques dont les effets vont se cumuler. Autre point important, on observe que les salariés en horaires atypiques sont également plus exposés à d’autres risques professionnels et particulièrement aux risques psychosociaux (RPS). Des travaux de l’INRS avaient déjà montré une exposition plus importante aux risques chimiques chez ces salariés. Ces polyexpositions rendent ces populations encore plus vulnérables face aux risques professionnels.

Quels sont les enjeux liés aux horaires atypiques en matière de prévention ?

Les horaires atypiques concernent une majorité des salariés français. Et ces types d’organisation temporelle risquent de se développer encore. Les périodes de canicule liées au changement climatique obligent parfois déjà à décaler les journées de travail plus tôt le matin ou plus tard le soir. Les évolutions du contexte économique (travail à la demande, flexibilité, mondialisation des marchés…) sont autant de paramètres qui favorisent également la mise en place des horaires longs ou du travail fractionné. Il peut être difficile d’agir sur ces facteurs, mais la mesure de prévention plus efficace est de limiter le recours aux horaires atypiques.

Comment agir concrètement pour prévenir les risques liés aux horaires atypiques ?

À défaut de pouvoir agir sur les facteurs favorisant les horaires atypiques, la priorité est tout d’abord d’en évaluer les risques dans l’entreprise. Des outils spécifiques restent à développer mais il est par exemple possible d’utiliser l’outil RPS DU qui comprend un volet sur les horaires atypiques de travail. Il est aussi important de prendre en compte les polyexpositions notamment celles liées aux agents chimiques et aux RPS et de tenir compte des effets cumulatifs des horaires atypiques tout au long de la vie professionnelle.


Lors de la mise en place de nouveaux horaires de travail, il est essentiel d’associer les salariés à la définition des nouvelles organisations. Il faut aussi privilégier les salariés volontaires qui supporteront mieux les contraintes, ce qui peux limiter les effets négatifs des horaires atypiques. L’employeur doit également veiller à concilier au mieux les impératifs de production et les contraintes personnelles des salariés (horaires des transports en commun, obligations familiales…). On peut aussi agir sur l’organisation du travail : adapter le contenu du travail en laissant des marges d’autonomie aux salariés, favoriser le soutien et l’entraide entre salariés, prévoir des périodes de chevauchement entre les postes pour permettre la transmission des informations entre les équipes successives…


Il est également intéressant de mettre en place des compensations qui ne soient pas uniquement financières et aillent dans le sens d’une meilleure santé comme par exemple d’accorder des temps de récupération supplémentaires… Certains aménagements de l’environnement de travail peuvent aussi contribuer à prévenir les risques. Favoriser des microsiestes sur le lieu de travail pour les salariés exposés aux horaires atypiques est une mesure de prévention efficace. Cela est particulièrement utile dans le cadre du travail fractionné, où mettre à disposition des salles de repos permettant aux salariés de se reposer lors des temps non travaillés serait particulièrement pertinent…

 

Le rapport d’expertise collective « Évaluation des effets des horaires atypiques de travail - autres que le travail de nuit - sur la santé et la vie sociale et familiale ».

Webinaire – Horaires atypiques : Quelle organisation du travail pour quels effets ? Mardi 10 novembre à 11h en direct

L’INRS organise un webinaire sur les horaires atypiques au travail. Travail de nuit, postes du matin et/ou du soir, horaires fractionnés, travail du week-end, travail en horaires longs… En France, entre 56 % et 76 % des travailleurs sont concernés par au moins une forme d’horaire atypique. Une réalité professionnelle dont les effets sur la santé restent encore trop souvent méconnus en entreprise.
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