« Recycler c’est protéger » ? D’une politique publique environnementale à la réorganisation du travail de prévention des risques professionnels

Communication scientifique

« Recycler c'est protéger ». Cette formule est le slogan d'Ecosystem, un éco-organisme de la filière du recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Sa concision marque les esprits. Mais, recycler, c’est protéger qui ?

L'analyse socio-historique de la construction du problème public des DEEE nous apporte un premier élément de réponse. La croissance exponentielle du volume d'équipements électriques et électroniques (EEE) est construite à l’échelle européenne comme un problème environnemental et géopolitique dès la fin du XXème siècle. Le recyclage des DEEE par le biais de l’instauration de la « responsabilité élargie des producteurs » (REP) est alors présenté comme la solution adéquate. En vertu de ce principe, une directive européenne désigne les producteurs comme responsables des déchets issus de leurs produits et les somme de financer et d'organiser la gestion de leur fin de vie. Suite à la transposition de la directive dans le droit français en 2005, la filière française du recyclage des DEEE se structure, créant de nouvelles activités et le recrutement corollaire de nouveaux salariés sous différents statuts d’emploi (intérim, insertion par l’activité économique, etc.). Les institutions garantes de la préservation de la santé des salariés alertent aussitôt sur les conditions de travail et les nombreux risques professionnels de cette filière. On sait notamment que les DEEE contiennent des produits dangereux. Tous ne sont pas connus. Cette politique publique environnementale a-t-elle abouti à la mise en danger des travailleurs à qui elle fournit un emploi ?
Dans cette communication, nous montrerons que le cadrage environnemental du problème a éclipsé la question du travail et de la santé des travailleurs, implicitement pensée comme relevant de la seule responsabilité des entreprises de recyclage. À travers l'exemple d'une des nombreuses tâches qui incombent aux préventeurs des risques professionnels, l'évaluation des risques chimiques, nous mettrons en lumière la manière dont cette lacune ébranle « le travail de prévention » (Mias et al., 2013). Ces préventeurs tâtonnent, réorganisent leurs actions et inventent des manières originales de prévenir les risques chimiques afin de déconstruire l’ignorance qui les entoure – pour qu’à l’avenir, recycler ce soit (aussi) protéger les salariés.

Cette communication repose sur une thèse de sociologie en cours. Les analyses s’appuieront ici sur une pluralité de matériaux : trente entretiens auprès de préventeurs qui interviennent dans trois entreprises de la filière, l’analyse des débats parlementaires et des textes de loi qui la réglementent.