Recommandations
En raison de la toxicité du trichloroéthylène, des mesures strictes de prévention s’imposent et des exigences particulières sont à respecter (notamment, les règles particulières de prévention des risques cancérogènes) lors de son stockage et de sa manipulation.
Au point de vue technique
Information et formation des travailleurs
- Instruire le personnel des risques présentés par la substance, des précautions à observer, des mesures d’hygiène à mettre en place ainsi que des mesures d’urgence à prendre en cas d’accident.
- Former les opérateurs à la manipulation des moyens d’extinction (extincteurs, robinets d’incendie armés…).
- Former les opérateurs au risque lié aux atmosphères explosives (risque ATEX) [68].
- Observer une hygiène corporelle et vestimentaire très stricte : lavage soigneux des mains (savon et eau) après manipulation et changement de vêtements de travail. Ces vêtements de travail sont fournis gratuitement, nettoyés et remplacés si besoin par l’entreprise. Ceux-ci sont rangés séparément des vêtements de ville. En aucun cas les salariés ne doivent quitter l’établissement avec leurs vêtements et leurs chaussures de travail.
- Ne pas fumer, vapoter, boire ou manger sur les lieux de travail.
Manipulation
- N’entreposer dans les ateliers que des quantités réduites de substance et ne dépassant pas celles nécessaires au travail d’une journée.
- Éviter tout contact de produit avec la peau et les yeux. Éviter l’inhalation de vapeurs et d'aérosols. Effectuer en système clos toute opération industrielle qui s’y prête. Dans tous les cas, prévoir une aspiration des vapeurs à leur source d’émission, ainsi qu’une ventilation des lieux de travail conformément à la réglementation en vigueur [69].
- Réduire le nombre de personnes exposées au trichloroéthylène.
- Éviter tout rejet atmosphérique de trichloroéthylène.
- Faire évaluer annuellement l’exposition des salariés au trichloroéthylène présent dans l’air par un organisme accrédité et s’assurer du respect de la ou des valeurs limites d’exposition professionnelle réglementaire(s) (§ Méthodes de détection et de détermination dans l’air).
- Les équipements et installations conducteurs d’électricité utilisant ou étant à proximité de trichloroéthylène doivent posséder des liaisons équipotentielles et être mis à la terre, afin d’évacuer toute accumulation de charges électrostatiques pouvant générer une source d’inflammation sous forme d’étincelles [70].
- Les opérations génératrices de sources d’inflammation (travaux par point chaud type soudage, découpage, meulage…) réalisées à proximité ou sur les équipements utilisant ou contenant du trichloroéthylène doivent faire l’objet d’un permis de feu [71].
- Au besoin, les espaces dans lesquels la substance est stockée et/ou manipulée doivent faire l’objet d’une signalisation [72].
- Ne jamais procéder à des travaux sur ou dans des cuves et réservoirs contenant ou ayant contenu du trichloroéthylène sans prendre les précautions d’usage [73].
- Supprimer toute source d’exposition par contamination en procédant à un nettoyage régulier des locaux et postes de travail.
Équipements de Protection Individuelle (EPI)
Le choix des EPI dépend des conditions au poste de travail et de l’évaluation des risques professionnels. Ils ne doivent pas être source d’électricité statique (chaussures antistatiques, vêtements de protection et de travail dissipateurs de charges) [74, 75]. Une attention particulière sera apportée lors du retrait des équipements afin d’éviter toute contamination involontaire. Ces équipements seront éliminés en tant que déchets dangereux [76 à 79].
- Appareils de protection respiratoire : leurs choix dépendent des conditions de travail ; si un appareil filtrant peut être utilisé, il doit être muni d’un filtre de type A lors de la manipulation de la substance [80].
- Gants : les matériaux préconisés pour un contact prolongé sont l'élastomère fluoré Viton® et les matériaux multicouches AlphaTec® 02-100 et Silver Shield® - PE/EVAL/PE. L'élastomère fluoré Viton®/caoutchouc butyl peut également être recommandé pour des contacts intermittents ou en cas d’éclaboussure. Les autres matériaux (les caoutchoucs butyle, naturel, néoprène et nitrile et le poly(chlorure de vinyle)) sont à éviter [81 à 83].
- Vêtements de protection : quand leur utilisation est nécessaire (en complément du vêtement de travail), leur choix dépendra des conditions d'utilisation du trichloroéthylène. Seul le fabricant peut confirmer la protection effective d’un vêtement contre la substance. Dans le cas de vêtements réutilisables, il convient de se conformer strictement à la notice du fabricant[84].
- Lunettes de sécurité : la rubrique 8 « Contrôles de l’exposition / protection individuelle » de la FDS peut renseigner quant à la nature des protections oculaires pouvant être utilisées lors de la manipulation de la substance [85].
Stockage
- Stocker le trichloroéthylène dans des locaux frais et sous ventilation mécanique permanente. Tenir à l’écart de la chaleur, des surfaces chaudes et de toute autre source d’inflammation (étincelles, flammes nues, rayons solaires…).
- Le stockage du trichloroéthylène s'effectue habituellement dans des récipients en acier ou en acier inoxydable [6]. L'utilisation de l'aluminium et de ses alliages et de certaines matières plastiques (en dehors des polymères fluorés) est déconseillée [4, 10, 13]. Dans tous les cas, il convient de s’assurer auprès du fournisseur de la substance ou du matériau de stockage de la bonne compatibilité entre le matériau envisagé et la substance stockée.
- Fermer soigneusement les récipients contenant du trichloroéthylène et les étiqueter conformément à la réglementation. Reproduire l’étiquetage en cas de fractionnement.
- Le sol des locaux sera imperméable et formera une cuvette de rétention afin qu’en cas de déversement, la substance ne puisse se répandre au dehors.
- Mettre le matériel électrique et non-électrique, y compris l’éclairage et la ventilation, en conformité avec la réglementation concernant les atmosphères explosives.
- Mettre à disposition dans ou à proximité immédiate du local/zone de stockage des moyens d’extinction adaptés à l’ensemble des produits stockés.
- Séparer le trichloroéthylène des produits comburants et des oxydants forts. Si possible, le stocker à l’écart des autres produits chimiques dangereux.
Déchets
- Le stockage des déchets doit suivre les mêmes règles que le stockage des substances à leur arrivée (§ stockage).
- Ne pas rejeter à l’égout ou dans le milieu naturel les eaux polluées par du trichloroéthylène.
- Conserver les déchets et les produits souillés dans des récipients spécialement prévus à cet effet, clos et étanches. Les éliminer dans les conditions autorisées par la réglementation en vigueur.
En cas d’urgence
- En cas de déversement accidentel de liquide, récupérer la substance, avec des gants adaptés, en l’épongeant avec un matériau absorbant [86]. Laver à grande eau la surface ayant été souillée.
- Si le déversement est important, aérer la zone et évacuer le personnel en ne faisant intervenir que des opérateurs entrainés et munis d’un équipement de protection approprié. Supprimer toute source d’inflammation potentielle.
- Des appareils de protection respiratoire isolants autonomes sont à prévoir à proximité et à l’extérieur des locaux pour les interventions d’urgence.
- Prévoir l’installation de fontaines oculaires et de douches de sécurité [87].
- Si ces mesures ne peuvent pas être réalisées sans risque de sur-accident ou si elles ne sont pas suffisantes, contacter les équipes de secours interne ou externe au site.
Au point de vue médical
Lors des visites initiale et périodiques
- Rechercher particulièrement lors de l'interrogatoire et l'examen clinique, des antécédents d’éthylisme chronique, de pathologies cutanée, oculaire, respiratoire, hépatique, rénale, auto-immune, cardiovasculaire et neurologique chroniques, des signes d’irritation de la peau ou des muqueuses oculaires et respiratoires, des symptômes évocateurs d’une atteinte neurologique centrale ou périphérique (incluant une atteinte des paires crâniennes), des signes évocateurs d’atteintes hépatique et rénale, des troubles du rythme cardiaque, ainsi que des signes de maladie auto-immune.
- L'examen clinique pourra être complété par la réalisation d’un bilan biologique (contrôle des fonctions hépatique et rénale) qui servira d’examen de référence.
- La périodicité des examens médicaux et la nécessité ou non d’effectuer des examens complémentaires seront déterminées par le médecin du travail en fonction des données de l’examen clinique et de l’appréciation de l’importance de l’exposition.
- Déconseiller le port de lentilles de contact souples hydrophiles lors de travaux pouvant potentiellement exposer à des vapeurs ou aérosols de trichloroéthylène.
Fertilité / Femmes enceintes et/ou allaitantes
- Il est conseillé de ne pas commencer une grossesse dans les trois mois suivant une exposition accidentelle, maternelle ou paternelle.
- Des difficultés de conception chez l’homme et/ou la femme seront systématiquement recherchées à l’interrogatoire. Si de telles difficultés existent, le rôle de l’exposition professionnelle doit être évalué. Si nécessaire, une orientation vers une consultation spécialisée sera proposée en fournissant toutes les données disponibles sur l’exposition et les produits
- L’exposition à cette substance doit être évitée pendant toute la grossesse et l’allaitement du fait de sa génotoxicité sur les cellules germinales. Si malgré tout, une exposition durant la grossesse se produisait, informer la personne qui prend en charge le suivi de cette grossesse, en lui fournissant toutes les données concernant les conditions d’exposition ainsi que les données toxicologiques.
- Informer les salariées exposées des dangers de cette substance pour la fertilité et la grossesse et de l’importance du respect des mesures de prévention.
- Rappeler aux femmes en âge de procréer l’intérêt de déclarer le plus tôt possible leur grossesse à l’employeur, et d’avertir le médecin du travail
Surveillance biologique de l'exposition [88]
- Le trichloroéthylène urinaire en fin de poste, l’acide trichloroacétique et le trichloroéthanol en fin de poste et fin de semaine de travail ont été proposés pour la surveillance biologique de l’exposition au trichloroéthylène. Des valeurs biologiques d’interprétation pour les travailleurs sont disponibles pour ces trois indicateurs, basées sur la corrélation entre les concentrations urinaires des indicateurs et la concentration atmosphérique de trichloroéthylène. Des valeurs biologiques d’imprégnation correspondant au 95e percentile des concentration observées chez des sujets non professionnellement exposés ou en population générale sont disponibles, respectivement pour le trichloroéthylène et l’acide trichloroacétique urinaires.
Surveillance post-exposition et post-professionnelle
- En l’absence de recommandations de bonne pratique concernant la surveillance post-exposition ou post-professionnelle des travailleurs ayant été exposés à cette substance, le médecin considèrera le profil toxicologique de la substance, en particulier sa cancérogénicité rénale, hépatique et hématologique, les scénarios d’exposition, l’état de santé et l’âge des travailleurs concernés.
Conduite à tenir en cas d’urgence
- En cas de contact cutané, retirer les vêtements souillés (avec des gants adaptés) et laver la peau immédiatement et abondamment à grande eau pendant au moins 15 minutes. Si une irritation apparaît ou si la contamination est étendue ou prolongée, consulter un médecin.
- En cas de projection oculaire, rincer immédiatement et abondamment les yeux à l’eau courante pendant au moins 15 minutes, paupières bien écartées. En cas de port de lentilles de contact, les retirer pendant le rinçage. Si une irritation oculaire apparait, consulter un ophtalmologiste et le cas échéant lui signaler le port de lentilles.
- En cas d’inhalation massive de vapeurs ou d’aérosols, appeler immédiatement un SAMU, faire transférer la victime par ambulance médicalisée en milieu hospitalier dans les plus brefs délais. Transporter la victime en dehors de la zone polluée en prenant les précautions nécessaires pour les sauveteurs. Si la victime est inconsciente, sans notion de traumatisme, et respire, la placer en position latérale de sécurité. Si notion de traumatisme, la laisser sur le dos. Si elle ne respire pas, mettre en œuvre les manœuvres de réanimation. Si la victime est consciente, la maintenir au maximum au repos. Si nécessaire, retirer les vêtements souillés (avec des gants adaptés) et commencer une décontamination cutanée et oculaire (laver immédiatement et abondamment à grande eau pendant au moins 15 minutes).
La surveillance en milieu hospitalier doit être prolongée du fait du risque de survenue d’effets retardés. Une attention particulière doit être portée aux fonctions cardiaques, neurologiques, pulmonaires et hépato-rénales. On évitera l’administration de médicaments adrénergiques compte tenu du risque d’arythmies cardiaques. - En cas d'ingestion, appeler immédiatement un SAMU, faire transférer la victime par ambulance médicalisée en milieu hospitalier dans les plus brefs délais. Même si la victime est consciente, ne jamais faire boire, ne jamais tenter de provoquer des vomissements, et la maintenir au maximum au repos. Si la victime est inconsciente, sans notion de traumatisme, et respire, la placer en position latérale de sécurité. Si notion de traumatisme, la laisser sur le dos. Si elle ne respire pas, mettre en œuvre les manœuvres de réanimation.
La surveillance en milieu hospitalier doit être prolongée du fait du risque de survenue d’effets retardés. Une attention particulière doit être portée aux fonctions cardiaques, neurologiques, pulmonaires et hépato-rénales. On évitera l’administration de médicaments adrénergiques compte tenu du risque d’arythmies cardiaques.