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Dossier Mise à jour : 04/06/2009


Déchets et risques professionnels



Tous les secteurs professionnels sont concernés de près ou de loin par les problématiques liés aux déchets. Les risques professionnels générés dans les activités de collecte, de transport ou de traitement (valorisation ou élimination) sont multiples et nombreux. La prévention doit être mise en oeuvre aussi bien pour l'entreprise lors de la gestion de ses propres déchets que dans les filières structurées et spécialisées dans ces activités. Elle passe nécessairement par l'établissement et la transmission aux différents acteurs concernés d'une information la plus complète possible sur la nature, la composition et la dangerosité des déchets produits.



Ce qu’il faut retenir

Quelques chiffres

Dispositions réglementaires spécifiques aux déchets

Démarche concrète de prévention
  Evaluation des risques
Combattre les risques à la source

Pour en savoir plus en quelques clics…

Autres références bibliographiques


Ce dossier de sensibilisation ne traite pas des activités liées aux traitements des eaux usées (boues d’épuration notamment), ainsi que des activités de décontamination de sols.


Ce qu’il faut retenir

Tous les secteurs professionnels sont concernés de près ou de loin par les problématiques de gestion, de collecte, de traitement, de valorisation ou d’élimination des déchets…. La France produit actuellement environ 850 millions de tonnes de déchets par an :
  Près de 45 % produits par le secteur agricole
40 % par le secteur de la construction et de la démolition (BTP)
12 % par le secteur industriel
5 % environ de déchets municipaux (ordures ménagères…).

La gestion des déchets connaît une profonde mutation : avancées législatives des années 1990, principe de la responsabilité élargie des producteurs de déchets. L’incitation à la prévention des déchets, la transparence sur les coûts d'élimination ou encore les solutions pour le financement des filières favorisent le développement et  l'industrialisation des filières du recyclage et de la valorisation. De nouvelles filières spécifiques à un type de déchet et le déploiement dynamique de nouveaux concepts, de nouveaux procédés et de nouveaux métiers se mettent progressivement en place.

L’expansion de ces nouvelles filières révèle, pour les salariés de ces secteurs, de nouveaux dangers et des expositions donnant lieu à des risques nombreux et multiples :
  risques liés à la dangerosité même du déchet  (risque chimique, risque cancérogène, risque biologique…)
risques liés au(x) procédé(s) mis en œuvre ou aux tâches à réaliser (opérations mécanisées / traitements pouvant générer des expositions à des gaz et poussières, à la chaleur, au bruit, aux vibrations…, chutes, coupures, risques liés à l’activité physique comme les troubles musculo-squelettiques ou les lombalgies…),
risques liés au secteur ou à l’organisation du travail existante (risque routier lors de la collecte ou du transport, circulation et déplacement des personnes, activités multiples dans un même espace de travail, travail en flux tendu ou difficilement planifiable, opérations de maintenance préventive et curative souvent sous-traitées).

Rappelons que la notion de dangerosité d’un déchet est définie réglementairement, dans une logique environnementale et de santé publique. Elle est établie à partir des caractéristiques suivantes :
  physico-chimiques intrinsèques au déchet (explosif, inflammable, comburant…),
toxiques générales (irritant, nocif, toxique, cancérogène…),
toxiques pour l’environnement.

L’évaluation de l’ensemble de ces différents risques professionnels constitue le point de départ de la démarche de prévention qu’il convient d’intégrer dans toutes les entreprises lors de la gestion de leurs propres déchets et dans les filières spécialisées dans la collecte, le transport et le traitement des déchets.

Un élément primordial pour préserver la santé et la sécurité de tous ceux qui travaillent avec des déchets est une information la plus complète possible sur la nature, la composition et la dangerosité du déchet.

C’est l’entreprise productrice de déchets qui doit établir et mettre à disposition cette information.
 
Conditionnement de piles à usage domestique avant traitement : un déchet classé « dangereux »
Pour les déchets identifiés comme dangereux, un des éléments à fournir et qui va suivre le déchet tout au long de son circuit d’élimination ou de traitement est le bordereau de suivi des déchets dangereux (BSD).

Au-delà de l’identification du déchet, il mentionne notamment tous les acteurs concernés par le circuit d’élimination ou et valorisation : producteur, collecteur / transporteur, installation de stockage ou de traitement…

Pour en savoir plus sur le bordereau de suivi : http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/cerfa12571-01.pdf

En ce qui concerne les filières spécifiques et spécialisées, les réponses de prévention vont varier et seront adaptées à la structure, à l’organisation ou aux procédés. Dans tous les cas, une évaluation a priori des risques la plus fine possible permet par exemple :
  d’intégrer la prévention dès la conception d’une nouvelle installation, d’un nouveau procédé ou d’une nouvelle organisation,
de mettre en place des dispositifs ou des équipements permettant d’améliorer les conditions de travail et de réduire les risques.

Pour vous aider, l’INRS vous propose plusieurs outils d’information sur les déchets, allant de la sensibilisation à l’aide à la conception d’installations spécifiques.

Quelques outils diffusés par l’INRS concernant les déchets
Dépliant de sensibilisation sur le risque chimique et les déchets dangereux en entreprise (ED 824)
Fiche pratique sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (ED 5029)
Brochure « La reprise des équipements électriques et électroniques en distribution. Aide au repérage des risques professionnels » (ED 996)
Aides à la conception : brochures sur la conception d’usines d’incinération (ED 946) ou de centres de tri de déchets ménagers (ED 914) et de déchets industriels ou de chantiers (ED 948)
Brochure sur l’élimination des déchets infectieux issus des activités de soins (ED 918)
Voir en fin de dossier une liste plus complète des outils mis à disposition par l’INRS



Quelques chiffres

Les informations actuellement disponibles ne permettent pas de bien cerner l’ensemble du secteur des déchets (nombre de salariés, nombre d’entreprises concernées, indicateurs spécifiques aux accidents du travail et aux maladies professionnelles…). Les activités inhérentes aux déchets sont en effet répertoriées dans plusieurs codes d’activité (NAF). De plus, il n’existe pas de code risque spécifique permettant d’obtenir des statistiques représentatives en matière de prévention… Rappelons également que les activités de maintenance des outils de production de la filière déchets, qui sont généralement confiées à des entreprises spécialisées, ne sont pas toujours répertoriées dans ces codes d’activités spécifiques.
Les chiffres présentés ici correspondent à un cumul de données provenant de plusieurs secteurs d’activités liés au monde du déchet. Ils sont donnés à titre indicatif.L’évolution des effectifs salariés dans le secteur des déchets est en constante progression depuis plusieurs années. En 2006, près de 100 000 salariés travaillent dans un secteur concernant la gestion ou le traitement des déchets. Plus de la moitié travaille dans l’enlèvement et le traitement des ordures ménagères.


Evolution des effectifs salariés dans les activités de recyclage et les activités de traitement des ordures ménagères et de l’assainissement

Les accidents du travail avec arrêt dans l’ensemble de l’activité concernant la collecte et le traitement des déchets sont environ 2 à 3 fois plus fréquents et plus graves que dans l’ensemble des activités relevant du régime général de la Sécurité sociale (tendance confirmée sur la période 2004 à 2006, avec une légère décroissance pour l’année 2006). Cette tendance semble encore plus nette dans le secteur de la récupération et du recyclage très concerné par l’apparition de nouvelles activités. Ce chiffrage est probablement sous-estimé.

Evolution des indices de fréquence des accidents du travail dans le secteur des déchets
Année
2006
2005
2004
Secteur des déchets
Ordures ménagères et assainissement
Récupération et recyclage
85
80
94
92
86
97
93
86
98
Ensemble des salariés
40

39

40

D’après les indices de fréquence des accidents du travail avec arrêt (arrondis à l’unité supérieure) fournis par la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). L’ensemble des salariés se rapporte aux effectifs affiliés au régime général de la Sécurité sociale.

La fréquence élevée d’accidents dans cette population peut être liée à la combinaison de plusieurs facteurs de risque, comme par exemple :
  activité manuelle importante (démantèlement, déconstruction…)
petites entreprises employant du personnel peu ou pas qualifié ou insuffisamment formé
salariés « multitâches »
méconnaissance ou complexité du déchet entrant dans la filière de traitement

Compte tenu notamment de la diversité des différents secteurs concernés et de la « jeunesse »de certaines activités, on ne peut avancer de chiffres pertinents en matière de maladies professionnelles reconnues.



Dispositions réglementaires spécifiques aux déchets

La réglementation relative aux déchets vise essentiellement à la protection de l’environnement. Elle ne prend pas ou peu en compte les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs intervenant dans les activités relatives aux déchets.

De nombreux textes généraux régissent la gestion de ces activités  notamment son champ d’application. Ils spécifient  les obligations en matière de  collecte, de transport, de traitement (dont la valorisation ou le recyclage) et l’élimination des déchets. Des textes au caractère plus spécifique concernent les déchets particuliers (par exemple les déchets d’activité de soins (DAS), les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les déchets d’amiante…).

On peut retrouver l’ensemble des textes législatifs et réglementaires concernant les déchets sur le site du ministère chargé de l’Environnement (http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/doc/Liste_
Textes_ Dechets_codifies.doc
).

  Notion de « déchet »
L’article L. 541-1 du Code de l’environnement définit comme déchet « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou généralement, tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon ».

Toutefois, le code ne retient pour les réglementer, que les déchets qui sont, par leurs conditions de production ou de détention « de nature à produire des effets nocifs sur le sol, la flore et la faune, à dégrader les sites ou les paysages, à polluer l’air ou les eaux, à engendrer des bruits et des odeurs et d’une façon générale, à porter atteinte à la santé de l’homme et à l’environnement » (article L. 541-2).


Classification des différentes catégories de déchets
D’inspiration européenne, la réglementation française établit une liste unique des déchets et indique quels sont les déchets classés dangereux (art. R.541-8 du Code de l'environnement, annexes I et II)).
Ce décret précise que cette liste n’est pas exhaustive et qu’ elle sera réexaminée périodiquement.

Dans l’ensemble de la réglementation française spécifique « déchets », un déchet peut être identifié par sa nature (déchet dangereux ou non dangereux, déchet inerte ou déchet ultime) et/ou par sa catégorie d’origine.
La nomenclature réglementaire répartit les déchets en 20 catégories, en fonction des secteurs d’activité dont ils proviennent et des procédés de production. Une catégorie est dédiée aux déchets produits par les ménages.

Les 20 catégories de déchets selon la réglementation française
Catégorie
Définition réglementaire
01
Déchets provenant de l'exploration et de l'exploitation des mines et des carrières, ainsi que du traitement physique et chimique des minéraux
02
Déchets provenant de l'agriculture, de l'horticulture, de l'aquaculture, de la sylviculture, de la chasse et de la pêche, ainsi que de la préparation et de la transformation des aliments.
03
Déchets provenant de la transformation du bois et de la production de panneaux et de meubles, de pâte à papier, de papier et de carton
04
Déchets provenant des industries du cuir, de la fourrure et du textile
05
Déchets provenant du raffinage du pétrole, de la purification du gaz naturel et du traitement pyrolytique du charbon
06
Déchets des procédés de la chimie minérale
07
Déchets des procédés de la chimie organique
08
Déchets provenant de la fabrication, de la formulation, de la distribution et de l'utilisation de produits de revêtement (peintures, vernis et émaux vitrifiés), mastics et encres d'impression
09
Déchets provenant de l'industrie photographique
10
Déchets provenant de procédés thermiques
11
Déchets provenant du traitement chimique de surface et du revêtement des métaux et autres matériaux, et de l'hydrométallurgie des métaux non ferreux
12
Déchets provenant de la mise en forme et du traitement physique et mécanique de surface des métaux et matières plastiques
13
Huiles et combustibles liquides usagés (sauf huiles alimentaires et huiles figurant aux chapitres 05, 12 et 19)
14
Déchets de solvants organiques, d'agents réfrigérants et propulseurs (sauf chapitres 07 et 08)
15
Emballages et déchets d'emballages, absorbants, chiffons d'essuyage, matériaux filtrants et vêtements de protection non spécifiés ailleurs
16
Déchets non décrits ailleurs dans la liste
17
Déchets de construction et de démolition (y compris déblais provenant de sites contaminés)
18
Déchets provenant des soins médicaux ou vétérinaires et/ou de la recherche associée (sauf déchets de cuisine et de restauration ne provenant pas directement des soins médicaux)
19
Déchets provenant des installations de gestion de déchets, des stations d'épuration des eaux usées hors site et de la préparation d'eau destinée à la consommation humaine et d'eau à usage industriel
20
Déchets municipaux (déchets ménagers et déchets assimilés provenant des commerces, des industries et des administrations), y compris les fractions collectées séparément
D’après l'annexe II de l'article R. 541-8 du Code de l'environnement

Cette codification permet d’établir un « code nomenclature » devant être utilisé dans les registres, les bordereaux de suivi de déchets (BSD), les autorisations de transport…, tous ces documents assurant ainsi une certaine traçabilité de l’information relative aux déchets produits et collectés.

Ces 20 catégories d’origine se divisent en 111 regroupements intermédiaires donnant lieu à 839 rubriques de déchets dont 404 sont classés comme dangereux (dans une logique environnementale et de santé publique). Ce classement en tant que « déchet dangereux » est établi d'après 14 critères associant des caractéristiques physico-chimiques intrinsèques au déchet et des caractéristiques toxiques et écotoxiques.

Plus généralement, un déchet peut être ainsi identifié par sa nature (déchet dangereux ou non dangereux, déchet inerte ou déchet ultime) et/ou par sa catégorie d’origine.

Nature des déchets : quelques définitions complémentaires
Déchet dangereux
Déchet présentant une ou plusieurs propriétés de danger (du type explosif, nocif, cancérogène, mutagène…). Ces propriétés, au nombre de 14, sont énumérées dans la réglementation déchets (annexe I de l'article R.541-8 du Code de l'environnement).
Déchet non dangereux
Déchet qui ne présente pas de caractère dangereux et/ou toxique pour l’environnement (annexe I de l'article R.541-8 du Code de l'environnement).
Déchet inerte      
Déchet qui ne subit aucune modification physique, chimique ou biologique importante (directive 1999/31/CE du 26 avril 1999). Il ne se décompose pas, ne brûle pas, ne produit aucune autre réaction physique ou chimique, n’est pas biodégradable…
Déchet ultime
Déchet résultant ou non d'un traitement d'autres déchets, qui n’est plus susceptible d'être traité ou valorisé dans les conditions techniques et économiques du moment (d’après l'article R.541-8 du Code de l'environnement).

Principaux déchets dangereux générés dans différents secteurs d’activités
Secteurs

Exemples de déchets dangereux produits

Collectivités et particuliers
(déchets des ménages et assimilés)
Accumulateurs Cadmium-Nickel
Déchets contenant du mercure (piles, tubes fluorescents, lampes)
Huiles de vidange
Autres déchets ménagers (solvants usagés…)
Industries diverses Goudrons acides
Sels contenant des cyanures
Cendres volantes
Solvants
Déchets dangereux diffus
Agriculture Déchets agrochimiques
Farines animales
Films plastiques souillés
Produits phytosanitaires non utilisés
Emballages vides de produits phytosanitaires
Construction et démolition Déchets de peinture
Fibres libres d’amiante
Activités de soins Déchets à risques infectieux
Produits vétérinaires
Médicaments
Equipements électriques et électroniques (incluant ceux produits par les particuliers) Piles, accumulateurs
Tubes cathodiques
Plastiques bromés
Verres spéciaux
Cartes électroniques
Automobile
(professionnels et particuliers)
Batteries
Fluides
Air-bag
Véhicules hors d’usage
Tableau donné à titre indicatif



Démarche concrète de prévention

Les mesures de prévention proposées dans ce paragraphe doivent être considérées dans la perspective d’une démarche de prévention globale mise en place dans l’entreprise. La prévention doit être intégrée le plus en amont possible, en passant par des mesures d’organisation du travail, d’information et de formation du personnel. La prévention sera d’abord technique et collective.

La prévention des risques professionnels dans les activités liées aux déchets s’appuie sur une démarche dont les principes généraux sont édictés par le Code du travail (article L. 4121-2).

Principes généraux d’une démarche de prévention : rappel
  Eviter les risques
Evaluer les risques qui ne peuvent être évités
Combattre les risques à la source
Adapter le travail à l’homme
Planifier la prévention
Prendre des mesures de protection collective
en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle
Former et informer les salariés
sur les risques et leur prévention
Articles L. 4121-1 à L. 4121-5

La démarche de prévention doit être adaptée aux spécificités de la filière déchet considérée. Chaque filière présente des particularités qui rendent complexe la mise en œuvre de cette démarche :
  salariés « multitâches » affectés à plusieurs activités différentes (multi-exposition),
petites entreprises employant des travailleurs peu ou pas qualifié ou insuffisamment formé,
méconnaissance ou complexité du déchet entrant dans la filière de traitement,
métiers, technologies / procédés, ou organisation en évolution permanente (s’adaptant à la nature du déchet),
activités qui s’implantent souvent dans des locaux ou des aménagements existants (dans lesquels il est plus difficile d’intégrer des dispositifs adaptés de protection collective),
contraintes réglementaires fortes en matière de protection de l’environnement, dont le respect par les entreprises est parfois privilégié au détriment des aspects prévention des risques professionnels.

Ce dossier de sensibilisation a pour objet de présenter les grandes lignes des mesures de prévention à mettre en place.


  Evaluation des risques
L’évaluation des risques constitue le point de départ de la démarche de prévention qui incombe à tout employeur dans le cadre de son obligation générale de sécurité à l’égard de son personnel.

Pour l’aider dans cette démarche, l’employeur peut notamment faire appel au Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et/ou au médecin du travail.
  Le CHSCT, dans le cadre des missions qui lui sont attribuées (articles L.4612-1 à L.4612-7, R.4612-1 et R.4612-2 du Code du travail), notamment celle d’analyse des risques, dispose d’informations sur les risques présentés par les postes de travail. Il peut ainsi contribuer de façon intéressante à l’évaluation des risques.
Le médecin du travail peut collaborer utilement à l’évaluation des risques, en raison de sa connaissance des situations de travail, grâce à ses actions menées au sein de l’entreprise (visite des locaux, des postes de travail…) et à ses missions de surveillance des salariés.

Pour plus d'informations sur l'évaluation des risques professionnels, consultez notre dossier.


Les résultats de l’évaluation des risques doivent être transcrits dans le document unique (article R. 4121-1 du Code du travail). Au-delà du strict respect de l’obligation réglementaire, ce document doit permettre à l’employeur d’élaborer un plan d’action définissant les mesures de prévention appropriées aux risques identifiés.

Même si une grande majorité des déchets sont catégorisés comme dangereux (et devraient conduire le secteur à adopter une attitude de précaution maximale en matière de prévention), cette étape d’évaluation a priori des risques est primordiale : elle permet de faire une analyse fine de l’environnement de travail, de la nature des risques et des postes exposés, et de mettre en place des actions de prévention adaptées aux risques identifiés et au contexte de l’entreprise.

Dans le secteur des déchets, les risques à prendre en considération lors de cette évaluation sont :
  les risques liés à la nature même du déchet (risque chimique, risque cancérogène, risque biologique…),
les risques liés au(x) procédé(s) mis en œuvre ou aux tâches à réaliser (opérations mécanisées / traitements pouvant générer des expositions à des gaz et poussières, à la chaleur, au bruit, aux vibrations…, chutes, coupures, TMS…),
les risques liés au secteur ou à l’organisation du travail existante (circulation et déplacement des personnes, activités multiples dans un même espace de travail, travail en flux tendu ou difficilement planifiable, opérations de maintenance préventive et curative souvent sous-traitées).

En ce qui concerne les risques liés à la nature du déchet, le bordereau de suivi des déchets (BSD) peut constituer une source utile d’information. Dans l’avenir, il serait souhaitable qu’il intègre les propriétés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) du déchet. Les résultats de l’enquête réalisée en 2006 sur le risque CMR dans les déchets industriels dangereux peuvent également servir de point de repère pour une évaluation des risques dans les secteurs concernés (PR 31).

Pour illustrer cette démarche d’évaluation, nous avons pris comme exemple la filière de traitement des tubes fluorescents. Afin de mieux identifier les risques liés à cette activité, la nature des différentes opérations effectuées dans cette filière a d’abord été mise en évidence. Pour chaque opération unitaire ou tâche à réaliser, les principaux risques ont été identifiés.

Filière des tubes fluorescents : identification des risques
en fonction des opérations effectuées
Opération générique
Opérations unitaires
Principaux risques identifiés
Conditionnement par l’établissement producteur Dépose Electrique
Chutes de hauteur ou de plain-pied
En cas de tubes cassés, chimique et coupures
Mise en contenant (grandes boîtes en bois en général) Liés à la manutention manuelle (en cas de mauvaise ergonomie du poste)
En cas de tubes cassés, chimique et coupures
Chargement Manutention des palettes vers le quai de chargement Liés à la manutention mécanique (renversement, écrasement)
Liés à la circulation et au déplacements des personnes et engins de manutention
Chimique en cas de pollution par les gaz d’échappement par les engins de manutention dans un local confiné
Chargement du véhicule Liés à la manutention mécanique (renversement, écrasement)
Liés à la chute d’objets
Transport (routier en général)   Risque routier
Déchargement au site de traitement Sortie des palettes du véhicule Liés à la manutention mécanique (renversement, écrasement)
Liés à la chute d’objets
Mise en place en début de chaîne de traitement Liés à la manutention mécanique (renversement, écrasement)
Liés à la circulation et au déplacements des personnes et engins de manutention
Chimique en cas de pollution par les gaz d’échappement par les engins de manutention dans un local confiné
Tri par dimension (manuel en général) Ouverture des contenants Liés à la manutention manuelle
Liés aux gestes répétitifs
Coupure ou blessure
Chimique en présence de tubes cassés
Chute de plain-pied en cas de déplacement
Tri manuel
Traitement Broyage automatique Chimique ou mécanique en cas de mauvaise conception du poste
Liés aux nuisances sonores
Broyage manuel (selon dimensions) Chimique (poussières, mercure) en cas de mauvaise conception- Mécanique (absence de dispositif de protection)
Liés à la manutention manuelle
Lié au travail répétitif et à l’exposition aux vibrations (TMS)
Liés aux nuisances sonores
Récupération des fractions verre / métal (manuel en partie) Chimique (poussières, mercure)
Coupure
Liés à la manutention manuelle
Liés aux nuisances sonores
Chargement du distillateur pour récupération du mercure présent dans les poudres Chimique (poussières, mercure)
Liés à la manutention manuelle
Conditionnement du verre / métal / poudres traitées pour redirection vers des filières spécialisées (selon le cahier des charges de la filière) Chimique (poussières, mercure)
Coupure
Liés à la manutention manuelle
Liés à la circulation et au déplacements des personnes et engins de manutention
Tableau non exhaustif, donné seulement à titre indicatif


Conditionnement de tubes fluorescents avant traitement
 
Poste de broyage manuel de tubes fluorescents dans une usine de traitement spécialisée, avec port d’équipement de protection respiratoire adapté


Combattre les risques à la source
Les principales mesures de prévention à mettre en place dans les filières déchets peuvent porter sur :
  l’environnement matériel et technique,
les procédés et les tâches à effectuer,
le déchet lui-même, ainsi que son conditionnement,
l’organisation du travail.

Toutes sont complémentaires et contribuent à la réduction des risques mis en évidence dans la filière. Les mesures listées ci-après sont données à titre indicatif et sont loin d’être exhaustives…

  Principales mesures de prévention
Dans les activités liées aux déchets comme dans toutes les activités industrielles, la prévention des risques passe prioritairement par des mesures de protection collective. Parmi les actions à mettre œuvre, rappelons quelques principes de base de la prévention adaptés à ces activités particulières.

 
Concevoir et aménager les lieux et situations de travail
- Organiser les espaces de travail : établir un plan de circulation générale en l’adaptant aux flux des déchets à gérer, optimiser les déplacements des engins et des personnes, aménager des postes de travail (plans de travail, circulation aisée autour du poste…)…
- Séparer les zones de stockage des déchets à risque et les zones d’activité


Conception d’un atelier de démantèlement de déchets
d’ équipements électriques et électroniques (DEEE)
- Aménager ou optimiser le poste de travail : adaptation ergonomique (gestes et postures, réduction des contraintes musculosquelettiques, limitation du travail répétitif à des cadences élevées), mise en place de captage à la source ou de systèmes de ventilation ou d’aspiration…
- Séparer les vestiaires, sanitaires, lieux de détente, locaux sociaux des sources de nuisances

Définir les zones à risque (explosion, incendie, rayonnements…), et signalisation des risques à chaque poste de travail avec information du personnel

Limiter le nombre de personnes exposées par la mise en œuvre de mesures de protection collective : mise en œuvre de procédures automatisées ou mécanisées, travail en système clos, encoffrement ou isolement des postes, réduction des sources de bruit généré par les équipements, mise en place sur les équipements à risque mécanique de dispositifs d’arrêt d’urgence (à chaque poste de travail) et de dispositifs de détection humaine, installation de moyens de manutentions mécaniques, limitation des hauteurs de stockage...

Bande transporteuse avec dispositif de détection humaine dans un centre de tri de déchets ménagers et assimilés (DMA)

Informer et former le personnel

Information et sensibilisation des travailleurs
Rappelons tout d’abord que tout employeur est tenu d’informer ses salariés sur les risques et leur prévention, et de les former à la sécurité (Code du travail). Deux aspects fondamentaux sont à prendre en compte pour l’élaboration d’une formation ou d’une sensibilisation des travailleurs sur la prévention des risques dans le secteur des déchets :
  - Elle doit être adaptée à la réalité de l’entreprise, aux conditions de travail, aux différents postes de travail, et aux agents dangereux susceptibles d’être rencontrés dans l’environnement professionnel.
- Elle doit impliquer le médecin du travail, les chargés de sécurité et/ou les représentants du CHSCT.

La sensibilisation des travailleurs peut aussi prendre d’autres formes, notamment l’organisation de campagnes d’information au sein de l’entreprise.

D’autres mesures ne sont cependant pas à négliger : elles doivent êtres établies à partir des résultats de l’évaluation des risques faite au préalable.

Quelques mesures complémentaires
Les actions de prévention citées plus haut peuvent être accompagnées d’autres mesures plus spécifiques. Citons pour exemple :
  Mise à disposition d’équipements de protection individuelle lors d’opérations ponctuelles (maintenance, travail limité dans le temps…) ou lorsque les mesures de protection collective sont insuffisantes ou difficiles à mettre en œuvre.
Limitation du travail isolé.
Adaptation des conditionnements de déchets (capacité des conteneurs…) afin de faciliter les opérations de transport, de manutention, de stockage et de manipulation.


Conditionnement de cartes électroniques après une opération de démantèlement manuel
 
Conditionnement adapté pour déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI)

Prévention médicale
à paraître ultérieurement




Pour en savoir plus en quelques clics...
Documents INRS
Consultez l'ensemble des documents sur le secteur des déchets et de l'épuration


Sites de référence
Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)
http://www.ademe.fr
Cet organisme français exerce ses missions dans les domaines suivants : maîtrise de l'énergie et économie des matières premières, promotion des énergies renouvelables, promotion des technologies propres et économes, limitation de la production de déchets / élimination, récupération, valorisation des déchets, prévention et lutte contre la pollution de l'air, prévention et traitement de la pollution des sols, lutte contre les nuisances sonores.
Réseau coopératif de recherche sur les déchets (RECORD)
http://www.record-net.org/
Ce réseau est le fruit d'une triple coopération : celle des industriels qui regroupent leurs besoins et leurs moyens de recherche, celle des pouvoirs publics (ADEME et Ministère de l'Environnement) et celle des chercheurs qui couvrent la quasi-totalité des disciplines des sciences physiques, chimiques, mécaniques, biologiques, économiques, sociologiques, etc. Tous les travaux sont réalisés au sein même des laboratoires impliqués. La formule de recherche coopérative permet de travailler sur la complexité des problèmes posés par la gestion des déchets et le poids des investissements nécessaires à une approche plus fondamentale des solutions.
Ministère de l’Ecologie et du Développement durable
http://www.developpement-durable.gouv.fr
Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS)
http://www.ineris.fr/index.php
http://aida.ineris.fr/ (site d’accès aux textes législatifs et réglementaire des Installations classées pour la protection de l'environnement)


Autres sites
Fédération de la récupération du recyclage et de la valorisation (FEDEREC)
www.federec.org/
Regroupant les différentes chambres syndicales de la profession, FEDEREC est constituée de 8 syndicats régionaux et 12 syndicats nationaux.
Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (FNADE)
www.fnade.com/
La FNADE regroupe huit syndicats (représentant 280 entreprises privées) : Syndicat national des activités du déchet (SNAD), Syndicat national des concepteurs et constructeurs des industries du déchet et de l´environnement (SNIDE), Syndicat national du traitement et de la valorisation des déchets urbains et assimilés (SVDU), Chambre syndicale nationale des fabricants de matériels de nettoiement, de collecte et de traitement des déchets (FAMAD), Groupement national des PME du déchet et de l’environnement (GPMED), Syndicat des professionnels du recyclage en agriculture (SYPREA), Union professionnelle des entreprises de dépollution de sites (UPDS), Syndicat pour la valorisation et l’élimination des déchets (SYVED).
A.D.I.VALOR
www.adivalor.fr/
Cette structure a pour but d'organiser et de développer les activités de la filière de récupération des déchets agricoles, à commencer par les emballages de produits phytosanitaires et les produits phytosanitaires non utilisables. Elle a été créée par les associations professionnelles représentant les sociétés de produits phytosanitaires et les distributeurs.
Eco-organismes de la filière des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE)
  Ecologic (DEEE ménagers hors lampes)
www.ecologic-france.com
Eco-Systèmes (DEEE ménagers hors lampes)
www.eco-systemes.com
European Recycling Platform (ERP, DEEE ménagers hors lampes)
www.erp-recycling.org
Recylum (tubes fluorescents et lampes usagées)
www.recylum.com
Société de collecte et de recyclage des équipements électriques et électroniques (SCRELEC)
www.screlec.fr/
Screlec assure la collecte et le recyclage des piles et d’accumulateurs usagés pour le compte des sociétés qui mettent ces produits sur le marché. Une cotisation est payée par ses adhérents en fonction des quantités mises sur le marché chaque année.
ECO-EMBALLAGES SA
www.ecoemballages.fr/home.asp
Cette société, agréée par les pouvoirs publics, a été créée à l'initiative d'industriels pour mettre en oeuvre avec l'État et les collectivités locales des solutions concrètes en matière de traitement des déchets d'emballages ménagers. Elle assure un appui technique et financier aux communes et groupement de communes.
Conseil national des professions de l'automobile (CNPA)
www.cnpa.fr
Organisme représentatif de l'ensemble des professions de la distribution et des services de l'automobile.

 
Autres références bibliographiques
DAMIEN A. « Guide du traitement des déchets ». 4e édition. DUNOD, 2006, 560 p.

 


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