Version : Avril 2023
Nom de la substance
Famille chimique
Numéro CAS
Synonyme(s)
Fiche(s) toxicologique(s)
Fiche(s) Métropol
MHBMA urinaire en fin de poste, après plusieurs postes en cas d'exposition au long cours < 2 µg/g de créatinine pour les non-fumeurs (valeur de référence dans la population en âge de travailler non professionnellement exposée) (valeur BAR, DFG 2012) [G1]
VBI françaises (VLB règlementaire, VLB ANSES)
VBI européennes (BLV)
VBI américaines de l'ACGIH (BEI)
VBI allemandes de la DFG (BAT, EKA, BLW)
Voir "Indicateurs biologiques d'exposition" (valeurs EKA, DFG 2012) [G1]
Dans la journée
Dans la semaine
Laboratoires par région
Spécificités
Le 1,3-butadiène pénètre dans l'organisme essentiellement par inhalation de façon rapide (entre 40 et 60 %). L'absorption par voies cutanée et digestive reste très peu documentée.
Il n'existe pas de donnée concernant la distribution du 1,3-butadiène chez l'homme à ce jour. Chez les rongeurs, il se distribue largement dans les tissus dès le début de l'exposition, avec les concentrations les plus fortes retrouvées dans le tractus respiratoire, les intestins, le foie, les reins, la vessie et le pancréas.
Le 1,3-butadiène semble principalement oxydé en 1,2-époxy-3-butène (EB) sous l'action des cytochromes P450 ; l'EB est lui-même, soit oxydé en 1,2,3,4-diépoxybutane (DEB) via les cytochromes P450 (voie minoritaire), soit principalement hydrolysé en 1,2-dihydroxy-3-butène (3-butène-1,2-diol ou butènediol) via l'époxyde hydrolase (EH). L'hydrolyse du diépoxybutane par l'EH et l'oxydation du butènediol par le cytochrome P450 aboutissent à la formation de 1,2-dihydroxy-3,4-époxybutane (ou 3,4-époxy-1,2-butanediol ou EBdiol). Les différents époxydes (EB, DEB, butènediol, puis EBdiol) ainsi obtenus peuvent alors :
- soit être inactivés par hydrolyse ;
- soit former des acides mercapturiques par conjugaison avec le glutathion. L'époxybutène forme ainsi l'acide 2-hydroxy-3-buténylmercapturique (MHBMA), mélange des isomères N-acétyl-S-(1-hydroxyméthyl-2-propényl)-L-cystéine (1-MHBMA), N-acétyl-S-(2-hydroxyméthyl-3-propenyl)-L-cystéine (2-MHBMA) et N-acétyl-S-(4-hydroxy-2-butén-1-yl)-L-cystéine (3-MHBMA), isomère majoritaire. Le butènediol peut également être conjugué pour former l'acide 3,4-dihydroxybutylmercapturique (DHBMA ou N-acétyl-S-(3,4-dihydroxybutyl)-L-cystéine), mais aussi l’acide 1,3,4-trihydroxybutylmercapturique (THBMA) ;
- soit former des liaisons covalentes (adduits) :
Le 1,3-butadiène est éliminé essentiellement par l'air expiré, sous forme de CO2, et dans les urines et fèces, sous forme de deux métabolites majoritaires (DHBMA et MHBMA). Des taux d’excrétion urinaire de plus de 97% pour le DHBMA et de moins de 3% pour le MHBMA ont été rapportés mais la fraction de la dose inhalée n’est pas connue. Leurs cinétiques d’élimination ne sont pas précisément connues mais des études de terrain indiquent une accumulation sur des jours d’exposition consécutifs.
Les acides mercapturiques, acide 3,4-dihydroxybutylmercapturique (DHBMA) et acide 2-hydroxy-3-buténylmercapturique (MHBMA) urinaires en fin de poste et fin de semaine, sont proposés pour la surveillance biologique de l’exposition au 1,3-butadiène. Ces indicateurs sont bien corrélés avec l'exposition de la journée 2-4.
L'Anses a considéré qu'aucune valeur limite biologique (VLB) ne pouvait être proposée pour ces indicateurs. En effet, les valeurs calculées à partir des corrélations avec les concentrations atmosphériques en 1,3-butadiène (0,08 mg/m3, 0,008 mg/m3, 0,0008 mg/m3)* associées aux trois niveaux de risque additionnel de décès par leucémie (10 -4, 10 -5, 10 -6) seraient extrapolées pour des concentrations atmosphériques très basses par rapport à celles ayant permis d'établir ces corrélations. De plus, elles sont très proches voire inférieures aux valeurs retrouvées en population générale 1.
Des valeurs biologiques d’interprétation professionnelles ont été établies par d’autres organismes, sur la base de la relation avec l’exposition externe :
- des valeurs EKA ont été proposées par la Commission allemande DFG pour le DHBMA et le MHBMA urinaires en fin d’exposition ou fin de poste, après plusieurs postes en cas d’exposition au long cours : 600-1000-1600 µg/g de créatinine pour le DHBMA et 10-20-40 µg/g de créatinine le MHBMA urinaires, correspondant à une exposition à des concentrations atmosphériques de 1,3-butadiène de 0,45-1,1-2,3 mg/m3 respectivement (valeurs EKA, DFG, 2012) [5].
- la valeur BEI établie par l'ACGIH (2006) pour le DHBMA urinaire correspond à une exposition au 1,3-butadiène de 4,5 mg/m3 (valeur TLV-TWA). Elle est accompagnée des notations SQ "semi quantitative" puisque l’association avec l’exposition externe n’est pas toujours significative dans les études de terrain et B « bruit de fond » puisque le DHBMA est présent dans les urines de sujets non professionnellement exposés (voir "Questions-réponses" en page d'accueil). Le dosage du MHBMA n'a pas été retenu par l'ACGIH comme BEI, en partie en raison de son élimination urinaire très variable en fonction du phénotype de la glutathion-S-transférase 6.
Le DHBMA et le MHBMA (notamment le 3-MHBMA, isomère quantitativement le plus important) sont présents dans les urines de sujets non professionnellement exposés. Des valeurs biologiques d’interprétation issues de la population générale sont proposées :
- des valeurs biologiques de référence (VBR) selon le statut tabagique sont recommandées par l’Anses pour le DHBMA et le 3-MHBMA, isomère majoritaire du MHBMA 1, correspondant au 95ème percentile arrondi des valeurs retrouvées en population générale adulte dans l’étude américaine NHANES 2013-2014 :
- des valeurs BAR sont proposées par la Commission allemande Goën sur la base d’études d’imprégnation en population générale en Allemagne 7, 8 :
Le dosage de l'acide mercapturique THBMA urinaire a également pu être proposé mais peu de données sont disponibles.
Les adduits à l'hémoglobine (N-(1- et N-(2-(hydro-3-butényl)valine ou MHBVal) et N- (2,3,4-trihydroxybutylvaline) (THBVal), indicateurs spécifiques, reflètent l’exposition des 4 mois précédents. Ils ont été corrélés avec l’exposition au 1,3-butadiène moyennée sur une période de 2-4 mois dans certaines études 2, 4, 9-10
L’Anses a considéré qu'aucune VLB ne pouvait être proposée pour ces indicateurs, pour les mêmes raisons que celles évoquées pour le dosage des acides mercapturiques. Par ailleurs, les données disponibles sont insuffisantes pour proposer des VBR (absence de données en population générale, études de terrain rapportant des valeurs chez des sujets non-exposés de faible effectif).
L'ACGIH a établi un BEI pour le MHBVal à 2,5 pmol/g Hb après au moins 4 mois d'exposition, correspondant à une exposition atmosphérique à 2 ppm (4,4 mg/m3) de 1,3-butadiène (TLV-TWA du 1,3-butadiène) ; cette valeur est accompagnée d'une notation SQ "semi quantitative" puisqu’elle est basée sur la relation entre les concentrations des adduits et les mesures atmosphériques de 1,3-butadiène rapportée dans une seule étude [2, 9] (voir "Questions-réponses" en page d'accueil).
Le 1,3-butadiène mesuré dans l'air expiré, le sang et/ou les urines est spécifique de l'exposition, mais les corrélations avec les concentrations atmosphériques ne sont pas toujours bonnes.
* VLEP-8h en France : 1 ppm (2,2 mg/m3)
Dans l'interprétation des résultats, on tiendra compte du tabagisme qui augmente les concentrations urinaires de DHBME et, de manière plus importante, de MHBMA.
Pour le DHBMA, présent en quantité plus importante que le MHBMA dans les urines de sujets non professionnellement exposés, des sources endogènes possibles sont évoquées (catabolisme des glucides générant du 3-butène-1,2-diol, responsable de la formation de DHBMA) 11.
L'exposition au chloroprène (dérivé chloré du butadiène) entraîne également la formation de MHBMA et de DHBMA [12].
Dans une étude expérimentale chez l’animal, une inhibition compétitive du métabolisme du 1,3-butadiène par une exposition au styrène jusqu’à une dose de 90 ppm a été observée [13].
La quantification du 3-MHBMA requiert une technique d’analyse spécifique. Pour les adduits à l'hémoglobine, la méthode de dosage est assez complexe et devra être suffisamment sensible.
Laib RJ, M Tucholski M, J G Filser JG, G A Csanády A. Pharmacokinetic interaction between 1,3-butadiene and styrene in Sprague-Dawley rats. Arch Toxicol. 1992 ; 66(5) : 310-4.
List of MAK and BAT Values. Permanent Senate Commission for the Investigation of Health Hazards of Chemical Compounds in the Work Area. Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) (https://www.dfg.de/en/about-us/statutory-bodies/senate/health-hazards).
National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals. Biomonitoring Data Tables for Environmental Chemicals. Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (https://www.cdc.gov/exposurereport/).
TLVs and BEIs based on the documentation of the threshold limit values for chemical substances and physical agents and biological exposure indices. 2025. Cincinnati : ACGIH ; 2023 : 279 p.
| Création de la fiche | 2013 |
| Dernière mise à jour
| 2023 |