Travailleurs saisonniers : des risques à anticiper, une prévention à renforcer
Sans eux, les secteurs de l’agriculture, de la pêche, de la transformation alimentaire, du tourisme et de l’hôtellerie-restauration ne pourraient pas fonctionner. Les travailleurs saisonniers sont en effet indispensables pour assurer la continuité et les pics d’activité dans de nombreuses entreprises. Ces salariés exercent souvent leur activité dans des conditions difficiles qui les rendent particulièrement vulnérables face aux risques professionnels.
Profils variés
Les travailleurs saisonniers seraient plus d’un million et demi en France selon un rapport rendu par la Cour des comptes en juillet 2025. Leur profil varie selon les secteurs. En agriculture, en particulier dans la récolte de fruits, il s’agit majoritairement d’ouvriers non qualifiés, souvent des hommes. Dans les secteurs non agricoles comme le tourisme ou l’hôtellerie-restauration, ils sont plus jeunes, plus diversifiés socialement et la parité femmes/hommes est globalement respectée.
© R. Escher pour l’INRS / 2021
Principaux risques
Le manque d’expérience, le manque de temps pour se former et le rythme soutenu exposent les saisonniers à des risques accrus, notamment :
- les troubles musculosquelettiques, liés aux gestes répétitifs, aux cadences intenses et aux fortes contraintes physiques et mentales qui rendent ces affections fréquentes et souvent chroniques ;
- les risques psychosociaux et organisationnels notamment les risques liés aux pratiques addictives et aux violences externes, notamment dans les secteurs en contact avec le public ;
- les risques liés aux ambiances thermiques notamment les rayonnements ultraviolets (UV) solaires pour les travailleurs en extérieurs.
Cadre réglementaire
La règle est claire : les dispositions générales du Code du travail en matière de santé et de sécurité s’appliquent aux saisonniers au même titre qu’à tout autre salarié. L’employeur est responsable de leur protection.
Cependant, la mise en œuvre d’une démarche de prévention structurée reste complexe sur le terrain, en raison de la forte mobilité des travailleurs, de la précarité des contrats et de la taille souvent modeste des entreprises d'accueil.
Leviers d’action
La prévention des risques chez les saisonniers repose sur trois piliers fondamentaux :
- évaluer les risques : l’objectif est la mise à mise à disposition aux employeurs d’outils simples et sectoriels pour faciliter l’élaboration, et la mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ainsi que la mise en œuvre des mesures de prévention. Les entreprises peuvent notamment s’appuyer sur les nombreux outils réalisés par l’INRS et l’Assurance maladie - Risques professionnels et couvrant plus de 40 secteurs d’activité ;
- anticiper en amont de la saison : notamment en planifiant les formations indispensables dès le premier jour de travail et en vérifiant la disponibilité des équipements de travail et des équipements de protection individuelle (EPI) nécessaires ;
- adapter l'organisation du travail : cela passe par l’instauration de rotations de postes et de pauses régulières, le recours à des renforts lors des pics d’activité et la sensibilisation des équipes aux bonnes pratiques de récupération (sommeil, hydratation) et aux risques liés aux conduites addictives. Face au risque d’exposition aux rayonnements UV, il faut aménager les horaires de travail (éviter les heures les plus chaudes), installer des zones d’ombre, fournir des protections (crème, casquette, lunettes) et garantir un accès permanent à de l'eau.
Un dossier consacré aux travailleurs saisonniers dans la revue trimestrielle Hygiène et sécurité du travail de l’INRS
La revue Hygiène et sécurité du travail publie un dossier intitulé « Saisonniers : état des lieux et pistes de prévention ». Ce dossier dresse un portrait précis de ces travailleurs et décrypte le cadre réglementaire. Il met en lumière les spécificités du secteur agricole ainsi que les réalités du terrain en hôtellerie-restauration, où la charge physique et mentale est particulièrement lourde.