Version : Juin 2026
Nom de la substance
Famille chimique
Numéro CAS
Composé(s)
Fiche(s) toxicologique(s)
Fiche(s) VLEP
Mention "peau" signalant la possibilité de pénétration cutanée importante proposée par plusieurs organismes pour le mercure élémentaire, les composés inorganiques et organiques (ACGIH, DFG)
Mercure sanguin total : 4,36 µg/L (95ème percentile chez les adultes de plus de 20 ans), NHANES 2017-2018 [G1]
Mercure sanguin total : 5 µg/L (95ème percentile dans un échantillon de 1992 adultes du Nord de la France), étude IMEPOGE 2008-2010 [24]
VBI françaises (VLB règlementaire, VLB ANSES)
---------valeur non déterminée---------
VBI européennes (BLV)
---------valeur non déterminée---------
VBI américaines de l'ACGIH (BEI)
VBI allemandes de la DFG (BAT, EKA, BLW)
---------valeur non déterminée---------
Mercure sanguin total : 5 µg/L (Valeur HBM-I, UBA 1999) ; 15 µg/L (valeur HBM-II, UBA 1999) (valeurs sanitaires basées sur les effets neurodéveloppementaux liés à une exposition prénatale au méthylmercure; dérivées pour les femmes en âge de procréer mais recommandées également pour les autres groupes de la population générale) [G4]
Mercure sanguin total : 3,5 µg/L (valeur HBM-GVGenPop provisoire, projet HBM4EU) (valeurs sanitaires basées sur les effets neurodéveloppementaux liés à une exposition prénatale au méthylmercure) [22]
Dans la journée
Dans la semaine
Laboratoires par région
Spécificités
Mercure élémentaire (métallique) et composés inorganiques
En milieu professionnel, les principales voies d'absorption sont la voie respiratoire pour le mercure élémentaire et probablement la voie digestive pour les composés inorganiques (contamination des mains sur les surfaces et manuportage à la bouche). L’absorption respiratoire est estimée à 69-80 % pour les vapeurs de mercure élémentaire ; pour les composés inorganiques, elle dépend de la granulométrie des aérosols et de la solubilité des composés. L'absorption digestive est estimée à 0,04 % pour le mercure élémentaire et à 1-16 % pour les composés inorganiques chez l’adulte. L’absorption transcutanée des vapeurs de mercure élémentaire est faible. Le contact cutané avec certains dérivés inorganiques, en particulier des dérivés mercuriques, irritants ou corrosifs, peut compromettre l’intégrité des téguments et ainsi permettre ou faciliter le passage transcutané.
Le mercure élémentaire absorbé (Hg0) est rapidement oxydé dans le sang et les tissus en mercure mercurique (forme ionisée Hg2+), principalement par des catalases. Après inhalation de mercure élémentaire sous forme de vapeurs, une faible fraction du mercure élémentaire non oxydé passe la barrière hémato-encéphalique et est en grande partie oxydée dans système nerveux central. Le mercure ionisé ne pouvant pas traverser cette barrière, il s’accumule dans le cerveau en cas d’exposition répétée. Le mercure ionisé est distribué, comme le mercure des dérivés inorganiques, dans les autres tissus et principalement dans le rein.
Un ratio sang total/plasma de 1,3 a été observé chez des travailleurs exposés à des vapeurs de mercure élémentaire. Dans une étude réalisée chez 7 volontaires exposés à 0,4 mg/m3 de vapeurs de mercure (Hg0) pendant 15 minutes, l’élimination plasmatique était bi-phasique, avec des demi-vies médianes de 1,2 jours (0,6-2,5) et 10,5 jours (6-57) [3].
Après inhalation de vapeurs de mercure, le mercure est principalement excrété sous forme non métabolisée Hg0 dans l’air exhalé et sous forme de Hg2+ mercurique dans les urines et les selles. Chez des volontaires exposés à 0,4 mg/m3 de vapeurs de mercure (Hg0) pendant 15 minutes, 7,5-12 % de la dose absorbée étaient éliminés dans l’air expiré dans les 3 jours et 8-40 % étaient éliminés dans les urines dans les 30 jours après l’exposition, avec un pic d’excrétion urinaire 8,5 jours après l’exposition [3]. À partir de ces données, une demi-vie d’élimination urinaire médiane de 63,2 jours (12,8-98,9) a été estimée [4]. Chez des travailleurs exposés aux vapeurs de mercure, la demi-vie d’élimination urinaire était en moyenne de 56 jours (31-100) [5]. Les dérivés mercuriques et mercureux (Hg+) absorbés sont excrétés dans les urines (sous forme Hg2+) et les fèces. Des données de modélisation toxicocinétique et d’autopsies chez l’homme suggèrent une demi-vie d’élimination de plusieurs années pour le mercure inorganique accumulé dans le système nerveux central [6].
Composés organiques de mercure
L’absorption digestive est proche de 100 % après ingestion de méthylmercure sous forme de chlorure ou incorporé dans les poissons. Le diméthylmercure et les dérivés phénylmercure sont absorbés par voie cutanée. Il n’y a pas de données sur l’absorption par inhalation.
Après ingestion de méthylmercure, le mercure se distribue dans le sang (plus de 90 % dans les érythrocytes) et les autres tissus, les concentrations les plus élevées étant retrouvées dans le foie, les reins et le cerveau. Le méthylmercure ingéré est en partie déméthylé grâce aux bactéries gastrointestinales ; la déméthylation du méthylmercure absorbé a lieu dans le foie, le cerveau et d’autres tissus. En cas d’exposition répétée au méthylmercure, le taux de déméthylation est insuffisant pour éliminer la dose totale absorbée : un mélange de méthylmercure et de mercure inorganique est présent dans l’organisme.
Après absorption, les dérivés du phénylmercure sont transformés en mercure inorganique (mercurique).
Le méthylmercure est majoritairement excrété via les selles, les urines et les cheveux, sous forme de mercure inorganique mercurique Hg2+ dans les selles et les urines et de mercure organique dans les cheveux. Après administration intraveineuse de méthylmercure radiomarqué chez des volontaires, 31 % de la dose étaient excrétés dans les selles et 4 % dans les urines pendant la période d’observation de 70 jours. Une demi-vie d’élimination corps entier de 43,7 jours en moyenne a été calculée [7]. Après exposition aux dérivés du phénylmercure, le mercure absorbé est éliminé via la bile, les selles, l’urine et les cheveux.
Mercure élémentaire (métallique) et composés inorganiques
Le mercure total urinaire, est un indicateur de l’exposition chronique au mercure inorganique, corrélé avec la concentration de mercure dans les reins, ainsi qu’avec des effets sanitaires neurologiques et rénaux. Il a également été corrélé avec l’exposition aux vapeurs de mercure Hg0 chez des travailleurs exposés. L’espèce du mercure majoritaire dans les urines est le mercure inorganique Hg2+. En raison de la longue demi-vie d’élimination, le moment de prélèvement est indifférent mais un prélèvement le matin avant le poste est préconisé pour réduire le risque de contamination. Par ailleurs, une variation diurne de l’excrétion urinaire a été observée avec des concentrations maximales le matin et minimales le soir [8]. La réalisation des prélèvements au même moment de la journée permet de réduire cette variabilité [9]. L’ajustement de la concentration urinaire de mercure mesurée sur un échantillon sur celle de la créatinine (ou sur la densité urinaire) permet de prendre en compte la variabilité intraindividuelle des apports et des pertes hydriques.
Des valeurs biologiques d’interprétation pour les travailleurs ont été établies par plusieurs organismes pour une exposition au mercure élémentaire et ses composés inorganiques. Elles correspondent aux concentrations moyennes pour lesquelles des effets neurologiques (altération des tests psychométriques) [10-13] et néphrotoxiques [14, 15] ne sont pas observés, chez les travailleurs exposés :
Des valeurs biologiques d’imprégnation en population générale sont disponibles pour cet indicateur : le 95ème percentile des concentrations de mercure urinaire observées chez les adultes de la population générale âgés de 18 à 74 ans dans étude française Esteban 2014-2016 en particulier était de 4,55 µg/g de créatinine (3,32 µg/L) [20].
Des valeurs sanitaires pour la population générale ont également été dérivées pour le mercure urinaire :
Le mercure sanguin total n’est pas un indicateur pertinent pour la surveillance biologique de l’exposition au mercure inorganique (voir Composés organiques du mercure).
Le mercure plasmatique total est associé à l’exposition à la fois au mercure inorganique et organique, avec une variabilité interindividuelle plus importante, pour le mercure inorganique, de la distribution entre les compartiments érythrocytaire et plasmatique. L’utilisation de cet indicateur peut conduire à une mauvaise estimation de l’exposition au mercure inorganique [23].
Composés organiques de mercure
Le méthylmercure sanguin et le mercure total dans les cheveux reflètent le mieux l’exposition au méthylmercure.
Le mercure sanguin total est un mélange de méthylmercure principalement et de mercure inorganique. Le mercure sanguin total peut être utilisé comme indicateur de l’exposition au méthylmercure dans des populations pour lesquelles le méthylmercure est la principale source d’exposition au mercure, du fait de la consommation de poissons, en l’absence d’exposition concomitante notable au mercure inorganique. Le méthylmercure sanguin étant majoritairement intraérythrocytaire, le mercure total intraérythrocytaire pourrait être un indicateur intéressant.
Des valeurs biologiques d’imprégnation en population générale sont disponibles pour cet indicateur :
Des valeurs sanitaires pour la population générale ont été dérivées pour le mercure sanguin total :
La concentration de mercure total dans les cheveux est corrélée avec celle de méthylmercure sanguin et de mercure total sanguin. Le ratio des concentrations cheveux/sang pour le mercure total est estimé en moyenne à 250. L’analyse de différents segments d’une mèche de cheveux permet de reconstituer l’historique des expositions. La concentration capillaire de mercure est un excellent indicateur de l’exposition au mercure organique, en l’absence d’exposition par voie aérienne à un composé du mercure quel qu’il soit. En effet, cette dernière entrainerait une contamination externe des cheveux impossible à différencier de l’incorporation du mercure dans les cheveux, secondaire à la contamination systémique.
Le mercure total urinaire n’est pas considéré comme un indicateur pertinent pour l’exposition au méthylmercure.
Il existe des sources extra-professionnelles de mercure inorganique :
La principale source de mercure organique dans la population générale est la consommation de poissons (essentiellement du méthylmercure qui s’accumule le long de la chaîne alimentaire jusqu’aux gros poissons prédateurs). Cette consommation influence surtout la concentration de mercure sanguin mais également celle de mercure urinaire [20].
Pour le dosage de mercure urinaire, un prélèvement le matin avant le poste, en dehors des locaux de travail, est préconisé pour réduire le risque de contamination et en raison de la variabilité diurne d’excrétion. Un flacon décontaminé à l’acide nitrique et sans conservateur à base de dérivés mercuriels doit être utilisé. Des pertes de mercure peuvent survenir lors du stockage, principalement dues à une adsorption sur les parois du flacon ou par conversion chimique des espèces par des bactéries ou des agents chimiques entraînant une évaporation ou une précipitation. L’acidification des échantillons constitue le principal moyen de limiter ces pertes [17, 26]. Si la préparation et l’analyse des échantillons n’est pas possible dans les 1-2 jours après le prélèvement, l’urine doit être acidifiée à l’acide nitrique et ensuite conservée à +4°C. Pour un stockage long terme (semaines ou mois), une conservation à -20°C est recommandée [27].
Le prélèvement sanguin doit être réalisé par un professionnel habilité, dans un lieu qui respecte les conditions d’asepsie nécessaire. Un tube spécial élément traces avec anticoagulant (héparinate ou EDTA) est préconisé (proscription des tubes contenant du thiomersal/merthiolate). Si l’analyse des échantillons n’est pas possible immédiatement, ils doivent être conservés à +4°C environ une semaine. Pour un stockage long terme (semaines ou mois), une conservation à -20°C est recommandée [27].
National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals. Biomonitoring Data Tables for Environmental Chemicals. Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (https://www.cdc.gov/exposurereport/).
TLVs and BEIs based on the documentation of the threshold limit values for chemical substances and physical agents and biological exposure indices. 2025. Cincinnati : ACGIH ; 2023 : 279 p.
List of MAK and BAT Values. Permanent Senate Commission for the Investigation of Health Hazards of Chemical Compounds in the Work Area. Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) (https://www.dfg.de/en/about-us/statutory-bodies/senate/health-hazards).
UBA (Agence de l'environnement allemande), Human Biomonitoring (HBM) Commission Reference and HBM Values (https://www.umweltbundesamt.de/en/topics/health/commissions-working-groups/human-biomonitoring-commission/reference-hbm-values).
| Création de la fiche | 2003 |
| Dernière mise à jour
| 2026 |