Biométrologie de l’exposition des coiffeuses à cinq perturbateurs endocriniens associés à des altérations de la fonction thyroïdienne

Communication scientifique

Introduction. Dans le cadre de leur activité professionnelle, les coiffeuses peuvent être exposées à de nombreuses substances nocives pour leur santé, présentes en tant que composant de produits capillaires usités. Parmi celles-ci, les perturbateurs endocriniens (PEs) constituent une préoccupation majeure, et peuvent notamment être à l’origine de dérèglements de la fonction thyroïdienne ou de troubles de la fertilité. Les produits capillaires sont ainsi susceptibles de contenir des substances de ce type, telles que des conservateurs, à l’instar des parabènes, et des filtres UV, comme les benzophénones et l’éthylhexyl méthoxycinnamate. Afin d’évaluer les expositions professionnelles des coiffeuses à des perturbateurs endocriniens susceptibles d’affecter la fonction thyroïdienne, une méthode de d’analyse urinaire des méthyl-, éthyl- et propyl-parabènes, de la benzophénone-3 et de l’éthylhexyl méthoxycinnamate a été développée en HPLC-HRMS, puis appliquée à l’analyse d’échantillons d’urine recueillis dans ce secteur.
Matériel et méthodes. L’éthylhexyl méthoxycinnamate a été évalué via deux métabolites, la 4’-méthoxyacetophénone (4’-MAP) et l’acide 4-méthoxyacinnamique (4-MCA) et les autres molécules d’intérêt via leur molécule-mère. La méthode repose sur une hydrolyse enzymatique, suivie d’une extraction en phase solide, d’une dérivation au chlorure de dansyle et d’une analyse par HPLC-HRMS. Cette méthode multi-résidus a été validée selon les recommandations du référentiel ICH M10. Les limites de quantifications étaient de l’ordre de 1 µg/L pour les 4-MCA et 4’-MAP et de 0,2 µg/L pour la benzophénone-3 et les trois parabènes.
Résultats. Des échantillons urinaires provenant de 65 coiffeuses et de 31 salariées non-exposées (personnel administratif) ont été analysés. Chez les coiffeuses, le 4-MCA (12 %), le 4’-MAP (16 %), la benzophénone-3 (87 %), le méthylparabène (92 %), l’éthylparabène (51 %) et le propylparabène (59 %) ont été quantifiés dans les échantillons urinaires. L’analyse statistique par modèle de régression linéaire mixte a mis en évidence une différence significative entre les coiffeuses et les salariées non-exposées pour les méthyl- et propyl- parabènes. Les résultats montrent également des différences significatives, pour les méthyl- et éthylparabènes, avec une augmentation des concentrations urinaires entre le premier et le dernier jour travaillé de la semaine. En revanche, aucun effet du moment de collecte (début ou fin de poste) n’a été mis en évidence.
Conclusion. La méthode multi-résidus de PEs validée dans le cadre de cette étude présente une sensibilité élevée et constitue un outil pertinent de biométrologie pour l’évaluation des expositions professionnelles dans le secteur de la coiffure.