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Risques pour l’audition d’une exposition combinée bruit et solvants

Résultats d’étude INRS sur le disulfure de carbone et les bruits impulsionnels

Une étude de l’INRS montre que l’exposition au disulfure de carbone, solvant a priori sans effet ototoxique, et aux bruits impulsionnels (non continus) peut entraîner un risque accru de pertes auditives, ce même en dessous de la valeur limite d’exposition au bruit. D’autres effets réversibles peuvent aussi être observés, comme une augmentation de la fatigue auditive en présence de bruit continu. Ces mécanismes non identifiés jusqu’à présent laissent penser que d’autres solvants a priori sans danger pourraient avoir les mêmes effets délétères sur l’audition.

Effets des co-expositions bruit et solvants

Si le bruit reste la nuisance la plus répandue et la plus nocive pour l'audition, certains polluants industriels comme les solvants aromatiques peuvent également fragiliser l’oreille interne des salariés. Par ailleurs, il existe un risque d’augmentation des pertes auditives et des dommages cochléaires lors d’une co-exposition au bruit et à de fortes concentrations de solvants aromatiques. Le risque a été évalué par des expérimentations menées à l’INRS dans lesquelles des rats étaient exposés à du bruit associé, soit à du styrène, soit à du toluène, deux solvants aromatiques largement utilisés dans l’industrie.

 

Des travaux expérimentaux ont montré que, dans certaines circonstances, d’autres classes de solvants industriels, connus pour ne pas être cochléotoxiques, peuvent également modifier les systèmes de protection de l’oreille interne (réflexe stapédien) contre le bruit. C’est le cas du disulfure de carbone (CS2), solvant aux propriétés neurotoxiques avérées, utilisé dans la fabrication des éponges, de la viscose et des films de cellophane.

Exposition au bruit impulsionnel et au CS2 : un risque accru de pertes auditives

Dans une étude récente publiée dans la revue Neurotoxicology*, l’INRS montre que dans le cas d’une exposition à un bruit impulsionnel de 84 dB SPL (LEX,d), l’amplitude des pertes auditives est quasiment doublée en présence de 250 ppm de CS2 (15 minutes / heure pendant 6 heures durant 5 jours).
* Référence de l’étude : Carreres Pons, M., et al. Carbon disulfide potentiates the effects of impulse noise on the organ of Corti. Neurotoxicology (2017), 59, pp. 79-87.

Une autre publication de l’INRS, toujours dans la revue Neurotoxicology, montre également qu’une exposition au disulfure de carbone peut modifier temporairement les conséquences d’un bruit continu sur la cochlée : une concentration de 250 ppm de CS2 pendant 4 semaines a en effet la capacité d’étendre la gamme de fréquences endommagées par un bruit continu vers les fréquences aiguës, et ce à des niveaux équivalents à 85dB chez l’Homme.

 

Aujourd’hui, les mécanismes expliquant ces deux types de potentialisation sont encore à l’étude.

 

Enfin, il est important de rappeler que les interactions entre le disulfure de carbone et les bruits impulsionnels décrites ci-dessus apparaissent en expérimentation chez le rat à 10 fois la concentration équivalente à la valeur limite d’exposition professionnelle court-terme (VLEPCT). Ces résultats suggèrent que les travailleurs exposés par intermittence à du CS2 à des concentrations proches des VLEPCT courent un risque accru de perte auditive, lorsque l’environnement sonore est riche en bruits impulsionnels.

Bruit impulsionnel ou bruit complexe : quelques précisions

Il n'existe pas à ce jour une cartographie des bruits impulsionnels en entreprise, qui aurait pu donner lieu à une liste des secteurs d’activités les plus exposés. Toutefois, ce type de bruits se retrouve au quotidien sous de nombreuses formes : détonation d’armes à feu ou de pétards, bruits de martelage ou de forgeage (presses de forte puissance), de planage, de battage de palplanches (marteau pneumatique)…

 

À noter que le réflexe de l’oreille moyenne, qui protège l’oreille interne des bruits de forte intensité en atténuant le niveau des sons transmis à la cochlée (récepteur neurosensoriel périphérique de l’audition), est totalement inefficace pour des bruits impulsionnels. En effet, l’énergie du bruit impulsionnel envahit l’oreille interne avant même que le réflexe de protection ne se déclenche. La latence de déclenchement de ce réflexe est trop longue pour protéger la cochlée contre les bruits impulsionnels, d’où un risque de perte auditive plus important.

 

En milieu professionnel, on rencontre le plus souvent un mélange de bruits continus et de bruit impulsionnels (bruits de très courte durée). On utilise alors les termes de « bruit complexe » ou « bruits non-gaussiens » (bruit continu avec des bruits impulsionnels intercalés). Or il est prouvé que plus les bruits sont complexes plus les risques de perte auditive sont élevés. En effet, l'énergie pure du bruit ne suffit pas à estimer sa dangerosité.

Perspectives ouvertes en santé au travail

De manière générale, ces données expérimentales récentes permettent à l’INRS de souligner le fait que la réglementation en santé au travail relative aux risques encourus par des salariés exposés à du bruit devrait prendre en considération le caractère impulsionnel du bruit, en plus de son énergie acoustique moyenne calculée sur 8 heures.

 

Ces recommandations sont en accord avec celles émises suite à des expérimentations menées en entreprise et publiées dans les revues Ear and Hearing en 2015 puis The Journal of the Acoustical Society of America en 2018.

 

Par ailleurs, les co-expositions au bruit et aux solvants devraient être prises en compte afin de réévaluer les VLEP et notamment les VLEPCT, y compris pour les solvants non-cochléotoxiques comme le CS2. Ce point de vue est partagé par l’homologue américain de l’INRS, le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), dans sa publication n° 2018-124 disponible sur internet.

Pour en savoir plus
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Autres publications accessibles sur Internet
Mis à jour le 12/03/2019