Dossier




Mise à jour : 16/01/2006


Détermination de l'exposition aux poussières de bois

Ce dossier fait le point sur les méthodes de prélèvement pour déterminer l'exposition professionnelle aux poussières de bois, suite à l'établissement de la valeur limite contraignante par la réglementation française en décembre 2003. Il présente les techniques les plus utilisées (y compris dans les autres pays européens) et fait quelques recommandations pour le choix et l'utilisation de ces techniques.


  Introduction

Techniques utilisées

Quelles méthodes peuvent être recommandées ?

Méthodes utilisées dans quelques pays européens et facteurs
de conversion


Bibliographie sur la détermination des poussières de bois et les
échantillonneur




Haut de pageIntroduction

Suite à la parution du décret n° 2003-1254 du 23 décembre 2003 fixant entre autres une valeur limite contraignante pour les poussières de bois (1 mg/m3 à partir du 30 juin 2005), ce dossier fait le point sur les méthodes de prélèvement pour la détermination de l’exposition professionnelle aux poussières de bois.
Rappelons tout d’abord que pour la plupart des aérosols c’est la fraction conventionnelle inhalable qui est considérée comme représentative de l’exposition. C’est d’ailleurs à cette fraction conventionnelle que l’on se réfère pour la plupart des aérosols, à l’exception de quelques substances pour lesquelles c’est la fraction "thoracique" ou "alvéolaire" (cas de la silice cristalline) qui est retenue.


Fraction conventionnelle inhalable = 1 + 2 +3

La détermination de la concentration en poussières de bois se fait après prélèvement par gravimétrie (pesée du filtre) technique qui ne permet pas de différencier les différentes natures de bois entre elles, ni les autres particules éventuellement présentes.
Bien que cela ne soit pas précisé dans le décret, il paraît nécessaire de se référer au prélèvement de la fraction conventionnelle inhalable dont les caractéristiques sont normalisées (NF ISO 7708). Auparavant, les notions de "poussières totales" ou de fraction "maximale collectée" ont été utilisées mais sont maintenant progressivement abandonnées. C’est d’ailleurs également à cette fraction inhalable que se réfère explicitement la directive européenne 2004/37/CE qui fixe une valeur limite de 5 mg/m3 pour les poussières de bois.

Deux problèmes se posent cependant :
Le premier est inhérent à la définition même de la fraction conventionnelle inhalable. Dans cette convention la courbe de la fraction inhalable s’interrompt brutalement pour un diamètre aérodynamique de 100 µm (qui ne correspond à aucun phénomène physique). La norme ISO 7708 précise simplement de ne pas appliquer la convention inhalable à des particules supérieures à 100 µm. On conçoit que, lorsque l’aérosol est riche en grosses particules (ce qui peut être le cas des poussières de bois), on aura des difficultés à respecter de manière stricte cette barrière en taille, pour autant qu’elle ait une justification. Or, la détermination étant gravimétrique, la part des particules dans cette gamme de taille va être prépondérante dans le résultat.
Le deuxième problème est lié à l’efficacité des échantillonneurs en dehors de cette zone critique des 100 µm. Actuellement, si on se réfère aux travaux récents qui ont été publiés (voir bibliographie), on peut dire qu’il n’existe pas de système de prélèvement "idéal" et donc exempt de défaut, de la fraction inhalable en général, et des poussières de bois en particulier. Chaque pays a conçu son propre échantillonneur sans que l’on puisse dégager un dispositif dont les performances soient pleinement satisfaisantes ou pour lequel on dispose de toutes les données de validation.




Haut de pageTechniques utilisées

Parmi les techniques les plus utilisées on citera :
La cassette fermée : très utilisée dans de nombreux pays. C’est également jusqu’à présent la méthode utilisée par les laboratoires inter-régionaux de chimie des CRAM (Caisses régionales d’Assurance maladie) pour les poussières de bois et à ce jour la méthode citée dans METROPOL (base de données métrologiques). Cependant, les travaux de l’INRS ont montré, en particulier sur des aérosols industriels de composés métalliques, qu’une partie des particules pouvait se déposer sur les parois de la cassette. Si cela ne pose pas de problèmes lorsque l’on réalise une attaque chimique en cassette comme par exemple pour la détermination des métaux, en revanche avec une méthode gravimétrique comme pour les poussières de bois ce dépôt sur les parois peut entraîner une sous-estimation de la teneur mesurée puisque l’on ne peut peser que le filtre. On distingue donc la fraction "collectée" qui est la part d’aérosols recueillie sur le filtre, et la fraction "captée" qui prend en compte tout ce qui a pu pénétrer dans la cassette et qui se retrouve sur le filtre et sur les parois. C’est cette dernière fraction, qui se rapproche de la fraction inhalable, qui est retenue pour la plupart des substances sous forme d’aérosols chaque fois que l’on peut récupérer les dépôts sur les parois (voir chapitre 1.2 de la norme NF X 43-275 relative à l'analyse des métaux par spectrométrie atomique).
On manque actuellement de données publiées montrant la part relative de ces dépôts sur les parois dans le cas des poussières de bois, mais on sait cependant que les grosses particules peuvent s’y déposer, avec une contribution non négligeable en masse. Les travaux menés par l’IRSST (non publiés) ont montré des rapports de 2 à 3 entre les résultats fraction captée (avec un système similaire à l’Accu-Cap) et fraction collectée. Ces résultats sont confirmés (bien que le rapport soit là légèrement inférieur) par les résultats d'une série de comparaisons effectuées avec des Accu-Cap dans l'industrie du bois présentés lors d'une communication à l'American Industrial Hygiene Conference à San Diego (Californie) en 2002 par Roy J. Rando.

La cassette IOM (Royaume Uni) : très utilisée également par les pays nordiques pour les poussières de bois, son efficacité de prélèvement testée en laboratoire se révèle en bonne conformité avec la fraction inhalable et cette cassette est souvent considérée comme une "référence". Cependant, du fait de son ouverture d’entrée d’un plus grand diamètre, cette cassette favorise la pénétration, notamment par projection, de particules (phénomène très marqué pour le prélèvement des poussières de bois) de plus de 100 µm qui ne font pas partie de la fraction inhalable et qui surestiment donc le résultat. Cette cassette se révèle d’autre part peu pratique d’utilisation sur le terrain.

Le CIP 10- I version inhalable.
La collecte est effectuée ici sur un petit cylindre de mousse tournant à grande vitesse. Cet appareil montre une bonne conformité du prélèvement avec la fraction inhalable et est insensible à l’orientation du vent.
Le débit élevé (10 l/min) permet une bonne sensibilité. Un inconvénient peut résider dans le comportement des mousses (plus ou moins hygroscopiques, phénomènes électrostatiques pouvant perturber la pesée…), mais ces types de problèmes peuvent exister aussi avec d’autres types de support d’échantillonnages.
Il n'existe pas encore vraiment d’expérience de terrain sur l’utilisation de ce système pour les poussières de bois. Cet appareil est décrit de manière très détaillée dans la fiche méthodologique H4 de la base de données METROPOL.
 

Le système Accu-Cap : utilisé en particulier par l’IRSST au Canada pour les poussières de bois et les poussières végétales. Le filtre est ici soudé à une enveloppe plastique elle même placée dans une cassette type Millipore. Le débit de prélèvement est de 1 ou 2 l/min. Dans ce cas, le dépôt sur les parois a lieu à l'intérieur de la capsule qui est pesée en même temps que le filtre. Ce dispositif pallie les problèmes évoqués ci-dessus avec la cassette classique. De plus, cette technique prenant en compte le dépôt sur les parois, elle est cohérente avec celle couramment utilisée pour la plupart des aérosols avec mise en solution dans la cassette de la fraction captée suivie d’une analyse chimique par voie humide.

Le GSP (Allemagne). Il s’agit d’une cassette à embout de forme conique fonctionnant à 3,5 l/min. Il donne de bons résultats en laboratoire pour sa conformité avec la fraction inhalable et est utilisé pour les poussières de bois. Son ouverture relativement grande le rendrait également sensible aux plus grosses particules. Avec une géométrie proche, on signalera le PAS-6 (Hollande) et le CIS (Conical Inhalable Sampler, USA) ce dernier est considéré lui aussi du fait du diamètre de son ouverture comme pouvant collecter également facilement des grosses particules surestimant le résultat.

La liste ci-dessus n’est pas exhaustive et on peut signaler d’autres échantillonneurs qui ne présentent d’ailleurs pas d’avantages décisifs par rapport à ceux précédemment cités : le "Seven holes" l’échantillonneur "Bouton". Ce dernier couvert par une grille est peu sensible aux grosses particules mais sous-estimerait les particules de moins de 50 µm.




Haut de pageQuelle(s) méthode(s) peuvent être recommandée(s) ?

Devant les difficultés exposées ci-dessus et sachant que ce sont les résultats de terrain obtenus par la technique cassette fermée qui ont servi en France de base à l’établissement de la valeur limite contraignante à 1 mg/m3, on propose de retenir cette dernière technique (cassette fermée orifice 4 mm, débit 1 ou 2 l/min, gravimétrie de la fraction collectée sur le filtre) pour la comparaison à cette valeur limite. On a ainsi l’avantage d’une mise en cohérence entre la valeur limite et la méthode de mesure qui a fourni les résultats d’exposition permettant de l’établir. Un arrêté du 20 décembre 2004 fixe l’utilisation de cette méthode qui permet d’harmoniser les pratiques des laboratoires et de préciser sans ambiguïté la méthode de mesurage à adopter dans le cadre du contrôle du respect de la valeur limite contraignante et qui devra donc être utilisé par les laboratoires agréés.

Il faut cependant rappeler que, la cassette fermée sous-estimant la fraction inhalable, il faut s'attendre à des divergences qui pourront être importantes avec d’autres échantillonneurs, dont certains vont au contraire surestimer cette fraction. En tout état de cause, il apparaîtra également logique d’avoir des valeurs limites plus élevées lorsqu’elles se réfèrent effectivement à la fraction inhalable, plus élevée que la fraction collectée. Ceci explique en partie l’hétérogénéité que l’on peut constater au niveau européen et international sur les systèmes de prélèvement et les valeurs limites conseillés dans le cas des poussières de bois.

L’INRS compte relancer, dans le cadre de son programme études et recherches, des travaux visant à apporter des informations complémentaires sur les performances en laboratoire et sur le terrain de certains échantillonneurs de la fraction inhalable qui paraissent parmi les mieux placés actuellement pour le prélèvement des poussières de bois, notamment le CIP 10-I (version inhalable) et le système Accu-Cap. Ceci devrait permettre dans le futur de mieux répondre aux exigences du prélèvement selon la fraction inhalable, qui devrait finir par s’imposer, à la condition de pouvoir disposer d’échantillonneurs dont les performances seront satisfaisantes et que les valeurs limites soient établies en cohérence avec cette fraction.




Haut de pageMéthodes utilisées dans quelques pays européens et facteur(s) de conversion

Les résultats d’exposition pouvant varier avec le type d’échantillonneur utilisé pour la fraction inhalable et la plupart des pays ayant utilisé dans le passé des méthodes du type fraction "collectée" appelée aussi parfois fraction "totale" ("total dust" aux Etats-Unis) il est intéressant de signaler les facteurs de conversion utilisés dans l’exploitation des résultats pour comparer anciennes et nouvelles valeurs, comparaison souvent indispensable, par exemple dans le cadre d’études épidémiologiques ou pour adapter les valeurs limites d’exposition. L’efficacité et la conformité à la fraction inhalable des échantillonneurs variant entre autres avec la granulométrie de l’aérosol, ces facteurs sont en fait des facteurs moyens calculés à partir des résultats expérimentaux obtenus sur des aérosols dans un secteur d’activité déterminé et pour des outils et machines donnés, et ne sont pas extrapolables à toutes les situations de travail. Ces facteurs étant estimés à partir de populations de résultats ne devraient pas être employés directement pour assurer la conversion de mesures individuelles d’exposition.

Source : participants à l’étude européenne WOOD RISK

Finlande
Avant 1996, mesure à l’aide d’une cassette de 37 mm ouverte et à un débit de 2 l/min. Cette méthode correspond à la fraction totale : "Total dust".
Depuis 1996, utilisation de la cassette IOM à un débit de 2 l/min (fraction inhalable). Facteur de conversion proposé : Fraction inhalable = total dust x 2.

Danemark
Fraction totale "total dust", prélèvement à 1,9 l/min avec une cassette de 37 mm fermée mais orifice de 5,6 mm de diamètre.
Fraction inhalable, cassette IOM à 2 l/min.
Facteur de conversion : Fraction inhalable = total dust x 1,59

Allemagne
Depuis 1990, utilisation du GSP équipé d’un filtre de diamètre 37 mm, avec orifice de 8 mm à un débit de 3,5 l/min.
La fraction collectée sur GSP correspond a priori à 4,2 fois la fraction "collectée" avec la cassette fermée.

Suède et Hongrie
Prélèvement de la fraction inhalable avec la cassette IOM à un débit de 2 l/min.

A signaler que l’ACGIH (American Conference for Governmental Industrial Hygienists - Etats-Unis) propose un facteur de conversion de 2,5 pour passer de la fraction "total dust" à la fraction inhalable (fraction inhalable = "total dust" x 2,5).





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