Dossier




Mise à jour : 15/06/2010


Plomb au travail

Le plomb est un métal utilisé depuis l'Antiquité dans de nombreuses applications. Très résistant à la corrosion, il a notamment longtemps servi à la fabrication de conduites d'eau et comme pigment de peintures (céruse) malgré sa toxicité à long terme. En effet, l'exposition régulière au plomb peut entraîner de nombreux problèmes de santé regroupés sous le terme de "saturnisme" et pouvant devenir très graves. L'exposition au plomb est donc soumis à une réglementation très stricte, qui protège les travailleurs et leurs familles.



  Quelques chiffres
  Statistiques
Secteurs et professions concernés

Effets sur la santé


Contexte réglementaire


Démarche concrète de prévention


Ressources


Pour en savoir plus en quelques clics…


Autres références bibliographiques

Ce dossier ne traite pas des anciennes activités de manipulation d’essence au plomb (citernistes, mécaniciens…) ni du risque domestique (saturnisme infantile).



Quelques chiffres

  Statistiques
L'intoxication au plomb, ou saturnisme, est l'une des plus vieilles maladie connues. Elle fait l'objet du premier tableau de maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale (1919). Le nombre de maladies reconnues chez des salariés est compilé chaque année par la Caisse nationale de l'Assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).
Le tableau n° 1 a été modifié plusieurs fois, notamment en 1989, où il a été révisé et élargi. Si bien que le nombre de saturnismes reconnus s'est accru brutalement dans les années qui ont suivi.

Source : CNAMTS

Secteurs et professions concernés
Selon l'étude Sumer (surveillance médicales des risques) de 2003, 129 800 salariés sont exposés au plomb en France. La base de données Carex (Carcinogen Exposure : système international d'information sur l'exposition professionnelle aux agents cancérogènes) évalue ce nombre à 135 000.
La consommation française de plomb s'est élevée à plus de 255 000 tonnes en 2004, essentiellement pour la fabrication de batteries (76%).
Les principaux secteurs d'activité exposant au plomb sont le bâtiment, l'industrie et l'artisanat.


Principaux secteurs d'activité exposant au plomb

Bâtiment

intervention sur des peintures et des canalisations dans des bâtiments anciens (enlèvement, réfection…),
découpe ou sablage de structures métalliques recouvertes de peinture anticorrosion,
travaux de couverture (soudure au plomb, utilisation de feuilles de plomb…)

Industrie

fabrication et recyclage de batteries,
fabrication de céramique (carreaux…),
métallurgie, en particulier les fonderies d’alliages de cuivre,
recyclage de produits électroniques,
fabrication de peintures,o plasturgie,
fabrication de verres spéciaux et de cristal,
réparation de radiateurs d’engins et de poids lourds

Artisanat fabrication et réfection de vitraux,
poterie,
fonderie d'art,
joaillerie
Autres stands de tir

L'INRS et les laboratoires inter-régionaux de chimie ont procédé, depuis 1987, à près de 15 000 prélèvements d'air sur des lieux de travail afin d'évaluer l'exposition au plomb.
L'analyse de ces résultats fournit une estimation des niveaux d'exposition par branche d'activité, secteur d'activité et poste de travail.



Pour en savoir plus, consultez le document INRS suivant :

VINCENT R. ; JEANDEL B. "Exposition professionnelle au plomb. Analyse des résultats archivés dans la base de données COLCHIC". ND 2169. 2002, 10 p.

 
Manipulation de plaques de plomb destinées à des batteries d'automobiles



Effets sur la santé d’exposition au plomb

Le plomb peut pénétrer dans l'organisme par le nez (poussières, fumées) ou la bouche (mains sales, aliments souillés). En revanche, il ne passe pas à travers la peau. Il provoque des maladies graves en s’accumulant dans l’organisme, en particulier dans les os, où il peut rester plusieurs dizaines d’années. Il s'élimine très lentement.

Les effets du plomb sont :
  au niveau du système nerveux : troubles de l'humeur et de la mémoire, détérioration des capacités intellectuelles, atteinte des nerfs moteurs périphériques ;
au niveau des reins : perturbation des fonctions d'élimination, insuffisance rénale chronique ;
au niveau du sang : diminution du nombre de globules rouges (anémie) ;
au niveau du système digestif : coliques de plomb (douleurs abdominales) ;
autres : hépatiques, endocriniens…

Le plomb peut également être responsable d'anomalies au niveau de la reproduction :
  chez la femme : effets sur la grossesse (avortement, accouchement prématuré…)
chez l'homme : altération de la production des spermatozoïdes.

Les enfants sont particulièrement sensibles à l'intoxication par le plomb, qui peut se traduire par des effets sur le système nerveux central, d'autant plus importants que le sujet est jeune, avec des signes cliniques pouvant être graves (coma convulsif, troubles du comportement, retard mental…).

Une mère ayant une forte quantité de plomb dans son organisme va en transmettre à son enfant durant la grossesse puis par le biais de l'allaitement, ce qui peut entraîner un retard du développement psychomoteur et mental de l'enfant.

Le potentiel cancérogène du plomb est source de débats. Les rares études de cas sont insuffisantes pour emporter la conviction d'un rôle causal direct du plomb dans la genèse de certains cancers chez l'homme. Aucune méta-analyse des études épidémiologiques n'a pu conclure de façon définitive sur la cancérogénicité du plomb pour l'homme. Cependant, le plomb a des effets si divers et complexes au niveau moléculaire qu'il est difficile de l'exclure a priori de tout soupçon de participation à un ou des effets cancérogènes.



Contexte réglementaire

La prévention des risques liés au plomb s’intègre dans le dispositif plus général de prévention du risque chimique. Les règles de prévention du risque chimique concernent toutes les activités exposant à des agents chimiques et, pour certaines dispositions, aux CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques) pouvant présenter un risque pour la santé et la sécurité des salariés ; du fait de leur utilisation ou de leur présence sur le lieu de travail, du fait de l’existence d’une valeur limite d’exposition (l'article R. 4412-149 du Code du travail prévoit une valeur limite pour le plomb métallique et ses composés).
Les dispositions des articles R. 4412-152 et R. 4412-156 à R. 4412-161 du Code du travail fixent des dispositions spécifiques au plomb concernant notamment l’interdiction de l’emploi du plomb dans les travaux de peinture, la mise à disposition de vestiaires, de douches, le stockage et l’entretien des vêtements contaminés, le respect de règles d’hygiène et enfin les modalités de la surveillance médicale spéciale à mettre en œuvre.
Pour en savoir plus, consultez l'aide-mémoire juridique TJ 23.

Il faut noter par ailleurs que des mesures de lutte contre le saturnisme ont été aussi prévues dans le Code de la santé publique. Celles ci s’inscrivent dans une démarche générale visant notamment à améliorer le dépistage des populations à risques et leur prise en charge, à prévenir l’apparition du saturnisme et en particulier à stopper le processus d’intoxication des enfants.

Le saturnisme peut être reconnu comme une maladie professionnelle selon des critères médicaux, professionnels et administratifs bien précis, qui sont stipulés dans le tableau n° 1 des maladies professionnelles du régime général et le tableau n° 18 du régime agricole.
Pour en savoir plus, consultez les tableaux des maladies professionnelles
www.inrs.fr/mp

La réglementation sur le plomb continue d’évoluer. L’utilisation du plomb est sévèrement limitée dans les produits électroniques (art. R. 543-175 du Code l’environnement), ainsi que dans les véhicules automobiles (art. R. 318-10 du Code de la route). D’autre part, le tableau des maladies professionnelles n°1 a été révisé (décret n° 2008-1043 du 9 octobre 2008).




Démarche concrète de prévention

La démarche de prévention contre l'exposition au plomb se résume en 4 points :
  remplacer les produits contenant du plomb par des produits moins toxiques,
mettre en évidence et caractériser l'exposition,
empêcher l'inhalation de plomb (aérosols et poussières),
empêcher l'ingestion de plomb (mains, eau ou nourriture souillées).

Les composées du plomb étant classés toxiques pour la reproduction (catégorie 1), les règles particulières de prévention contre les risques d’exposition aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) sont applicables aux activités pour lesquelles il y a un risque d’exposition.
Pour en savoir plus, consultez le dossier correspondant.

Le Code du travail contient également des dispositions spécifiques au plomb et à ses composés. Les principales d’entre elles sont les suivantes :
  les salariés doivent avoir à leur disposition et utiliser des vestiaires différents pour les vêtements de travail et pour les vêtements de ville, ceux-ci doivent être séparés par des douches ;
l’employeur veille à ce que les travailleurs ne mangent pas et ne fument pas en vêtement de travail ;
une surveillance médicale particulière est assurée si l’exposition à une concentration de plomb dans l’air est supérieure à 0,05 mg/m3 (calculée comme une moyenne pondérée en fonction du temps sur une base de 8 heures), ou si une plombémie élevée (> 200 µg de plomb par litre de sang pour les hommes et 100 µg/l pour les femmes) est mesurée chez un travailleur ;
la valeur limite biologique à ne pas dépasser est fixée à 400 µg de plomb par litre de sang pour les hommes et à 300 µg/l pour les femmes ;
la valeur limite moyenne d'exposition (VME) pour le plomb et ses composées est fixée à 0,1 mg/m3 (exprimé en plomb métallique).

Du point de vue technique, les principales mesures de prévention consistent à :
  Utiliser des procédés limitant les émissions de fumées et poussières ou réaliser les opérations en enceinte fermée ou capter les émissions au plus près de leur source. Ces dispositifs ont pour rôle d'une part d'éviter l'inhalation des poussières et fumées par les salariées et d'autre part d'éviter la pollution de l'atelier limitant ainsi les risques de contaminations par l'intermédiaire des mains ou des vêtements souillés.
Maintenir les locaux de travail dans un bon état de propreté.
Respecter des règles d'hygiène strictes :
  interdiction de boire, manger, fumer sur les lieux de travail,
lavage des mains et du visage avant les repas,
douche après le travail (des douches doivent être à la disposition des salariés),
changement des vêtements après le travail.

Lorsque les mesures de prévention collective ne permettent pas de supprimer l'exposition au plomb, des appareils de protection respiratoire peuvent être utilisés pour se protéger des aérosols et des poussières. Les appareils filtrants doivent être équipés de filtres de type P3 (blancs).

Dans le cas du bâtiment, toute intervention sur des peintures contenant du plomb (ou dans lesquelles on peut soupçonner la présence de plomb) nécessite des mesures de prévention spécifiques adaptées au niveau de risque. Cela peut aller de mesures très simples pour des interventions limitées - comme le perçage de trous pour le passage de câbles ou de tuyaux - jusqu'à des mesures lourdes pour des chantiers d'enlèvement de peintures.
Les principales consignes à suivre pour ce type de travaux sont les suivantes :
  Utiliser des techniques produisant aussi peu de poussières que possible (pour le nettoyage, proscrire balais et aspirateurs ménagers) ;
Aspirer systématiquement les poussières avec un aspirateur équipé de filtres à très haute efficacité (pour les petites quantités de poussières, préférer un nettoyage à l’humide) ;
Porter des équipements de protection (vêtements, gants, appareil de protection respiratoire) ;
Ne pas boire, fumer, manger, mâcher du chewing-gum sur les lieux de travail ;
Se laver le visage et surtout les mains avant les pauses et la sortie.
 
Retrait de peinture dans un bâtiment ancien
  Pour en savoir plus, consultez la brochure INRS suivante :
"Interventions sur les peintures contenant du plomb. Prévention des risques professionnels". ED 909. 2004, 54 p. (fichier pdf)



Ressources

Depuis janvier 2010, les organismes chargé du contrôle de l’exposition atmosphérique au plomb sont accrédité auprès du Comité français d’accréditation (COFRAC) ou par tout organisme équivalent (organisme d’accréditation désigné en application du règlement (CE) n° 765/2008 du Parlement européen et du Conseil du 9 juillet 2008 fixant les prescriptions relatives à l’accréditation et à la surveillance du marché pour la commercialisation des produits).

Les  agréments  délivrés par le ministère chargé du Travail pour effectuer les mesures de la plombémie prévus par la réglementation sur la prévention du risque cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction seront supprimés à partir du 1er janvier 2012. Ils seront remplacés par des accréditations.

Les bases de données Biotox et Organismes agréés comprennent la liste des laboratoires d'analyse médicale susceptibles de réaliser une mesure de la plombémie (taux de plomb sanguin).




Pour en savoir plus en quelques clics...

Documents INRS

Tableau n° 1 des maladies professionnelles : "Affections dues au plomb et à ses composés"
Risque chimique pour la fonction de reproduction en milieu professionnel (dossier web)
Introduction aux valeurs limites d'exposition professionnelle (dossier web)
Biotox (base de données)
Organismes agréés (base de données)
"Prévention du risque chimique sur les lieux de travail". TJ 23. Aide-mémoire juridique. 2006, 46 p. (fichier pdf)
"Interventions sur les peintures contenant du plomb. Prévention des risques professionnels". ED 909. 2004, 54 p. (fichier pdf)
"Le plomb, vous et votre famille". ED 834. 2006 (dépliant) (fichier pdf)
"Salariés du bâtiment. Le plomb, vous et votre famille". ED 899. 2003 (dépliant) (fichier pdf)
"Décret n° 2008-1043 du 9 octobre 2008 révisant et modifiant les tableaux des maladies professionelles annexés au livre IV du Code de la sécurité sociale et commentaires". TK 23. 2008, 7 p. (fichier pdf)
VINCENT R. ; JEANDEL B. "Exposition professionnelle au plomb. Analyse des résultats archivés dans la base de données COLCHIC". ND 2169. 2002, 10 p. (fichier pdf)

"Plomb et composés minéraux". Fiche toxicologique. FT 59, 2006, 12 p. (fichier pdf)
"Réparation des radiateurs automobiles". Guide pratique de ventilation. ED 752. 2007, 12 p. (fichier pdf)
"Fabrication des accumulateurs au plomb". Guide pratique de ventilation. ED 746. 2007, 24 p. (fichier pdf)
"Vous êtes exposé au plomb". Affiche.


Documents des ministères

"Les expositions aux produits mutagènes et reprotoxiques". Premières informations et premières synthèses n° 32.1. Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 2005, 7 p. (fichier pdf, 352 ko)
www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/publication_pips_200508_32-1_expositions-produits-mutagènes-reprotoxiques.pdf
"Saturnisme : le dépister et le prévenir" (ministère chargé de la Santé / France)
www.sante-sports.gouv.fr/saturnisme-le-depister-et-le-prevenir.html
"Bâtiment et santé" (ministère chargé du Logement / France)
www2.logement.gouv.fr/publi/sante/accueil.htm
"Suivi et évaluation des mesures d'urgence et de prévention contre le saturnisme infantile - année 2002". Direction générale de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Construction, 2004, 28 p. (fichier pdf, 3,5 Mo)
www2.logement.gouv.fr/publi/sante/doc_pdf/saturninfantile_annee2002.pdf
"Le plomb. Peintures au plomb dans les bâtiments anciens (prévention / réglementation)". Direction générale de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Construction et direction générale de la Santé, 1999, 8 p. (fichier pdf, 1,71 Mo)
www2.logement.gouv.fr/publi/sante/doc_pdf/plomb.pdf
"Guide méthodologique pour la réalisation de l'état des risques d'accessibilité au plomb". Direction générale de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Construction et direction générale de la Santé, 16 p. (fichier pdf, 53 ko)
www2.logement.gouv.fr/publi/sante/doc_pdf/guide.pdf
PONCHET DE LANGLADE V. "La lutte contre le saturnisme". Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, 2002, 25 p. (fichier pdf, 88 ko)
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/024000234/0000.pdf


Autre site d’information

"Saturnisme de l'enfant" (Institut de veille sanitaire / France)
http://www.invs.sante.fr/surveillance/saturnisme/default.htm




Autres références bibliographiques
HERVE-BAZIN B. "Le risque cancérogène du plomb. Evaluation en milieux professionnels". EDP Sciences, collection Avis d’experts, 2004, 350 p.