CYTOMEGALOVIRUS (CMV)
Agent de l'infection à Cytomégalovirus

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Agent pathogène et pathologie > retour au sommaire

 Descriptif de l'agent pathogène

Nom de l'agent :Cytomégalovirus (CMV)

Synonyme(s) : 

Type d'agent : Virus

Descriptif :

Virus à ADN du groupe herpès, pourvu d'une enveloppe dérivée de la membrane nucléaire des cellules infectées.

Groupe de classement : 2

 

 Pathologie

Nom de la maladie : Infection à cytomégalovirus

 

 Réservoir et vecteur

Type de réservoir : Homme
Strictement humain.

Principale source : Sang; Urines; Sécrétions des voies aériennes supérieures; Sécrétions génitales; Salive; Lait; Liquide lacrymal

 

 Viabilité, infectiosité

Viabilité, résistance physico-chimique :

Survie : perd rapidement son pouvoir infectant mais survit quelques temps (quelques heures à 7 jours) sur les supports inertes secs.
Inactivation : virus fragile, il est détruit par l'ébullition, l'eau de Javel diluée, les agents chimiques de désinfection usuelle et également le savon.
Moyens physiques : inactivité par la chaleur (56°C pendant 30 minutes) ; serait résistant à la congélation à - 80°C mais inactivé par des cycles de congélation-décongélation.

Infectiosité :

Dose infectieuse : inconnue. Contagiosité importante.

 
 

 Données épidémiologiques

Population générale :
Maladie répartie dans le monde entier. L'infection évolue sur le mode endémique.

En France, une étude de séroprévalence menée en 2010, a montré que 41,9 % des 15-49 ans étaient séropositifs pour le CMV. Plusieurs études ont estimé la prévalence de l'immunité anti-CMV entre 43 et 51 % chez la femme enceinte en début de grossesse. Parmi les femmes séronégatives, 0,6 à 1,4 % font une primo-infection à CMV pendant la grossesse. L'infection materno-fœtale à CMV est la plus fréquente et touche 0,5 à 2 % des nouveau-nés.

Milieu professionnel :
Les études menées ne retrouvent pas de risque accru parmi les professionnels de santé. En revanche, plusieurs études montrent une séropositivité plus fréquente chez les personnels de crèche, comparés à des témoins.

 

 Transmission

Mode de transmission : Transmission inter humaine stricte :
- transmission par l'intermédiaire des gouttelettes de sécrétions oro-pharyngées le plus souvent,
- par contact des muqueuses avec des mains souillées par des liquides biologiques infectés (urines, salive...) ou, plus rarement, par un support inerte fraîchement souillé,
- par transfusion de sang non-déleucocyté (rare), greffes d'organes ou de moelle,
- transmission sexuelle (sperme, glaire),
- transmission materno-fœtale (cf. Grossesse),
- transmission post-natale par allaitement.

Période de contagiosité : De plusieurs jours à plusieurs semaines, voire des mois chez les jeunes enfants et les immunodéprimés. L'excrétion du virus peut durer plusieurs années après une infection néo-natale et être fluctuante.

 

 Maladie

Incubation : De 20 à 60 jours, 30 jours en moyenne.

Clinique - Le plus souvent, formes inapparentes chez le nourrisson, l'enfant et l'adulte jeune immunocompétent (90 %).

- Fièvre isolée de l'adulte jeune : fièvre isolée en plateau entre 38°C et 40°C avec ou sans frisson, prolongée (entre 15 jours et 3 mois), accompagnée d'une asthénie, d'arthralgies, de céphalées, d'une pharyngite et d'amaigrissement. Biologiquement : syndrome mononucléosique associé à une thrombopénie et cytolyse hépatique.

- Autres manifestations isolées possibles : pneumopathie interstitielle (6 % des formes symptomatiques), polyradiculonévrite de Guillain-Barré...

Diagnostic :
1- Recherche directe du virus

- PCR CMV : amplification d'ADN du virus à partir de prélèvement de sang mais peut aussi être réalisée sur urines, salive, LCR, liquide amniotique. Technique standardisée, rapide, de plus en plus utilisée (surtout pour la recherche de CMV dans le liquide amniotique).

- Antigénémie pp65 :  Examen permettant la surveillance de la charge virale très intéressant chez les transplantés ou les patients atteints du SIDA, dans l'indication du traitement pré-emptif (état d'infection biologique sans signe clinique). L'antigénémie est presque totalement remplacée dans cette indication par la PCR Quantitative en temps réel, standardisée, qui mesure la charge virale en copies de génome par millilitre ou en unités internationales.

- Isolement viral dans le sang (méthode de référence) ou les urines par cultures sur des fibroblastes humaines, technique lente réservée aux laboratoires spécialisés, permet l'isolement des souches pour étude épidémiologique ou antivirogramme.

2- Recherche indirecte
- Sérologies : la recherche d'IgG anti-CMV permet de connaître le statut sérologique d'un sujet vis-à-vis de l'infection et de dépister une éventuelle séroconversion. La découverte d'IgM fait suspecter une infection récente mais les IgM peuvent être présentes dans des infections anciennes ou lors des réactivations.

- Mesure de l'avidité de l'IgG pour l'antigène viral : permet de préciser le caractère récent ou ancien de la primo-infection au virus. Test utile chez la femme enceinte : la détection d'une faible avidité des IgG anti-CMV (index < 30 %) indique que l'infection date de moins de 3 mois, alors que la détection d'une forte avidité (index > 60-70 %) indique une infection datant de plus de 3 mois. Entre les deux, difficile de conclure.

Traitement : - Traitements symptomatiques chez le sujet immunocompétent : antipyrétiques.

- Les traitements antiviraux ne sont utilisés que dans des cas particuliers (immunodéprimés, transplantés) à visée curative ou préventive.

 

 Prévention vaccinale

Pas de vaccin disponible

Il n'existe actuellement aucun vaccin disponible sur le marché contre le CMV. Des recherches sont en cours actuellement.

 

 Caractéristiques de l'immunité

Immunité naturelle : Immunité durable, mais des réactivations asymptomatiques peuvent survenir. En effet, après une primo-infection, le virus reste latent dans les monocytes, les cellules endothéliales vasculaires et peut être à l'origine de récurrences le plus souvent sans gravité pour le fœtus mais pouvant être très graves chez l'immunodéprimé. Par ailleurs, une primo-infection n'empêche pas une ré-infection avec une souche différente.

Immunité vaccinale : Sans objet.

 

 Populations à risque

Activités exposantes :

Soins de "maternage" au contact d'enfants de moins de 3 ans, contact étroit avec des personnes excrétrices de CMV (kinésithérapie respiratoire, soins chez des transplantés ou immunodéprimés).

Terrain à risque accru d'acquisition :  Une réactivation est beaucoup plus fréquente chez l'immunodéprimé.

Terrain à risque accru de forme grave : Immunodéprimés (infection VIH, greffes d'organes ou de moelle) : développent une maladie à CMV : atteintes hépatiques, gastro-intestinales, rétinites, encéphalites.

Grossesse : La contamination d'une femme enceinte par le CMV au cours de sa grossesse ne provoque pas de conséquence grave habituellement chez la mère. En revanche, elle risque de transmettre le virus à l'enfant. En cas de primo-infection maternelle, le taux de transmission au fœtus est de 30 à 40 %. En cas de récurrence ou de ré-infection, le risque de transmission est faible, de l'ordre de 1 à 3 %. La co-infection par le VIH augmente le risque de transmission.
L'infection fœtale est symptomatique dans 10 à 15 % de ces cas. Parmi ces fœtus, 30-40 % présenteront des séquelles graves. Il est difficile de préciser avec certitude le risque au sein de cette population de fœtus symptomatiques en prénatal en dehors de certaines anomalies cérébrales majeures. En cas d'infection asymptomatique à l'échographie, le risque de séquelles mineures à type de surdité est de l'ordre de 5 à 15 %, associée ou non à des anomalies du développement psychomoteur. Le risque de retard mental isolé ou de troubles visuels paraît exceptionnel.

Les formes congénitales peuvent être de gravités différentes :
- Mort fœtale in utero par infection massive (exceptionnelle).
- Maladie congénitale des inclusions cytomégaliques : avec prématurité ou dysmaturité, ictère, purpura ecchymotique, convulsion, paralysies, microcéphalie, choriorétinite, pneumopathie interstitielle ; le pronostic est sévère : mortalité,  séquelles neuropsychiques lourdes.
- Formes congénitales inapparentes avec excrétion urinaire prolongée de CMV et possibilité de séquelles neuro-sensorielles : retard psycho-moteur, surdité.

 
 

Que faire en cas d'exposition ? > retour au sommaire

 Définition d'un sujet exposé

Personne ayant eu un contact étroit avec une personne excrétrice de CMV.

 

 Conduite à tenir immédiate

Rechercher une éventuelle grossesse et les autres femmes enceintes éventuellement exposées.

 

 Evaluation du risque

Source :
20 à 60 % des enfants gardés en crèche au cours de la 1ère année de vie sont excréteurs asymptomatiques. La fréquence d'excrétion diminue fortement au-delà de 18 mois, cependant, jusqu'à 20 % des enfants de moins de 3 ans en population générale peuvent excréter du CMV.
 
Produit biologique : sécrétions oro-pharyngées, urines, salive, larmes sont potentiellement infectants.

Type d'exposition : contact rapproché avec les liquides biologiques des enfants ou de patients excréteurs de CMV.

Sujet exposé :
Risque particulier en cas de grossesse.

 

 Mesures prophylactiques

- Pas d'indication à une prophylaxie antivirale en raison des effets secondaires multiples du traitement et de l'embryofoetotoxicité ;
- Pas d'indication à la perfusion d'Ig anti-CMV, inconstamment efficaces.

 

 Suivi médical

En dehors des femmes enceintes, pas de suivi mais rappeler l'importance des mesures de prévention notamment pour les personnels féminins en âge de procréer en contact avec de jeunes enfants et/ou mères de jeunes enfants : éviter les contacts avec les liquides biologiques (urine, salive...) se laver fréquemment les mains ou friction avec une solution hydro-alcoolique, notamment lors des changes ou de la toilette ; éviter le partage d'objets tels cuillères, jouets.

Pour les femmes enceintes, dans le contexte actuel des connaissances, le dépistage sérologique systématique de l'infection à CMV n'est pas justifié (y compris pour les professionnels exposés) [ANAES 2004]. Rappeler l'importance des mesures d'hygiène.

Pour les femmes enceintes dont la sérologie serait connue comme séronégative :
- Il n'y a pas d'indication à un suivi sérologique ni indication d'éviction mais il est conseillé de limiter au maximum les contacts avec les liquides biologiques durant toute la grossesse et de respecter les mesures d'hygiène.
- Si une surveillance est vivement souhaitée par la femme : il n'y a pas de consensus actuel sur ses modalités : à voir, au cas par cas avec le gynécologue-obstétricien.

 

 Conseils

Pour l'entourage du sujet :

Pas de recommandation particulière.

En cas de grossesse :


Limiter autant que possible le contact avec les urines, la salive, les larmes des enfants de moins de 3 ans ou des patients excréteurs : lavage soigneux des mains à l'eau et au savon ou utilisation de solution hydro-alcoolique pour une désinfection des mains après tout contact avec un liquide biologique.

 

 Démarche médico-légale

Déclaration obligatoire : Pas de déclaration obligatoire

Réparation :

- au titre d'un Tableau de maladies professionnelles :
   Régime général : Non
   Régime agricole : Non
Consultez la base de données Tableaux de maladies professionnelles. Guide d'accès et commentaires
- maladies hors tableau et fonction publique : selon expertise

 

 Texte de référence

Avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France section des maladies transmissibles du 8 mars 2002 relatif aux recommandations pour la prévention de l'infection à cytomégalovirus chez les femmes enceintes. Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), 2002 (http://www.hcsp.fr/docspdf/cshpf/a_mt_080302_CMV_grossesse.pdf).

Evaluation de l'intérêt du dépistage de l'infection à cytomégalovirus chez la femme enceinte en France. Haute Autorité de Santé (HAS), 2004 (http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_272378/evaluation-de-linteret-du-depistage-de-l-infection-a-cytomegalovirus-chez-la-femme-enceinte-en-france).

 

Cas particulier du laboratoire > retour au sommaire

 Epidémiologie du risque en laboratoire

Cas en laboratoire d'analyses (médicales, vétérinaires...) publiés depuis 1985 :

Aucun cas de contamination professionnelle en laboratoire d’analyses n’a été publié.

Cas en laboratoire de recherche publiés depuis 1985 :

Pas de cas publié.

Cas historiques (publiés avant 1985) :

Néant.

 

 Spécificité de l'évaluation du risque

Pas de risque spécifique identifié. Se référer au chapitre précédent « Que faire en cas d’exposition ? ».

 

 Incidence sur la conduite à tenir et prophylaxie

Sans objet ; se référer au chapitre précédent « Que faire en cas d’exposition ? ».

 

Eléments de référence  > retour au sommaire

 Centre national de référence :

Centre National de Référence

http://cnr-cytomegalovirus.fr/
Coordonnateur CHU de Limoges
Professeur Sophie ALAIN
Laboratoire de Bactériologie - Virologie - Hygiène
CHU Dupuytren
2 avenue Martin Luther King
87042 LIMOGES
Tél. : 33 (0)5 55 05 67 28
Fax : 33 (0)5 55 05 61 25
E-mail : sophie.alain@chu-limoges.fr ou sophie.alain@unilim.fr

 Bibliographie

Textes de référence :

Avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France section des maladies transmissibles du 8 mars 2002 relatif aux recommandations pour la prévention de l'infection à cytomégalovirus chez les femmes enceintes. Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), 2002 (http://www.hcsp.fr/docspdf/cshpf/a_mt_080302_CMV_grossesse.pdf).

Evaluation de l'intérêt du dépistage de l'infection à cytomégalovirus chez la femme enceinte en France. Haute Autorité de Santé (HAS), 2004 (http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_272378/evaluation-de-linteret-du-depistage-de-l-infection-a-cytomegalovirus-chez-la-femme-enceinte-en-france).

Autres documents :

Cytomégalovirus. Fiche technique santé-sécurité : Agents pathogènes. Agence de la santé publique du Canada, 2011 (http://www.phac-aspc.gc.ca/lab-bio/res/psds-ftss/cytomegalovirus-fra.php).

Leroux MC, Reinert P, Boucher J, Lasry S - Diffusion du cytomégalovirus en crèche. Arch Pédiatr. 2002 ; 9 (Suppl 2) : 271-73.

Boussemart T, Baudon JJ, Garbarg-Chenon A, Costil J - Cytomégalovirus, grossesse et risque professionnel. Arch Pédiatr. 1998 ; 5 (1) : 24-26.

Survenue de maladies infectieuses dans une collectivité. Conduites à tenir. Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), 2012 (http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=306).

Lepoutre A, Antona D, Fonteneau L, Halftermeyer-Zhou F et al. - Séroprévalence des maladies à prévention vaccinale et de cinq autres maladies infectieuses en France. Résultats de deux enquêtes nationales 2008-2010. Bull Epidémiol Hebd. 2013 ; 41-42 : 526-34. (http://www.invs.sante.fr/beh/2013/41-42/2013_41-42_1.html).

Parent du Châtelet I, Lévy-Bruhl D - Enquête sur les infections congénitales à cytomégalovirus détectées pendant la grossesse ou à la naissance en France métropolitaine. InVS, 2007 (http://www.invs.sante.fr/publications/2007/cmv_grossesse/index.html).

Bibliographie spécifique aux laboratoires :

Alain S, Andouard D, Garnier F, Hantz S - Dépistage de l'infection congénitale à CMV, de la conception, naturelle ou médicalement assistée, aux premières années de vie. Réf Gynécol Obstét. 2014 ; 16 : 1-10.

Cytomegalovirus. In: Bourlet T, Courcol R, Herrmann JL, Lachaud L (Eds) - REMIC. Référentiel en microbiologie médicale. Paris : Société française de microbiologie ; 2015 : 854 p.

Grosjean J, Trapes L, Hantz S, Mengelle C et al. - Human cytomegalovirus quantification in toddlers saliva from daycare centers and emergency unit: a feasibility study. J Clin Virol. 2014 ; 61 (3) : 371-77.

Mazeron MC, Alain S, Leruez-Ville M, Schnepf N - Infections à cytomégalovirus. Encyclopédie médico-chirurgicale. Maladies infectieuses 8-052-C-10. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2015 : 16 p.

 

Mise à jour de la fiche : Décembre 2015 > retour au sommaire

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