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Travail de nuit et travail posté

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Données générales et exposition aux risques


Les horaires atypiques correspondent à de multiples réalités :

  • le travail de nuit (de 21 h à 6 h du matin),
  • les rythmes de travail irréguliers ou cycliques (travail posté en 3*8 ou 2*12 le plus fréquemment),
  • le travail le weekend (samedi, dimanche et jours fériés)
  • le travail selon des amplitudes de journée variables (en deçà de 5 h, au-delà de 8 h),
  • les journées fragmentées par des coupures de plusieurs heures.


Deux salariés sur trois travaillent selon ces horaires : 19% travaillent la nuit et le week-end, 10 % travaillent de manière occasionnelle, 7% sont des travailleurs saisonniers et 10 % ont des horaires longs et flexibles. Pour ce qui est du travail fragmenté, il est réalisé par 17,5% des salariés qui sont en grande majorité des femmes.

En ce qui concerne plus particulièrement le travail de nuit, 15,2% des salariés travaillent de nuit (environ 20% des hommes et environ 10 % des femmes). 30 % des salariés concernés travaillent dans le secteur public et 42 % dans le secteur tertiaire. Les 5 secteurs professionnels les plus représentés sont par ordre d’importance : les conducteurs de véhicules, les policiers et les militaires, les infirmières, les aides-soignantes et les ouvriers qualifiés des industries de « process ». Ce sont les intérimaires, les hommes trentenaires et les femmes de moins de 30 ans qui exercent le plus selon ce rythme de travail.
 

Le travail en horaires atypiques concerne de nombreux secteurs d’activité


Par ailleurs, il a été mis en évidence chez ces travailleurs un cumul d’expositions professionnelles. En effet, les salariés qui travaillent la nuit ont des conditions de travail plus difficiles que les autres salariés. Ils associent fréquemment les horaires de nuit avec d’autres formes d’horaires atypiques : travail le samedi et/ou le dimanche, horaires variables, horaires alternés, non connaissance des horaires du lendemain. Ils se doivent plus souvent d’être polyvalents, avec peu de latitude décisionnelle, et subissent un rythme de travail contraignant. Leur travail comporte au moins une contrainte physique* (84,1% contre 67,1 chez les salariés qui ne travaillent jamais la nuit) et une contrainte de vigilance** (77 % contre 59.3 %).

*contraintes physiques : devoir rester debout longtemps ou dans une autre posture fatigante et pénible, effectuer des déplacements à pied longs ou fréquents, porter des charges lourdes, effectuer des mouvements douloureux ou fatigants, subir des secousses ou des vibrations
**contraintes de vigilance : ne pas pouvoir quitter son travail des yeux, lire des chiffres ou des lettres difficiles à lire, examiner des objets très petits, faire attention à des signaux visuels ou sonores brefs.


Ce type d’organisation du travail a des impacts sur la vie sociale et personnelle des salariés. En effet, les inconvénients rapportés sont l’existence de conditions de travail plus difficiles, et un sentiment d’isolement social avec, par exemple, une difficulté d’accès aux instances de représentation sociale ou encore à la formation professionnelle continue. Au niveau familial, les décalages entre la vie professionnelle et la vie privée ne sont pas simples à gérer. Le déphasage est en général important par rapport aux rythmes scolaires par exemple. De plus, la récupération physique est empêchée par les nécessités de soins à apporter aux enfants en journée et aux tâches domestiques à assumer.

Malgré ces contraintes, des avantages sont tout de même mis en avant. En effet, le travail de nuit permet de disposer de plus de temps libre en journée ; une meilleure ambiance de travail est souvent rapportée ainsi qu’une présence hiérarchique moins pesante ; il existe également une compensation en termes de salaire qui est souvent un élément déterminant du choix.
 

Quelques portraits de salariés concernés

Madame J., infirmière
Elle travaille exclusivement de nuit selon un rythme en 2*12 c’est-à-dire qu’elle fait des nuits de 12 heures (de 19 heures à 7 heures), seulement 3 jours sur 7, les samedis et dimanches compris, selon un planning défini à l’avance. Cette organisation du travail lui convient bien car elle lui permet de s’occuper de ses enfants. En effet, les jours travaillés, le matin en arrivant à son domicile, après une nuit de travail, elle prend le petit déjeuner avec eux puis part les accompagner à l’école. Elle se couche ensuite jusqu’à 14 heures, déjeune, se prépare, s’occupe de sa maison et va les récupérer à leur sortie de classe à 16h30. Elle peut ensuite passer la fin d’après-midi avec eux avant de retourner travailler. Le reste de la semaine, quand elle ne travaille pas, elle bénéficie de plusieurs journées de repos qui lui permettent de récupérer, ainsi que de faire les activités et les démarches qu’elle n’a pu réaliser auparavant. Mais souvent, ses jours de repos sont pendant la semaine, et elle est donc souvent seule : son mari, ses enfants, ses amis travaillent…Et, compte tenu des impératifs de service, il arrive régulièrement que la cadre de santé du service la rappelle pour remplacer au dernier moment un(e) collègue qui est absent(e).


Monsieur P., ouvrier qualifié sur une chaine de montage d’automobile
Il travaille 35 heures par semaine selon un rythme en 3*8 c’est-à-dire qu’il alterne des journées avec des horaires du matin (5 -13h) puis des journées d’après-midi (13-21h) et des nuits (21-5h). Il travaille selon cette organisation « en postes » depuis 20 ans. A l’origine, il avait choisi ce travail car le salaire était attractif et cela lui permettait d’avoir des jours et des semaines de récupération. De plus, il construisait sa maison et ce complément de salaire ainsi que ce temps libre supplémentaire lui étaient utiles. Il n’avait pas de difficultés liées à la tolérance de ses horaires et en particulier son sommeil était de bonne qualité à raison de 6 à 7 heures d’affilée. Mais depuis l’âge de 45 ans, il prend du poids car il ressent le besoin de grignoter « pour tenir » éveillé pendant la nuit. Il a également essayé d’arrêter de fumer à plusieurs reprises mais la cigarette l’aide à rester vigilant et rythme ses pauses. Récemment, lors de la visite médicale du travail, une hypertension artérielle a été découverte. De plus, il n’arrive plus à s’endormir aussi facilement qu’auparavant, et se réveille très fréquemment. Il a la sensation de ne plus récupérer et d’être constamment fatigué. Maintenant, ses jours de repos sont mis à profit pour dormir. Il a l’impression de passer son temps exclusivement à travailler puis à récupérer. Son moral en est affecté d’autant plus que son médecin traitant, ainsi que le médecin du travail, lui ont conseillé de passer sur un poste fixe de jour ce qu’il ne peut pas envisager car il n’a pas fini de rembourser son crédit pour la maison.

 

Madame M., technicienne de surface pour une entreprise de ménage pour des bureaux et des commerces
Elle n’a pas de formation professionnelle qualifiée. Son premier poste débute à 8 heures : elle travaille alors dans un grand magasin de vêtements du centre de Paris dont le ménage doit être fait avant l’ouverture à la clientèle à 10 heures. Pour y arriver à l’heure, elle doit se réveiller à 5h30 car elle habite en banlieue et à 1h30 de trajet. Elle est divorcée, ses deux derniers enfants habitent encore avec elle, et c’est donc son fils de 13 ans qui doit s’occuper du petit dernier de 5 ans. A 10 heures, elle repart chez elle et y arrive à 11h30, s’il n’y a pas de ralentissement dans les transports. Elle récupère son fils à l’école, le fait déjeuner, s’occupe des activités domestiques puis repart sur Paris à 14h30. Elle retourne travailler dans des bureaux entre 16 et 18 heures où elle assure l’entretien de deux étages. Elle va ensuite dans un immeuble situé à proximité où elle procède à la sortie et la gestion des containers à déchets et fait l’entretien des parties communes. En général, elle finit à 19h30 et arrive chez elle à 21 heures. Elle peut tenir à ce rythme de travail car depuis 2 ans, son employeur a décidé de réorganiser le temps de travail sur la semaine qui n’est plus réparti sur 6 jours mais sur 5, ce qui lui laisse les samedis et dimanche de repos.

Monsieur F., employé de libre-service dans une grande surface alimentaire.
Il a 20 ans. C’est son premier poste en CDI (contrat à durée indéterminée) après quelques expériences professionnelles dans des emplois précaires. Quand on lui a proposé ce poste de nuit, il a accepté immédiatement, d’autant plus que le salaire était attractif. Il travaille donc 36 heures par semaine, 6 jours sur 7, de minuit à 6 heures du matin. Il décharge les camions de livraison et procède à la mise en rayon. Son équipe est petite puisqu’ils ne sont que 5 avec son chef. L’ambiance est bonne, il y a de l’entraide entre les collègues, et le chef aussi travaille avec eux. Il arrive à bien dormir, 8 heures d’affilée, mais il se réveille à 15 heures, et une fois son repas pris et sa toilette faite, il ne dispose finalement que de très peu d’heures de libres. Le soir par contre, il trouve difficile d’attendre 23 heures avant de se rendre à son travail. Il a l’impression de vivre à contre temps par rapport aux gens qu’il côtoie. Son seul jour de repos est le dimanche, et s’il veut voir sa famille, ses amis et faire un peu de sport, il doit essayer de moins dormir ce jour-là pour avoir un vrai repas convivial et profiter de l’après-midi.

 

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Mis à jour le 02/02/2017