Dossier




Mise à jour : 31/05/2010


Le benzène

Le benzène est un solvant inflammable et toxique. Il a été classé cancérogène par l'Union européenne. Son usage est donc strictement réglementé. En France, il est interdit de commercialiser des solvants contenant plus de 0,1% de benzène. Des valeurs limites d'exposition professionnelle au benzène sont définies dans le Code du travail. Ce dossier est une courte synthèse destinée à rappeler les caractéristiques du benzène mais surtout à faire le point sur les principes nécessaires à la protection des travailleurs exposés.


  D'où provient le benzène ?

Qui est exposé au benzène ?

Quels sont les dangers toxicologiques du benzène ?

Que dit la réglementation ?

Quels sont les travaux de l'INRS sur le benzène ?

Pour en savoir plus en quelques clics

Autres références bibliographiques



Le benzène fait partie de la famille des hydrocarbures aromatiques dont c'est l'un des représentants les plus connus. Il est donc concerné par la réglementation et les recommandations générales sur les solvants organiques. Pour en savoir plus sur les solvants organiques, consultez notre dossier général. Les autres familles de solvants sont : les solvants pétroliers, les alcools, les cétones, les esters, les éthers, les éthers de glycol et les hydrocarbures halogénés. Des solvants particuliers (terpènes, amides, certains dérivés nitrés...) complètent ces grandes familles. L'INRS publie une série de fiches sur les solvants (une fiche par famille). Ces documents de synthèse servent de bases à des dossiers web.
L'exposition aux solvants organiques est à l'origine de risques chimiques pour les salariés. Pour chaque situation de travail, ces risques doivent être pris en compte dans l'évaluation des risques, qui doit être la plus complète possible afin de prioriser les actions de prévention à mettre en place.



D'où provient le benzène ?

Le benzène est un des composants des mélanges complexes issus du craquage ou du reformage catalytique d'hydrocarbures pétroliers.
La distillation de ces mélanges permet d'obtenir les composants pratiquement purs et en particulier le benzène.
En France, il y a encore une faible proportion de benzène issu de la distillation des goudrons de cokéfaction de la houille, qui est l'origine historique de toute la chimie du benzène.
La production de benzène de l'Europe occidentale est de 7,6 millions de tonnes pour une production mondiale de 33 millions de tonnes (1994).



Qui est exposé au benzène ?

Les niveaux d'exposition pour un certain nombre de secteurs d'activités peuvent être estimés grâce à l'exploitation d'une base de données de l'INRS (COLCHIC).

L'exposition au benzène se rencontre dans cinq circonstances bien distinctes :
La fabrication, le transport et l'utilisation du benzène dans l'industrie pétrolière, chimique et pétrochimique
Elle concerne un nombre de salariés, que l'on peut évaluer à quelques milliers, qui travaillent le plus souvent dans des installations très automatisées. Leurs expositions peuvent être importantes ou très importantes pour des durées limitées lors d'opérations de routine ou d'incidents de fabrication épisodiques, les amenant à effectuer des interventions manuelles sur les réacteurs, tuyauteries, vannes, etc. Mais le plus souvent, les expositions moyennes sont faibles, les salariés gérant à distance à partir de pupitres de commandes, la marche d'unités de production installées en plein air.
Les installations sont essentiellement :
Les raffineries de pétrole comprenant des unités produisant le benzène, auxquelles il faut ajouter quelques installations effectuant encore l'extraction du benzène (1 à 2 % de la production nationale) à partir des goudrons de houille.
Les unités de l'industrie chimique ou pétrochimique utilisant le benzène comme produit de base dans la fabrication de nombreux intermédiaires de synthèse (dans l'ordre de tonnages décroissants) : l'éthylbenzène (pour la fabrication du styrène) ; le cumène (pour la fabrication du phénol) ; le cyclohexane (pour la fabrication des polyamides) ; le nitrobenzène (pour la fabrication de l'aniline) ; l'anhydride maléique (pour la fabrication de polyesters) ; les alkylats benzéniques ; le chlorobenzène, etc.
Sur chaque installation précédente s'ajoutent des opérations de remplissage ou de dépotage de camions ou de wagons citernes et de navires maritimes ou fluviaux, qui peuvent exposer fortement lors de débordements accidentels ou de refoulement de vapeurs non reprises par des systèmes de captage.

L'utilisation du benzène pur dans les laboratoires
Un assez petit nombre de chimistes des laboratoires de l'industrie et de la recherche continuent à utiliser du benzène vendu par des fournisseurs de produits pour laboratoire. Il s'agit de personnels en principe conscients des dangers du produit et aptes à le mettre en oeuvre sans s'exposer personnellement.
On constate cependant que ce secteur est encore à l'origine de cas de maladies professionnelles déclarées au titre du tableau n° 4 (hémopathies provoquées par le benzène).
Il est à noter que le benzène n'est plus utilisé pour les travaux pratiques de chimie dans les collèges et les classes d'enseignement général des lycées (B.O. de l'Education nationale du 27 mai 1993).

L'élaboration, le transport, la distribution et l'utilisation des carburants automobiles
Les essences automobiles, qui représentent environ 10 millions de tonnes distribuées chaque année partout en France, peuvent contenir 1 % de benzène (limite imposée par deux arrêtés du 23 décembre 1999) et sont donc susceptibles d'émettre des vapeurs de benzène.
Cette exposition concerne les salariés de l'industrie du pétrole déjà évoqués ci-dessus, mais aussi un nombre bien plus élevé de salariés (qu'on peut évaluer à quelques centaines de milliers) comprenant des transporteurs citernistes, des agents de dépôts pétroliers et station-service, des garagistes, des spécialistes d'entretien de matériel agricole ou aéronautique, etc.

L'exposition au benzène "environnemental"
Il s'agit du benzène présent dans la pollution de fond urbaine liée à la circulation automobile (ayant comme origine les gaz d'échappement et les émissions des réservoirs d'essence) et à toutes les autres combustions incomplètes (telles que les foyers domestiques).
Certains salariés (chauffeurs-livreurs, conducteurs de bus urbains et de taxi, agents de police...) sont exposés au même niveau que le public, mais de façon régulière et répétée. Les concentrations sont a priori très faibles puisque les valeurs-seuils proposées actuellement pour les réseaux de surveillance de la pollution atmosphérique par l'Union européenne ou par le Conseil supérieur d'hygiène publique en France sont de l'ordre de 10 microgrammes/m3 d'air (0,003 ppm) ou moins.



Quels sont les dangers toxicologiques du benzène ?

Le benzène présente, d'abord, certaines des propriétés toxiques communes à de nombreux composés organiques volatils, en particulier pour les effets provoqués par des fortes concentrations.

  Exposition aiguë
L'exposition à plusieurs centaines de ppm agit sur le système nerveux central entraînant notamment des états de somnolence, d'ébriété et des maux de tête ; des expositions plus faibles mais prolongées peuvent altérer la mémoire et certaines capacités psychiques.
Enfin, le benzène est responsable d'effets irritants sur la peau et les muqueuses (oculaire et respiratoire en particulier).

Exposition chronique
Cette substance se distingue, pour l'espèce humaine, par sa grande toxicité pour les cellules sanguines et les organes qui les produisent (moelle osseuse).
Ceci se manifeste par une réduction des globules rouges, blancs ou des plaquettes. L'importance de ces manifestations est fonction des doses de benzène auxquelles le sujet est exposé, de la simple anémie à l'atteinte des trois lignées cellulaires (pancytopénie).
Cette affection qui constitue le benzolisme est actuellement tout à fait exceptionnelle dans les pays développés du fait de la réduction des niveaux d'exposition.
L'affection qui préoccupe le plus, tant au niveau professionnel qu'environnemental, est la survenue de cancers du sang liés à l'exposition répétée à des concentrations de benzène de quelques ppm pendant plusieurs dizaines d'années.
En effet, celui-ci provoque certaines leucémies myéloïdes mais d'autres formes ont été mises en évidence dans diverses études.
Ces atteintes surviendraient plus fréquemment après des expositions faibles et continues plutôt qu'élevées et intermittentes (pics de pollution) ; elles sont souvent précédées par certaines des anomalies sanguines décrites ci-dessus.
Par ailleurs, il a été démontré chez l’animal que le benzène peut induire des altérations génétiques transmissibles à la descendance.

L'étude des statistiques de maladies professionnelles en France montre une diminution d'un facteur trois du nombre de déclarations d'atteintes sanguines (passées de 76 à 26 entre 1978 et 1995) et d'un facteur deux des leucémies (passées de 27 à 14 entre 1984 et 1995).
Les leucémies sont principalement déclarées dans le secteur de la métallurgie, de la chimie et du BTP.
Il est toujours difficile de tirer des conclusions de ces statistiques mais on peut espérer que cette baisse est en relation avec la diminution des utilisations et l'abaissement des valeurs limites d'exposition professionnelles au benzène.
Actuellement le risque existe en milieu professionnel lors de l'emploi d'essence, par les citernistes ou les mécaniciens de garage par exemple. Une évaluation de risques par des experts européens est en cours de réalisation. Ceux-ci préconisent une réduction des risques pour toutes les situations d’exposition professionnelle, et en particulier dans la production de parfum et le nettoyage des citernes de benzène et d’essence.

Il est à noter que les données toxicologiques sur les leucémies benzéniques proviennent d'enquêtes épidémiologiques, menées historiquement d'abord dans l'industrie de la chaussure utilisant des colles en Italie et en Turquie, puis dans l'industrie du caoutchouc aux USA et plus récemment en Chine, où la présence de benzène dans les solvants a subsisté jusqu'à la fin des années 80.

Les expérimentations fournissent en effet des renseignements peu exploitables, étant donné les difficultés à reproduire cette forme de cancer chez les animaux de laboratoire. Chez le rat et la souris, le benzène se comporte comme un cancérogène multi-site, sans induire spécifiquement comme chez l'homme des cancers du sang. Il en résulte qu'il n'est pas possible de déterminer expérimentalement les doses de benzène ne produisant pas d'effets cancérogènes.

Les propositions qui ont été faites de concentrations à respecter pour la protection de la population générale proviennent d'extrapolations mathématiques vers les faibles doses des relations doses-effets constatées dans les enquêtes épidémiologiques en milieu professionnel et sont donc toujours discutables, puisque liées à des modèles non validés.



Que dit la réglementation ?

Un document INRS, concernant l'étiquetage, l'emballage et la classification des produits chimiques, traite des aspects relatifs à la mise sur le marché de ces produits (aide-mémoire technique ED 982).

Le Code du travail fixe les dispositions pour la prévention du risque chimique
  Les articles R. 4412-59 à R. 4412-93 concernent spécialement les règles de prévention à prendre contre les risques d'exposition aux agents chimiques dangereux  cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
L’article R. 4412-162 dispose qu’il est interdit d'employer des dissolvants ou diluants renfermant, en poids, plus de 0,1 % de benzène, sauf lorsqu'ils sont utilisés en vase clos.
Cette interdiction s'applique dans les mêmes conditions à toute préparation, notamment aux carburants utilisés comme dissolvants ou diluants.
Pour le benzène, une valeur limite d'exposition professionnelle réglementaire contraignante a été définie. Les concentrations en benzène présent dans l'atmosphère des lieux de travail ne doivent pas dépasser 1 ppm (3,25 mg/m3) calculées sur une période de 8 heures.
Le respect de la valeur limite doit être contrôlé au moins une fois par an par un organisme accrédité par arrêté ministériel (article R. 4412-76). De tels contrôles peuvent également être effectués sur mise en demeure de l'inspection du travail. Consultez en ligne la liste de ces organismes sur le site du COFRAC (numéro de programme : 94). Des dispositions spécifiques concernent certains salariés qui ne peuvent être affectés ou maintenus à des postes de travail les exposant au benzène.
Pour en savoir plus sur les obligations de l'employeur dans les activités susceptibles de présenter un risque d'exposition à une substance classée comme cancérogène de catégorie 1 tel que le benzène, consultez notre dossier web correspondant.

Enfin, et bien qu'il ne s'agisse pas d'une obligation réglementaire, il existe une possibilité de surveillance biologique des expositions par dosage de l'acide muconique (plus spécifique que celui du phénol anciennement pratiqué) dans les urines. Ce métabolite a un indice biologique d'exposition (IBE) de 5 mg/l (correspondant à une exposition moyenne de 8 heures à 5 ppm de benzène). Un intérêt majeur de ce mode de surveillance (en plus de la prise en compte de l'ensemble des voies d'exposition, inhalatoire et cutanée) est de permettre une mesure a posteriori de l'importance de pics d'exposition anormale éventuels par prélèvement des urines en sortie de poste, à la suite d'un incident de fabrication par exemple.



Quels sont les travaux de l'INRS ?

Les travaux de l'INRS peuvent être classés en deux catégories :
Réalisation d'outils pour la métrologie pour les contrôles d'atmosphère et la surveillance biologique de l'exposition au benzène.
Réalisation de campagnes de mesures , dans les produits mis sur le marché, dans l'industrie de la parfumerie, la distribution de carburants et les garages.
L'INRS, de plus, gère la base de données COLCHIC où toutes les mesures d'exposition au benzène effectuées par les services Prévention des CRAM sont répertoriées.





Pour en savoir plus en quelques clics...
Documentation INRS

Les solvants (dossier web)
Hydrocarbures aromatiques (dossier web)
"Benzène". Fiche toxicologique. FT 49, 2007, 12 p. (format pdf)
"Bûcheronnage et exposition au benzène. Résultats d'une enquête". Points de repère. PR 32. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, 2007, 5 p. (format pdf)
"Substitution du dichlorométhane et du benzène". Fiche d’aide à la substitution. FAS 4, 2006, 1 p. (format pdf)
GAUDIN R. ; DUCOS P. ; FRANCIN J.M. et coll. "Exposition au benzène chez les mécaniciens. Évaluation atmosphérique et surveillance biologique". ND 2174. Paru dans Hygiène et sécurité du travail, 2002, 11 p. (format pdf)
"Les vapeurs d'essence sont nocives pour votre santé". ED 872. 2001, dépliant (format pdf)
"Vapeurs d'essence... ne vous faites plus de mauvais sang". ED 871. 2001, dépliant (format pdf)
"L'exposition au benzène des mécaniciens et des citernistes". Etudes et enquêtes. TF 91. Paru dans Documents pour le médecin du travail, 2000, 8 p. (format pdf)
BRASSEUR G. ; RAVALLEC C. "Benzène. Mécaniciens et citernistes parmi les plus exposés". Travail et sécurité, n° 620, juillet-août 2002, pp. 26-34 (format pdf)
"Toxicologie : l'essentiel sur le benzène". Travail et sécurité, n° 573, juin 1998, pp. 36-43 (format pdf) 
Fiches Métropol :
  "Hydrocarbures aromatiques". Fiche n° 12. 2009, 10 p. (format pdf)
"Mélanges de vapeurs d'hydrocarbures C6 à C12". Fiche n° 55. 2009, 9 p. (format pdf)
"Prélèvement passif badge Gabie". Fiche C. 2000, 13 p. (format pdf)
Les tableaux de maladies professionnelles liées au benzène : n° 4 (hémopathies) et n° 4 bis (affections gastro-intestinales)


Autres sites en français

PICHARD A. "Benzène". Fiche de données toxicologiques et environnementales, Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), 2006, 74 p. (format pdf)
http://www.ineris.fr/index.php?module=doc&action=getDoc&id_doc_object=2565
"Benzène". Réponses SST. Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST / Canada)
http://www.cchst.ca/reponsessst/chemicals/chem_profiles/benzene/benzene.htm


Site en anglais

"Benzene (group 1)". IARC monographs on the carcinogenic risk of chemicals to humans. Supplement 7, 1999, 454 p. (format pdf)
http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/suppl7/suppl7.pdf



Autres références bibliographiques
WENDLING J.M. ; HEID L. ; GONZALEZ M. ; MIRABEL D. et coll. "Évaluation de l'exposition au benzène chez les mécaniciens automobiles". Archives des maladies professionnelles, vol. 61, n° 3, mai 2000, pp. 162-169
NORMAND J.C. ; BERGERET A. ; PROST G. "Benzène". Encyclopédie médico-chirurgicale, Toxicologie - Pathologie professionnelle, 16-046-B-10. Elsevier, 1997, 7 p.