Sobriété énergétique et conditions de travail

De nombreux leviers peuvent être actionnés pour réduire la consommation d’énergie des entreprises. Attention : la mise en place de ces mesures de sobriété énergétique peut avoir un impact sur la santé et la sécurité des salariés ainsi que sur les conditions de travail.
Mis à jour le 25/04/2023

Ventilation et sobriété énergétique

Pour diminuer leurs dépenses énergétiques, certaines entreprises envisagent de réduire l’introduction dans leurs locaux d’air en provenance de l’extérieur (appelé également air neuf). Il est cependant essentiel de rappeler que les économies d’énergie ne doivent pas se faire au détriment de la protection collective des salariés. Des solutions conciliant apport d’air neuf et limitation des coûts associés existent, afin de maintenir le renouvellement d’air nécessaire à l’assainissement des atmosphères de travail.

La ventilation des locaux de travail, qu’ils soient à pollution spécifique ou à destination tertiaire, est indispensable.

Pour les locaux du tertiaire, à pollution non spécifique, les débits d’air neuf minimaux à apporter sont imposés par le Code du travail (voir l’aide-mémoire juridique Aération et assainissement). Ils dépendent de l’activité physique des occupants et ne peuvent être réduits. Le débit d’air neuf minimal pour une activité de bureau est ainsi de 25 m3/h/occupant. Les solutions permettant d’améliorer la qualité de l’air dans les locaux du tertiaire sont résumées dans la brochure ED 6497 et la façon de prendre en compte les problèmes liés à la pandémie de Covid-19 précisée dans la note technique NT 92.

Pour les locaux à pollution spécifique, il est toujours préférable de capter les polluants à la source avant qu’ils se répandent dans l’atmosphère de travail, puis de les rejeter à l’extérieur. Lorsque cela n’est pas faisable, l’apport d’air neuf doit être suffisant pour que la ventilation générale les dilue le plus possible avant, là encore, de les rejeter à l’extérieur. Les solutions techniques permettant de mettre en place une ventilation efficace sont décrites dans le guide pratique de ventilation L’assainissement de l’air des locaux de travail.

Système de ventilation dans un atelier

Système de ventilation dans un atelier

Plusieurs solutions permettent de limiter les dépenses énergétiques sans pour autant affecter la qualité de la ventilation, donc la protection collective dont doivent bénéficier les salariés.

Évaluer la répartition des consommations énergétiques et vérifier les consignes

Il s’agit d’identifier les postes, les procédés et les bâtiments les plus énergivores de l’entreprise. C’est un préalable à un plan d’actions pertinent, qui permettra à l’entreprise d’obtenir la plus grande latitude possible sur la réduction de ses consommations globales. Par exemple, un établissement qui réalise que ses consommations sont majoritairement dues au chauffage de ses locaux devra en priorité agir sur ce poste.

Pour éviter le gaspillage, il est également important de vérifier que les consignes des systèmes de chauffage/ventilation/climatisation (températures, débits d’air…) sont adaptées aux besoins des salariés et correspondent bien à un fonctionnement optimal, c’est-à-dire impliquant la consommation d’énergie la plus faible possible.

Attention ! Il ne s’agit pas de réduire a priori le confort thermique des occupants ou de dégrader par principe le renouvellement de l’air. Il s’agit juste de paramétrer correctement les systèmes pour assurer par exemple que les occupants ne se plaignent pas d’une trop forte chaleur alors que la température extérieure est basse ou inversement (surchauffage en période hivernale ou refroidissement inconfortable en été).

Identifier et réduire les émissions de polluants à la source

Si cela n’a pas déjà été réalisé, un état des lieux des sources d’émission de polluants dans l’espace de travail devra être mené.

La suppression ou la réduction de certaines d’entre elles permettra de limiter le recours à d’autres solutions technologiques (captage, ventilation générale, épuration…) généralement plus coûteuses en investissement, en maintenance et en énergie.

Réduire les consommations énergétiques à long terme

Les dispositifs et les moyens utilisables pour réduire les besoins en énergie d’une entreprise sont extrêmement dépendants de sa situation et de son activité. En fonction du coût d’installation et du coût de l’énergie, les investissements associés peuvent parfois être rentabilisés rapidement. Les principales solutions permettant de réduire les consommations d’énergie dans les entreprises sont les suivantes :

  • l’isolation thermique des bâtiments ;
  • la récupération de calories issues d’un local, d’un procédé ou extraites par les dispositifs de ventilation (échangeurs de chaleur, VMC double flux) ;
  • l’exploitation d’une pompe à chaleur à coefficient de performance énergétique (COP) élevé (aérothermie ou géothermie, le coefficient COP indiquant le rendement énergétique d’une pompe à chaleur) ;
  • l’installation de panneaux solaires ;
  • le brassage de l’air dans les locaux ayant une grande hauteur sous plafond.

Recyclage partiel de l’air : une solution a priori séduisante mais des précautions à prendre

Afin de réduire encore la consommation énergétique due au captage des polluants, à la compensation d’air associée et plus généralement au renouvellement d’air des locaux, le recyclage partiel de l’air extrait par les dispositifs de ventilation peut être considéré. Cela consiste à épurer l’air extrait d’un local de travail avant de le réintroduire dans le même local ou dans un autre à proximité. Cela limite fortement les déperditions de chaleur dues au renouvellement de l’air.

Néanmoins, un certain nombre de restrictions à leur mise en place et de précautions lors de leur mise en œuvre, rappelées dans la réglementation, doivent être respectées et permettent de s’assurer du maintien dans le temps de la performance de ces dispositifs et donc de la bonne protection des salariés (entretien préventif, surveillance par capteurs intégrés avec alertes en cas de défaillance, rejet à l’extérieur en cas de défaillance et contrôles réguliers des valeurs de référence).

Dans tous les cas, un renouvellement d’air minimal reste requis pour évacuer la chaleur, l’humidité, le dioxyde de carbone, les odeurs, les composés volatils et éventuellement le radon, ceci même dans les locaux à pollution non spécifique.

La surveillance du bon fonctionnement des systèmes de protection reste essentielle.

Pour en savoir plus
  • Brochure
    Aération et assainissement

    Aération et assainissement

    Cet aide-mémoire juridique présente les dispositions légales et réglementaires applicables en France, dans le domaine de l'aération et de l'assainissement des lieux de travail.

  • Brochure
    L'assainissement de l'air des locaux de travail

    L'assainissement de l'air des locaux de travail

    Ce guide contient un bref rappel des méthodes de ventilation et des procédés actuels d'assainissement de l'air, des recommandations pratiques applicables à chaque procédé, et une méthode déductive permettant d'identifier les cas où le recyclage est applicable, ainsi que trois annexes techniques.

  • Fiche
    Améliorer la qualité de l'air dans les locaux de travail du tertiaire

    Améliorer la qualité de l'air dans les locaux de travail du tertiaire

    Cette fiche propose des recommandations pratiques pour améliorer la qualité de l'air dans les locaux de travail du tertiaire.

  • Article
    Hygiène et sécurité du travail, revue trimestrielle scientifique de l'INRS

    Améliorer la ventilation des locaux de travail du tertiaire, pendant et après la pandémie de covid-19

    Article HST (Note technique) : Dans un contexte de pandémie, l'un des moyens de lutter contre les risques de transmission d'un virus est d'accentuer le renouvellement de l'air des locaux de travail et d'éviter son recyclage.

  • Brochure
    Conception des lieux et des situations de travail

    Conception des lieux et des situations de travail

    Cette brochure a pour objectif de mettre à disposition du maître d'ouvrage et de tout autre acteur de la conception les principaux éléments de démarche, méthodes et connaissances utiles à l'intégration de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

  • Voir aussi
  • Dossier

    Conception des lieux et des situations de travail

    La conception des lieux ou des situations de travail présente des enjeux majeurs en matière de santé et de sécurité. Intégrer la prévention des risques professionnels lors de ces phases amont permet d’éviter l’apparition de problèmes difficilement réversibles.

  • Dossier
    Illustration EvRP

    Évaluation des risques professionnels

    L’évaluation des risques professionnels (EvRP) constitue une étape cruciale de la démarche de prévention. Elle en est le point de départ. Elle a pour objectif d’identifier, d’analyser et de classer les risques afin de définir les actions de prévention les plus appropriées.

  • Dossier
    Système de découpe laser

    Prévenir le risque machine

    A chacune des étapes du cycle de vie d’une machine (conception, acquisition, utilisation…), les concepteurs et utilisateurs de machines ont un rôle clé à jouer pour prévenir les risques professionnels.

  • Dossier

    Travail au froid

    De nombreuses situations professionnelles exposent les salariés au froid, naturel ou artificiel, avec des risques pour la santé et d’accidents du travail. Lorsque la température ambiante est inférieure à 5° C, la vigilance s’impose.