Objectifs. Identifier les facteurs psychosociaux (FPS) et les facteurs physiques déterminant la survenue d’accidents du travail (AT) selon l’activité professionnelle. Caractériser l’effet des co-expositions aux facteurs de risque physiques et aux FPS dans une approche longitudinale.
Méthodes. La population d’étude était constituée des travailleurs participant à l’enquête Conditions de Travail en 2013 et en 2016 et appartenant à cinq regroupements d’activité : « bâtiment, travaux publics, électricité » (BTPE) (n=1 158) ; « industrie, exploitation, maintenance, logistique » (IEML) (n=2 496) ; « médico-social » (MS) (n=3 181) « services aux particuliers et collectivités » (SPC) (n=2 383) et « commerce, transport, tourisme » (CTT) (n=1 910). Les expositions aux facteurs de risque physiques et psychosociaux étaient recueillies en 2013. Les AT survenus dans les 12 derniers mois précédant le recueil de 2016 étaient auto-déclarés par les salariés.
Résultats. Globalement, l’ensemble des contraintes physiques était associé à un sur-risque d’AT avec arrêt de travail avec des IRR allant de 1,78 pour SPC à 7,02 pour BTPE en cas de cumul d’exposition à plusieurs contraintes physiques. L’ensemble des expositions aux FPS était associé à un sur-risque d’AT pour MS, SPC et CTT. Pour BTPE, seule l’exposition à une forte intensité du travail était associée à un sur-risque de survenue d’AT (IRR=1,43). Pour IEML, le manque d’autonomie, les rapports sociaux au travail dégradés ainsi que les conflits de valeur étaient associés à un excès de risque d’AT. L’exposition conjointe à plusieurs FPS augmentait le risque de survenue d’AT pour MS (IRR=1,50), SPC (IRR=2,18) et CTT (IRR=1,70). Pour BTPE et IEML, une exposition psychosociale élevée n’accroissait pas de manière significative le risque de survenue d’AT quel que soit le niveau d’exposition aux facteurs de risque physiques. Pour MS et CTT, les taux d’AT étaient significativement plus élevés pour les travailleurs exposés conjointement à une exposition physique forte et une exposition psychosociale forte par rapport à une exposition physique forte uniquement (respectivement p=0,005 et p=0,028). Enfin, une exposition élevée aux FPS augmentait le risque de survenue d’AT pour le groupe SPC quel que soit le niveau d’exposition aux facteurs de risque physiques (p<0,01).
Conclusions. Les co-expositions sont de nature différente et ne produisent pas systématiquement les mêmes effets selon les activités professionnelles. L’effet des FPS sur la survenue d’AT semble plus affirmé dans les activités qui comptent les proportions les plus importantes de femmes. Bien que moins prédominantes dans les activités essentiellement masculines, il existe néanmoins des situations d’exposition psychosociale et de co-expositions physique et psychosociale qui se traduisent par un excès de risque d’AT.