Pratiques de terrain des préventeurs d’entreprise en matière d’analyse qualitative des accidents du travail

Etude

L’étude part du constat que les recherches sur l’analyse qualitative des accidents du travail et sur les pratiques des préventeurs d’entreprise sont rares, alors même qu’une meilleure connaissance sur ces questions est essentielle pour permettre une prévention plus efficace en entreprise. Cette étude vise donc à décrire les pratiques actuelles des préventeurs d’entreprise en matière d’analyse des accidents du travail, et à repérer ce qui la facilite ou la freine afin de mieux outiller cet acteur en tenant compte des réalités de terrain. Pour cela, une méthodologie mixte en deux phases a été utilisée : un questionnaire diffusé aux préventeurs pour dresser un panorama général de leurs pratiques ; et des entretiens semi-directifs dans 12 entreprises auprès de différents acteurs (préventeurs, employeurs, élus en CSE/CSSCT) complétés par l’analyse de leurs documents internes, pour approfondir la compréhension de ces pratiques.
Les réponses de 1748 préventeurs d’entreprise au questionnaire ont révélé que globalement les grandes étapes de la démarche d’analyse des accidents du travail préconisée par l’INRS sont suivies, mais que des écarts existent. Les résultats ont également permis de construire une typologie de préventeurs (profil « ingénieur », « manager » et « technicien »), et de mettre en évidence des pratiques d’analyse différenciées selon le profil du préventeur. L’analyse des entretiens auprès des préventeurs ainsi que des documents fournis a permis d’identifier plusieurs points d’amélioration possibles des pratiques des préventeurs. L’analyse collective des accidents du travail n’est pas systématique, alors qu’une telle approche permet de croiser les points de vue, d’identifier plus facilement les causes profondes et de dépasser la simple recherche de fautes individuelles. Mais cela suppose de réfléchir aux conditions de mise en place d’un groupe d’analyse incluant notamment les élus CSE/CSSCT. L’usage des outils d’analyse, pour le recueil des informations et l’identification des causes, est également à améliorer. En effet, bien qu’ils puissent structurer et faciliter la démarche, ces outils peuvent aussi être mal utilisés, trop rigides ou générer des biais, surtout si les facteurs organisationnels et humains sont peu pris en compte. Il s’avère nécessaire de clarifier qui les utilise, comment et avec quels objectifs. Un autre point d’amélioration majeur concerne l’évaluation des actions correctives qui n’est presque jamais réalisée, alors même qu’elle est indispensable pour s’inscrire dans une logique d’amélioration continue. Mais cela suppose de définir en amont des résultats attendus et des indicateurs pertinents pour vérifier les effets des actions et ajuster les ressources. Enfin, les résultats soulignent le manque de retour d’expérience structuré et de mise à jour de l’évaluation des risques professionnels après un accident, ce qui limite la capitalisation des enseignements issus de l’analyse et la prévention de nouveaux accidents similaires.
Les résultats de l’étude mettent en évidence la nécessité d’outiller davantage les préventeurs d’entreprise sur certains aspects de l’analyse des accidents du travail afin de les aider à la mener de façon plus efficiente et approfondie, et d’en tirer des enseignements utiles à la prévention. Une partie des résultats a déjà fait l’objet de publications et de communications, et la valorisation sera poursuivie au travers de nouvelles productions (brochure, note scientifique et technique, article).